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Manar Slimi accuse l'Algérie de s'être construite sur la haine du Maroc

Analyse géopolitique · Algérie – Maroc

Manar Slimi, ou l'art de la projection

Ce que les manuels marocains disent de la frontière avec l'Algérie

Belgacem Merbah · 7 novembre 2026

Quand Manar Slimi accuse l'Algérie de s'être construite sur la haine du Maroc, il décrit en réalité le Maroc lui-même : son récit national, sa Constitution et ses manuels scolaires.

Le politologue marocain Abderrahim Manar Slimi s'est livré à une séquence irréelle. Selon lui, l'Algérie aurait bâti son identité sur la haine du Maroc. Elle déclencherait même une guerre contre son voisin si le gouvernement algérien en place se trouvait au bord de l'effondrement.

Ses propos ne disent pourtant presque rien de l'Algérie. Ils disent beaucoup du Maroc, et beaucoup de leur auteur.

I.Un prophète de l'effondrement qui ne se réalise jamais

Manar Slimi n'est pas un observateur neutre. Professeur à l'Université Mohammed V de Rabat, il préside le Centre atlantique d'études stratégiques et d'analyse sécuritaire. Selon sa propre présentation, il a aussi dirigé l'unité Afrique du Nord du Emirates Policy Center d'Abou Dhabi en 2014-2015.

Surtout, il annonce l'effondrement de l'Algérie depuis des années. Aucune de ces prédictions ne s'est réalisée :

  • Un pouvoir qui « vacille »Il affirmait que les résolutions du Conseil de sécurité sur le Sahara visaient depuis 2018 à changer la situation interne de l'Algérie, un pouvoir qui ne tiendrait que grâce au gaz.
  • La « désintégration » de l'AlgérieAprès la reconnaissance française de la marocanité du Sahara, en juillet 2024, il a prédit que l'Algérie pourrait se désintégrer. Il est allé jusqu'à contester l'existence historique de l'État algérien.
  • Une chute « imminente »Après la chute de Bachar al-Assad, en décembre 2024, il a jugé la chute du pouvoir algérien peut-être imminente, en s'appuyant sur Ferhat Mehenni, chef du MAK.

L'Algérie est toujours debout, et ses institutions fonctionnent. Ces prophéties relèvent du vœu, pas de l'analyse. Sa dernière thèse, une guerre déclenchée par Alger en cas d'effondrement, repose sur un effondrement qu'il annonce en vain depuis des années.

II.Une projection du cas marocain

Ce que décrit Manar Slimi correspond trait pour trait au Maroc. C'est le pouvoir marocain qui a construit sa doctrine et son récit patriotique sur l'idée d'un territoire amputé, et donc sur l'hostilité envers l'Algérie.

Le scénario de guerre qu'il prête à Alger s'applique mieux à Rabat. Un pouvoir qui vacille cherche un ennemi extérieur pour ressouder le pays. Si le pouvoir marocain venait à être menacé, c'est lui qui serait tenté par une confrontation avec l'Algérie pour mobiliser ses troupes et son opinion.

L'Algérie, elle, n'a jamais fait du Maroc un ennemi. Aucun programme scolaire algérien n'enseigne la haine du Maroc.

Le contraste se lit noir sur blanc dans les textes officiels marocains.

III.L'article 42 et les « frontières authentiques »

La Constitution marocaine de 2011 grave ce récit dans le marbre. Son article 42 fait du roi le garant de l'indépendance du pays et de l'intégrité territoriale du royaume « dans ses frontières authentiques ».

Ces frontières ne sont définies nulle part. La formule figurait déjà dans la Constitution de 1970. Cette ambiguïté permet aux partisans du « Grand Maroc » de défendre une lecture extensive du territoire historique du royaume, qui déborde sur le Sahara occidental, la Mauritanie et l'ouest algérien.

Même des analyses européennes qui ne la jugent pas menaçante y voient une clause de réserve géopolitique, source de friction permanente avec les voisins. Aucune constitution algérienne ne contient d'équivalent.

IV.Ce que montrent les manuels scolaires marocains

Le récit des « frontières authentiques » ne reste pas dans les textes juridiques. Il est transmis dès l'école, carte après carte.

  • Une superficie gonfléeUn manuel de géographie fait apprendre aux élèves que le Maroc s'étend sur 710 850 km². Ce chiffre inclut le Sahara occidental, sans aucune frontière, alors que le Maroc seul couvre environ 446 000 km². L'ONU considère toujours le Sahara occidental comme un territoire non autonome.
  • Une frontière algéro-marocaine effacéeSur plusieurs cartes, la frontière entre l'Algérie et le Maroc n'apparaît pas ou reste inachevée, notamment entre Figuig et Tindouf, précisément sur le territoire que les nationalistes marocains appellent le « Sahara oriental ». C'est le cas jusque sur une carte censée représenter les frontières politiques actuelles du Maghreb.
  • Le Sahara fondu dans le MarocLes cartes thématiques, comme celle de la production industrielle en Méditerranée, intègrent systématiquement le Sahara occidental au territoire marocain.

Ces omissions ne sont pas anodines. Un élève qui n'a jamais vu la frontière orientale de son pays grandit avec l'idée qu'elle reste à tracer. C'est ainsi que se fabrique, dès l'enfance, le mythe du « Grand Maroc ».

V.Tindouf, Béchar et la mémoire de 1963

Effacer la frontière avec l'Algérie, c'est raviver des revendications que l'histoire n'a pas oubliées. Leur ambiguïté remonte au XIXe siècle. Après sa défaite à Isly en août 1844, le sultan Moulay Abderrahmane s'engage auprès de la France à lâcher l'émir Abdelkader, déclaré hors-la-loi ; ses troupes finiront par le pourchasser. Le traité de Lalla Maghnia, signé le 18 mars 1845, ne délimite ensuite la frontière que de la Méditerranée jusqu'au col de Teniet el-Sassi. Au sud, rien n'est tracé.

C'est dans ce vide que naît le mythe du « Sahara oriental ». Dès l'indépendance marocaine, le tracé de la frontière algérienne est contesté par le parti de l'Istiqlal, puis par la monarchie de Hassan II, au nom du « Grand Maroc ». Cette carte revendiquait Tindouf et Béchar.

En octobre 1963, à peine un an après l'indépendance algérienne, ces revendications ont débouché sur la guerre des Sables. C'est le Maroc qui a ouvert les hostilités contre un pays qui sortait de huit ans de guerre de libération.

La frontière a ensuite été fixée par la convention signée à Rabat en 1972. L'Algérie l'a ratifiée dès 1973 ; le Maroc a attendu 1989. Certains médias marocains contestent encore aujourd'hui sa validité.

Ce récit n'appartient pas au passé. Le site Le360, proche du pouvoir marocain, publie des séries d'articles affirmant qu'avant 1845 l'autorité marocaine s'étendait jusqu'au Touat, à Tindouf, Béchar et Figuig, et que les frontières algériennes seraient « artificielles ». Rabat ne revendique pas officiellement ces territoires. Mais ses médias et ses manuels préparent le terrain d'une revendication qui ne dit pas son nom.

VI.La position algérienne : le droit, pas la haine

L'Algérie défend un principe, pas une rancune. Elle soutient le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, et en particulier le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination, conformément aux résolutions de l'ONU.

Cette position ne fait pas du Maroc un ennemi. L'ancien ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra l'a résumé ainsi : l'Algérie « ne fera la guerre qu'en légitime défense ».

L'Algérie défendra en revanche ses intérêts stratégiques et vitaux au Sahara occidental. Si le Maroc devait franchir le mur de sable, elle serait contrainte d'intervenir. Ce n'est pas une menace, c'est une ligne rouge connue de tous.

ConclusionL'accusateur qui se décrit lui-même

Manar Slimi accuse l'Algérie d'entretenir la haine et de préparer la guerre. Les faits racontent l'inverse : une Constitution aux frontières indéfinies, des manuels qui effacent la frontière orientale, une guerre ouverte en 1963 pour Tindouf et Béchar.

La vraie question n'est donc pas ce que l'Algérie enseigne à ses enfants. C'est ce que le Maroc enseigne aux siens, et ce que cela prépare pour la région.

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