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Articles

Affichage des articles du novembre, 2025

La distinction entre “régime marocain” et “peuple marocain” : une grille de lecture devenue obsolète ?

Depuis plusieurs années, le discours officiel algérien — présidentiel et gouvernemental — défend une position constante : le différend n’est pas avec le peuple marocain , mais avec le régime qui le gouverne. Cette ligne cherche à maintenir une distinction nette entre populations et appareils étatiques, en cohérence avec une doctrine diplomatique algérienne qui privilégie la solidarité entre peuples et l’opposition aux politiques expansionnistes des États, non aux sociétés civiles. Cependant, l’évolution du discours social marocain, notamment sur les réseaux sociaux et dans certains segments de l’opinion, pose aujourd’hui un problème analytique majeur : une grande partie des propos hostiles dirigés contre l’ Algérie — insultes, attaques identitaires, discours sur le “ Sahara oriental ” — ne proviennent pas des officiels marocains, mais de segments significatifs de la société marocaine elle-même. Cette réalité interroge la pertinence géopolitique de maintenir indéfiniment la distincti...

Le Maroc et la politique de la corde raide : pourquoi l’affrontement armé semble-t-il plus proche que jamais ?

Les évolutions rapides dans l’espace maghrébin révèlent un basculement stratégique majeur dans le comportement du Maroc , un basculement qui ne peut être interprété qu’à travers une logique délibérée de pression, de provocation et d’élargissement maximal du champ de manœuvre. Cette approche – marquée par une posture de surenchère, de défi et de rupture avec les équilibres régionaux – rapproche dangereusement la région du spectre d’une confrontation armée. Alors que certains persistent à envelopper la crise dans un discours diplomatique figé, les données politiques et opérationnelles indiquent que la solution ne naîtra pas avant l’instant de l’explosion ; elle sera, au mieux, imposée par les conséquences d’un conflit. 1. Les mutations marocaines : de la défensive à l’offensive stratégique Depuis 2020, Rabat a adopté une posture offensive inédite dans l’histoire régionale, articulée autour de trois axes : L’élargissement des alliances extérieures , notamment par une normalisation s...

L’impossibilité pour le Maroc de contester juridiquement l’exploitation de la mine de Gara Djebilet par l’Algérie

Il n’est point de controverse diplomatique qui ne révèle, à l’épreuve du droit, la solidité ou la fragilité des prétentions qu’elle mobilise. Le cas de la mine de Gara Djebilet , l’un des plus importants gisements de fer du continent africain, relève précisément de cette logique. Situé en territoire algérien, ce gisement fait pourtant l’objet, depuis plusieurs années, de déclarations marocaines insinuant une prétendue « violation » des engagements bilatéraux . Un examen juridique précis montre cependant que le Maroc ne dispose d’aucun fondement pour contester l’exploitation souveraine entreprise par l’Algérie. L’analyse de la convention du 15 juin 1972 , complétée par les principes fondamentaux du droit international , conduit à une conclusion claire : non seulement les droits conventionnels du Maroc ont été éteints par sa non-exécution totale, mais aucune norme internationale ne lui permet aujourd’hui d’entraver l’exercice par l’Algérie de sa souveraineté territoriale et économique ...

Méga-projet de Gara Djebilet : Pourquoi suscite-t-il autant d’intérêt dans les médias marocains ? Le Maroc est-il réellement dans son bon droit ? Et la convention de 1972 demeure-t-elle contraignante pour l’Algérie ?

Depuis que le gouvernement algérien a décidé de relancer le projet stratégique de la mine de Gara Djebilet (1), la presse marocaine , qu’elle soit officielle ou officieuse, s’est empressée de s’emparer du sujet, invoquant un prétendu « droit historique » du Maroc sur ce gisement. Selon la version avancée par Rabat, Hassan II aurait accepté le tracé des frontières entre le Maroc et l’Algérie en contrepartie d’un droit d’usufruit sur la mine de Gara Djebilet. Or, les documents signés et ratifiés par les deux États racontent une tout autre histoire (2). Nous reviendrons en détail sur ce point dans cet article, afin de déconstruire cette propagande marocaine destinée à un usage interne, dont l’objectif est de maintenir le peuple marocain dans l’illusion d’un retour à une grandeur passée… qui n’a en réalité jamais existé. Avant de répondre aux affirmations marocaines, commençons par présenter brièvement le méga-projet de Gara Djebilet : de quoi s’agit-il exactement ? 1) Le méga projet d...

Quand un sondage vise les musulmans de France, c’est aussi l’Algérie qui est ciblée

En tant qu’observateur algérien de la vie politique française, il est difficile de rester indifférent face à la tempête médiatique déclenchée par le récent sondage de l’IFOP consacré aux « musulmans de France ». Derrière la façade des chiffres et des titres alarmistes, se joue une manœuvre plus subtile : déplacer le centre de gravité du débat public vers une vision toujours plus hostile à la première communauté musulmane du pays — la communauté algérienne. Ce sondage, commandé par une revue confidentielle, Écran de veille , a été propulsé sur le devant de la scène par Le Figaro , sans la moindre distance critique. À mesure que les zones d’ombre se dissipent, une évidence s’impose : l’ Algérie n’est pas un simple spectateur dans cette affaire — elle en est la cible indirecte, mais centrale. I. Une revue opaque, un sondage explosif, un commanditaire suspect Écran de veille n’a ni notoriété, ni ancrage, ni légitimité dans le débat français. Ses animateurs sont inconnus, ses financements...

Maroc-Israël : la production de drones ouvre une nouvelle équation stratégique. Quelle réponse pour Alger ?

L’annonce du déploiement d’une capacité industrielle israélienne de fabrication de drones au Maroc constitue un tournant majeur dans l’équilibre militaire maghrébin. Cette évolution soulève une question centrale : comment l’Algérie peut-elle répondre à cette montée en gamme technologique chez son voisin occidental ? Les options existent, et elles s’inscrivent dans le cadre d’une coopération militaire russo-algérienne qui ne cesse de se renforcer. Un contexte régional en mutation : le facteur drone comme multiplicateur de puissance Les drones armés ne sont plus un simple outil tactique : ils sont devenus un instrument stratégique , capable de frapper en profondeur, saturer les défenses et remodeler les doctrines d’emploi. Pour Rabat, l’intégration de savoir-faire israélien dans la production locale de drones ouvre la voie à une autonomie capacitaire et à une projection asymétrique dans le conflit latent autour du Sahara occidental. Face à cela, Alger pourrait s’intéresser à la fi...

France–Algérie : une reprise des relations devenue indispensable pour Paris, mais soumise à des conditions claires posées par Alger

Les rapports entre Paris et Alger traversent une zone de turbulences rarement atteinte. Tandis que la France continue d’invoquer la formule d’un « dialogue exigeant », Alger rappelle que la crise actuelle est née d’un acte français : l’atteinte directe aux intérêts vitaux de l’Algérie, en particulier sur le dossier du Sahara occidental . Dans ce contexte, la volonté française de relancer les échanges se heurte à une réalité nouvelle : c’est désormais Alger qui fixe le tempo, et Paris qui doit rattraper ses erreurs . I. Pourquoi la France a plus à perdre qu’à gagner 1. Érosion économique Les entreprises françaises reculent en Algérie au profit de concurrents asiatiques et européens. Sans normalisation politique, Paris risque la marginalisation dans un marché stratégique en mutation. 2. Besoin crucial d’Alger au Sahel Évincée du Mali, du Niger et du Burkina Faso, la France se retrouve fragilisée dans une zone où l’Algérie demeure incontournable. Sans coopération avec Alger, aucune straté...

Su‑57 en Algérie : éclaireur furtif et multiplicateur de force — vers une nouvelle grammaire aéromilitaire au Maghreb

La confirmation, à l’occasion du Dubai Airshow (18 novembre 2025), de la mise en service active des deux premiers Su‑57E algériens par le PDG d’United Aircraft Corporation (UAC), Vadim Badekha , marque un jalon : c’est la première exportation mondiale du chasseur russe de 5e génération . Officiellement, le client n’est pas nommé, mais les communiqués et recoupements de presse spécialisés convergent vers l’Algérie , qui avait déjà revendiqué le statut de premier opérateur étranger en février 2025.  Au‑delà du symbole, la question opérationnelle est simple : que peut faire une « micro‑flotte » de Su‑57 avant l’arrivée d’exemplaires supplémentaires ? L’expérience récente montre que des chasseurs de 5e génération, même en nombres limités, peuvent décupler la performance d’un parc de 4e/4+ génération par fusion de données , détection avancée , guerre électronique et pénétration furtive en zone contestée. Dans le cas algérien, cet effet de levier s’applique à une ossature déjà ro...