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Amgala : Quand l'Algérie fut frappée… et quand l'Algérie répondit

Mémoire nationale · Sahara occidental · 1976
Amgala
Quand l'Algérie fut frappée… et quand l'Algérie répondit

Il est des noms que le désert n'efface pas. Amgala est de ceux-là. En janvier 1976, des soldats algériens venus protéger des réfugiés y furent assaillis par une armée qui croyait pouvoir humilier l'Algérie. Trois semaines plus tard, dans la nuit du 14 février, la réponse tomba. Voici l'histoire de deux batailles qui ont rappelé au Makhzen une vérité vieille comme Novembre : on ne frappe pas l'Algérie impunément.

Amgala 1976
Amgala en repères
2 000
réfugiés sahraouis protégés
6 contre 1
bataillons marocains face au 41ᵉ bataillon
1 h 30
pour reprendre l'avantage le 14 février
102
soldats algériens jamais oubliés

I. Le péché originel : un peuple vendu à Madrid

À l'automne 1975, l'Espagne franquiste plie bagage. Au lieu d'organiser le référendum d'autodétermination exigé par les Nations unies, Madrid signe le 14 novembre 1975 un marché de dupes avec le Maroc et la Mauritanie. Le Sahara occidental est partagé comme un butin, dans un bureau, sans que l'on daigne demander leur avis à ceux qui y vivent depuis des siècles. Le peuple sahraoui est rayé d'un trait de plume.

Le Front Polisario refuse ce diktat et prend les armes. La riposte de Rabat est implacable : bombardements, colonnes militaires, campements dévastés. Des milliers de femmes, d'enfants et de vieillards fuient à travers le désert, sans eau, sans abri, sous la menace des avions. C'est un exode. C'est une tragédie.

Face à ce drame, l'Algérie ne détourne pas le regard. Elle qui a payé sa liberté du sang d'un million et demi de martyrs sait ce que signifie être chassé de sa terre. Elle ouvre ses frontières, tend la main, organise les secours. Ce n'est pas de la politique : c'est de la fidélité à elle-même.

C'est ainsi qu'apparaît le nom d'Amgala, point d'eau vital à quelque 260 kilomètres à l'ouest de la frontière algérienne, étape obligée des colonnes de réfugiés en route vers Tindouf. En janvier 1976, près de 2 000 civils sahraouis y survivent. Auprès d'eux veille le 41ᵉ bataillon d'infanterie de l'Armée nationale populaire. Sa mission : ravitailler, soigner, protéger. Pas conquérir.

II. Amgala I — 27-29 janvier 1976 : l'agression

Le prélude

Le 21 janvier 1976, le Front Polisario frappe Dakhla et inflige un rude coup aux forces mauritaniennes. Rabat jette ses chasseurs F-5 dans la bataille ; l'un d'eux est abattu par les combattants sahraouis. Humilié, le commandement marocain cherche une cible pour laver l'affront. Il la trouve à Amgala.

Six bataillons contre une mission humanitaire

Dans la nuit du 27 janvier 1976, les Forces armées royales passent à l'attaque. Six bataillons lourdement armés, appuyés par l'aviation, se ruent sur une unité algérienne déployée pour encadrer un exode civil. Le rapport de forces est indécent. Rabat ne cherche pas une victoire militaire : il cherche une image, un trophée, une humiliation à brandir.

Mais ceux qui pensaient faire plier les fils de l'Algérie se sont heurtés à un mur. Car ces soldats portaient en eux l'esprit des maquis, l'héritage de l'ALN, la mémoire de Novembre. Encerclés, écrasés sous le feu, ils ont tenu. Heure après heure. Pendant près de trente-six heures.

« Le capitaine Lounès Arib est tombé à Amgala, loin des siens, au cœur du désert. Il n'est pas mort pour une conquête. Il est mort pour que des réfugiés puissent vivre. »

Au cours des combats, le capitaine Lounès Arib tombe au champ d'honneur. Son nom rejoint la longue lignée de ceux qui ont donné leur vie pour que le droit des peuples ne soit pas un slogan creux, mais un engagement payé au prix du sang.

Une bataille perdue, un honneur intact

Submergés par la supériorité matérielle de l'adversaire, les Algériens finissent par se replier. 102 soldats algériens sont faits prisonniers. Rabat exulte, gonfle les bilans, exhibe ses captifs devant les caméras. La propagande du Makhzen tourne à plein régime pour présenter l'Algérie en agresseur.

Mais l'Histoire ne se laisse pas falsifier si aisément. Qui était l'agresseur à Amgala ? Ceux qui protégeaient deux mille civils démunis autour d'un puits, ou ceux qui sont venus les attaquer avec six bataillons et des avions de chasse ? Les soldats algériens n'étaient pas là pour s'emparer d'un pouce de terre étrangère. Ils étaient là parce que l'Algérie n'abandonne pas les peuples qui souffrent.

III. La décision de Boumediene

Le Caire s'agite. Le vice-président égyptien Hosni Moubarak multiplie les navettes entre Alger et Rabat pour éteindre l'incendie. Mais à Alger, un homme a déjà tranché.

Houari Boumediene n'est pas un chef d'État ordinaire. Il est l'enfant de la Révolution, le gardien de son serment. Il sait qu'une nation qui abandonne ses soldats abandonne son âme. Il sait aussi que laisser l'affront impuni, c'est inviter le prochain. Sa réponse tient en une phrase, que la mémoire nationale a gravée :

« Pour chaque prisonnier algérien, deux prisonniers marocains. »
président Houari Boumediene

Ni colère, ni improvisation. Une décision d'État, froide et souveraine. L'Algérie ne cherche pas la guerre. Mais elle ne courbe jamais l'échine devant l'intimidation.

IV. Amgala II — 14 février 1976 : la Nuit des Couteaux Tranchants

La préparation

L'état-major choisit les meilleurs. Plus de 300 commandos des forces spéciales sont rassemblés et soumis à quinze jours d'entraînement impitoyable. Rien n'est laissé au hasard : chaque mouvement est répété, chaque position ennemie étudiée, chaque objectif assigné.

Pendant ce temps, Boumediene se rend officiellement en Libye. Le geste est d'une habileté redoutable : l'Algérie garde la main sur le terrain diplomatique et ne laisse à Rabat aucun prétexte à exploiter. Le glaive et l'esprit, réunis dans une même manœuvre. C'est cela, l'Algérie de Boumediene.

L'assaut

Nuit du 14 février 1976. Le désert est silencieux. Les commandos avancent sans un bruit jusqu'au cœur du dispositif marocain retranché dans l'oasis. Pour que rien ne trahisse leur approche, les sentinelles sont neutralisées à l'arme blanche. Puis l'assaut se déchaîne sur l'ensemble des positions.

L'adversaire n'a pas le temps de comprendre. La surprise est totale, la coordination parfaite, la maîtrise du terrain absolue. Selon le récit transmis par les anciens, l'opération ne dure qu'une heure et demie, et le bilan avancé est accablant pour les FAR : 420 soldats tués et 1 613 faits prisonniers. Les chiffres font encore débat, mais une chose est indiscutable : quinze jours après avoir crié victoire, l'armée marocaine perd Amgala.

Ce que Rabat avait pris en trente-six heures avec six bataillons et des avions, l'Algérie le lui reprit en une nuit.

La force, sans la barbarie

Et voici ce qui distingue une armée de libération d'une armée de conquête : au lendemain de l'assaut, les prisonniers sont conduits à Tindouf, les blessés sont soignés, et aucun corps n'est profané. Dans la fureur du désert, l'Algérie a frappé fort, mais elle a frappé dans l'honneur.

V. L'ultimatum de Hassan II et le silence qui humilie

L'arrogance d'hier fait place à la panique. Hassan II adresse un message à Boumediene, rapporté par Le Monde du 17 février 1976. Il y accuse l'Armée nationale populaire d'avoir attaqué « traîtreusement » la garnison d'Amgala et somme l'Algérie de choisir entre une guerre ouvertement déclarée et une paix internationalement garantie.

Le roi qui, trois semaines plus tôt, avait lancé six bataillons contre une mission humanitaire découvre soudain les vertus de la loyauté au combat. L'ironie est cruelle.

La réponse de Boumediene est un chef-d'œuvre de mépris souverain : il fait publier la lettre royale dans la presse nationale, sans y répondre. Pas un mot. Pas une ligne. Le message est clair pour qui sait lire : l'Algérie ne reçoit d'ultimatum de personne, et certainement pas de ceux qui l'ont attaquée.

Alger rejette les accusations sur les événements de janvier, montages destinés à travestir la réalité du terrain. Quant à février, l'Algérie n'a jamais rougi de sa riposte. Elle l'assume pour ce qu'elle fut : la réponse d'une nation blessée dans son honneur.

VI. Après Amgala : l'Histoire en marche

27 février 1976 — Le Front Polisario proclame la République arabe sahraouie démocratique.

6 mars 1976 — L'Algérie reconnaît la RASD. Dès le lendemain, Rabat rompt ses relations diplomatiques avec Alger.

4 mai 1987 — Sommet tripartite à la frontière, sous l'égide du roi Fahd d'Arabie saoudite, entre le président Chadli Bendjedid et Hassan II.

25 mai 1987 — Les 102 soldats algériens d'Amgala rentrent au pays, échangés contre 150 prisonniers marocains.

1988 — Rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays.

Onze années de captivité n'ont pas fait de ces 102 hommes des vaincus. À leur retour, ils ne retrouvent ni oubli ni reniement, mais une patrie qui les accueille comme des soldats ayant accompli leur devoir dans les conditions les plus inégales qui soient. Car l'Algérie ne traite pas ses soldats comme des pions qu'on sacrifie et qu'on oublie. Elle les honore, parce qu'ils sont la Nation en armes et l'héritage vivant de l'ALN.

VII. Deux visions du Maghreb que tout oppose

Amgala n'a pas seulement opposé deux armées. Elle a mis à nu deux conceptions irréconciliables du Maghreb.

D'un côté, l'Algérie de Novembre : celle qui a arraché sa liberté à la plus grande puissance coloniale de son temps, et qui sait qu'aucun peuple ne doit être privé de la sienne par l'occupation, la force des armes ou des accords signés dans son dos. L'Algérie n'a jamais réclamé un mètre carré du Sahara occidental. Elle n'a réclamé qu'une chose : que les Sahraouis décident eux-mêmes de leur destin.

De l'autre, le Makhzen et ses rêves d'expansion, sa politique du fait accompli, son mépris des résolutions onusiennes et sa conviction que la force crée le droit. Cinquante ans plus tard, cette logique n'a pas changé. Elle s'est seulement trouvé de nouveaux parrains.

Amgala, leçon de souveraineté

À Amgala, le sang algérien a coulé pour une cause juste. À Amgala, des soldats ont tenu jusqu'au bout parce qu'ils savaient que l'honneur d'une nation ne se marchande pas sous la menace. Et à Amgala, quand l'heure de la riposte a sonné, l'Algérie a frappé avec méthode, avec force, et avec honneur.

Que ceux qui, aujourd'hui encore, rêvent de faire plier Alger relisent cette page d'histoire. Elle leur rappellera ce que leurs aînés ont appris dans la nuit du 14 février 1976.

L'Algérie ne provoque pas, mais elle ne se laisse jamais humilier.
Elle ne cherche pas la guerre, mais elle ne recule jamais devant l'agression.
Elle aime la paix, mais jamais au prix de sa dignité.
Héritière de Novembre, elle peut être blessée. Elle ne plie pas. Elle ne trahit pas. Elle répond.
Par Belgacem Merbah

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