Accéder au contenu principal

Sahara occidental : Washington rappelle à Rabat que le dossier n'est pas clos

À quelques semaines du vote sur le renouvellement du mandat de la MINURSO, un émissaire américain tempère l'optimisme marocain et replace le Front Polisario au cœur de l'équation.

Depuis l'automne 2025, la diplomatie marocaine vit sur un récit bien rodé : la question du Sahara occidental serait pratiquement réglée, le plan d'autonomie de 2007 s'imposant désormais comme l'unique horizon possible. La résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée fin octobre 2025, a été présentée à Rabat comme une victoire définitive, et la proclamation américaine de décembre 2020 comme une garantie de solidité.

Or c'est précisément de Washington qu'est venue, cette semaine, la mise au point la plus nette. Invité de France 24, Massad Boulos, conseiller principal du président Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, a livré un constat sans fard : aucun règlement n'est à portée de main.


Des rounds de négociation sans résultat tangible

Depuis février 2026, l'administration américaine a pris la main sur le processus. Une première séquence s'est tenue à Madrid, suivie d'un round à Washington réunissant le Maroc, le Front Polisario, l'Algérie et la Mauritanie. L'objectif affiché était d'accélérer vers une solution fondée sur l'autonomie.

Sept mois plus tard, le bilan dressé par l'émissaire américain lui-même est modeste. Selon lui, aucune solution n'est aujourd'hui perceptible ou palpable, et Washington attend toujours la réponse du Front Polisario sur la proposition marocaine. Autrement dit : sans l'adhésion du mouvement sahraoui, le plan d'autonomie reste un document sur la table, pas un accord.

Le Polisario, interlocuteur incontournable

Cette déclaration a une portée politique qui dépasse sa formulation prudente. Elle rappelle une réalité que la communication officielle marocaine tente depuis des années d'effacer : le conflit oppose deux parties, le Royaume du Maroc et le Front Polisario, reconnu par les Nations unies comme représentant du peuple sahraoui. Aucune reconnaissance bilatérale, aussi prestigieuse soit-elle, ne peut à elle seule modifier le statut d'un territoire inscrit depuis 1963 sur la liste onusienne des territoires non autonomes.

En conditionnant toute avancée à la réponse sahraouie, Washington admet implicitement que la logique du fait accompli a ses limites. Un règlement durable suppose le consentement de ceux qu'il concerne au premier chef.

L'Algérie, partenaire et non adversaire

Le second enseignement de cette intervention concerne l'Algérie. Rabat s'efforce depuis longtemps d'imposer l'idée qu'Alger serait la véritable partie au conflit, le Polisario n'étant qu'un simple relais. Le discours de Massad Boulos va dans le sens inverse.

L'émissaire a qualifié la relation algéro-américaine d'excellente et présenté l'Algérie comme un partenaire de grande qualité, jouant un rôle constructif en faveur du dialogue. Il a surtout pris acte d'un point essentiel : Alger n'a pas vocation à dicter une solution au Front Polisario. C'est la reconnaissance, de facto, de l'autonomie de décision du mouvement sahraoui et de la position constante de la diplomatie algérienne, qui se définit comme pays voisin et observateur attaché au droit international.

Octobre, le prochain rendez-vous

Le calendrier donne tout son poids à cette sortie. Le mandat de la MINURSO expire fin octobre 2026, et le Conseil de sécurité devra se prononcer sur sa reconduction. Les débats porteront inévitablement sur l'application de la résolution 2797 et sur l'état réel du processus politique.

Le Maroc espérait arriver à cette échéance avec un dossier présenté comme quasiment bouclé. Il y arrivera finalement avec un processus qui, de l'aveu même de son principal soutien occidental, n'a pas produit d'accord. Washington maintient formellement sa reconnaissance de 2020 et son appui au plan d'autonomie, mais sa lecture du terrain relève désormais d'un pragmatisme qui ne laisse pas de place au triomphalisme.

Conclusion

Les déclarations de Massad Boulos ne constituent pas un revirement de la politique américaine. Elles en révèlent en revanche les limites. Le soutien d'une grande puissance peut peser sur un rapport de forces, il ne peut pas se substituer à un accord entre les parties. Tant que le peuple sahraoui n'aura pas été consulté de manière crédible sur son avenir, le conflit du Sahara occidental restera ouvert, et le récit d'un dossier définitivement tranché demeurera ce qu'il est : une ambition, pas un fait diplomatique.


Belgacem Merbah

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le Mythe du Soutien Marocain à la Révolution Algérienne : Une Histoire de Calculs et d’Opportunisme

L’histoire des relations entre le Maroc et la Révolution algérienne est souvent déformée par une propagande soigneusement entretenue par le régime marocain. Cette version des faits présente Mohamed V comme un allié indéfectible du peuple algérien dans sa lutte pour l’indépendance. Pourtant, une analyse minutieuse des événements démontre que ce soutien n’était ni désintéressé, ni motivé par une réelle solidarité. Il s’agissait avant tout d’un levier diplomatique visant à consolider le pouvoir du souverain marocain et à servir les ambitions territoriales du royaume chérifien. 1. Un Soutien Dicté par des Intérêts Stratégiques Lorsque la Guerre d’Algérie éclate en 1954, le Maroc, fraîchement indépendant depuis 1956, se trouve dans une position délicate. Mohamed V cherche à asseoir son autorité dans un pays encore fragile, marqué par des tensions internes et des incertitudes quant à son avenir politique. Dans ce contexte, le soutien à la lutte algérienne contre la France devient un outil...

La CIA déclassifie un document qui permet de comprendre les véritables motivations du Maroc dans la guerre des sables de 1963

Le 23 août 1957, un document confidentiel de la CIA a été rédigé, dévoilant des éléments cruciaux sur la politique française vis-à-vis de l’Algérie, alors en pleine guerre d’indépendance. Récemment déclassifié, ce document éclaire d’un jour nouveau les intentions de la France concernant les zones pétrolifères sahariennes et ses stratégies post-indépendance. À travers des manœuvres diplomatiques, économiques et géopolitiques, Paris cherchait à préserver son contrôle sur cette région stratégique. Un Sahara Algérien Indispensable à la France Selon ce document, la France considérait le Sahara algérien comme un territoire d’une importance capitale, non seulement pour ses ressources pétrolières et gazières, mais aussi pour son positionnement stratégique en Afrique du Nord. Dans cette optique, Paris envisageait de maintenir coûte que coûte sa mainmise sur la région, en la dissociant administrativement du reste de l’Algérie. Cette politique s’est concrétisée en 1957 par la création de deux dép...

Boualem Sansal gracié par le président Abdelmadjid Tebboune : un geste d’humanité ou une faute politique ?

L’annonce de la grâce présidentielle accordée à Boualem Sansal a provoqué surprise, débats et indignation en Algérie. L’écrivain franco-algérien, condamné à cinq ans de prison pour des propos jugés attentatoires à l’unité nationale, sera transféré en Allemagne pour y recevoir des soins, à la demande du président Frank-Walter Steinmeier. Si le geste semble motivé par des considérations humanitaires, il révèle en réalité un enchevêtrement diplomatique où s’affrontent principes de souveraineté, équilibres européens et calculs politiques. Un geste humanitaire à lecture diplomatique multiple Officiellement, la décision présidentielle s’inscrit dans le cadre d’une réponse “humanitaire” à une requête allemande. Boualem Sansal, âgé et malade, bénéficierait ainsi d’un transfert pour soins, dans un esprit de clémence et d’ouverture. Mais les observateurs attentifs savent que, derrière cette façade, se cache un jeu d’influences plus subtil. Depuis plusieurs mois, Paris cherchait à obtenir la libé...