On peut s'opposer au gouvernement en place sans renier la patrie. Appeler l'Algérie à reconnaître la « marocanité » du Sahara occidental, ce n'est plus de l'opposition : c'est ouvrir une porte que notre histoire nous commande de garder fermée.
Il existe en Algérie une tradition d'opposition honorable. Des militants du mouvement national aux figures du Hirak, des générations d'Algériens ont combattu le pouvoir en place sans jamais renier la patrie. Ils ont contesté des gouvernants, des méthodes, des élections. Ils n'ont jamais contesté l'Algérie elle-même, ni son territoire, ni la cohérence de ses engagements historiques.
C'est cette frontière que certains opposants en exil ont franchie. En appelant ouvertement l'Algérie à reconnaître la « marocanité » du Sahara occidental, des voix comme celle d'Abdou Semmar ne critiquent plus seulement le gouvernement algérien en place. Elles demandent à la nation de renoncer à l'un des principes qui fondent sa politique étrangère depuis l'indépendance. On peut s'opposer à un gouvernement de toutes ses forces. On ne sert pas son pays en reprenant, mot pour mot, l'argumentaire de la diplomatie d'un voisin avec lequel le contentieux reste entier.
Le principe qui nous protège
La position algérienne sur le Sahara occidental n'est pas un caprice de généraux, contrairement à ce que répètent ces commentateurs. Elle repose sur un principe cardinal : l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation, consacrée par l'Organisation de l'unité africaine dès 1964. C'est ce principe qui a permis au continent d'éviter des guerres sans fin. C'est aussi ce principe qui protège l'intégrité territoriale de l'Algérie.
Car il faut le rappeler à ceux qui ont la mémoire courte : l'Algérie a elle-même été la cible des revendications territoriales marocaines. La doctrine du « Grand Maroc », portée dès les années 1950 par le parti de l'Istiqlal, revendiquait Tindouf, Béchar et une partie du Sahara algérien, mais aussi la Mauritanie entière et une partie du Mali. En 1963, à peine un an après notre indépendance, alors que le pays pansait encore les plaies de sept ans de guerre, le Royaume engageait la guerre des Sables. La convention frontalière signée en 1972 a été ratifiée par l'Algérie dès l'année suivante. Le Maroc, lui, a laissé traîner la sienne pendant près de deux décennies.
La boîte de Pandore
Reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental ne serait pas un simple geste de « réalisme ». Ce serait accepter qu'une frontière coloniale puisse être redessinée par l'occupation et le fait accompli, au nom de « droits historiques » invoqués par l'un des voisins. Or cette logique ne s'arrête pas d'elle-même à un territoire donné. Les « droits historiques » qui justifient aujourd'hui la revendication sur le Sahara sont exactement ceux qui justifiaient hier la revendication sur Tindouf.
Les signaux récents ne sont pas rassurants. En 2020, un consul marocain à Oran qualifiait publiquement l'Algérie de « pays ennemi ». En 2021, le représentant du Maroc à l'ONU évoquait officiellement un prétendu droit à l'autodétermination de la Kabylie, une ingérence directe dans l'unité nationale algérienne. Qui peut sérieusement croire qu'un Maroc conforté dans sa lecture expansive de l'histoire s'arrêterait aux limites qu'on lui aurait concédées ?
Opposition et loyauté
Le vrai courage de l'opposant, c'est de combattre l'injustice chez soi sans offrir d'arguments à ceux qui guettent la faiblesse du pays. Les opposants sincères peuvent réclamer une diplomatie plus habile, plus transparente, moins figée. Ils peuvent exiger que le dossier du Sahara ne serve jamais d'écran pour masquer les échecs intérieurs. Ce débat est légitime, et une Algérie démocratique devra l'avoir.
Mais réclamer que l'Algérie abandonne ses principes, c'est confondre le départ d'un gouvernement et l'affaiblissement d'une nation.
Les gouvernements passent, les frontières restent.
Et l'histoire retient rarement avec indulgence ceux qui, par haine de leurs gouvernants, ont plaidé la cause des adversaires de leur peuple.
Belgacem MerbahTribune d'opinion. Les propos cités sont des déclarations publiques.
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