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Éclats de tirs à Niamey et jeu d'influences au Sahel : la piste émiratie au cœur des tensions

NIAMEY — Dans la nuit de vendredi à samedi, la capitale nigérienne a été le théâtre de violents affrontements. Des tirs à l'arme lourde, des détonations et des échanges à l'arme automatique ont retenti aux abords de sites hautement stratégiques, notamment le palais présidentiel et l'aéroport international Diori-Hamani (abritant la base aérienne 101). Alors que ces événements sont qualifiés par plusieurs sources de tentatives de coup d'État ou de mutinerie au sein des forces armées face à la garde présidentielle du général Abdourahamane Tiani, les regards des analystes géopolitiques se tournent désormais vers les facteurs d'instabilité régionaux et leurs parrains extérieurs.



Une fracture militaire et un théâtre régional sous tension

L'ampleur des affrontements à Niamey et l'implication présumée d'unités militaires régulières dépassent le cadre des simples incursions terroristes observées ces derniers mois dans la région de Tillabéri. Si les autorités nigériennes ont appelé au calme, la crise révèle les failles et les rivalités internes au sein de l'appareil sécuritaire nigérien, trois ans après le renversement de Mohamed Bazoum.

Cependant, au-delà des divisions intestines de l'armée, les dynamiques transnationales jouent un rôle déterminant dans la fragilisation du régime militaire de Niamey.

L’analyse d’Akram Kharief : l'axe Benghazi-Abou Dhabi dans le collimateur

Dans une analyse publiée par le journaliste et expert des questions de défense Akram Khariefsur sa plateforme MENADEFENSE, l’instabilité à Niamey est replacée dans un contexte géopolitique plus large, impliquant directement les Émirats arabes unis et leurs relais régionaux.

Selon Kharief, un des acteurs majeurs intéressés par l'affaiblissement du pouvoir de Tiani est Saddam Haftar, chef d’état-major des forces de l’Est libyen basé à Benghazi. Le contentieux entre Niamey et le camp Haftar s'est accentué suite au rapprochement du Niger avec Tripoli et Alger, ainsi qu'à la remise à Tripoli d'un officier libyen réclamé par Benghazi.

Mais au-delà des rivalités territoriales et politiques entre le Niger et l'Est libyen, Akram Kharief met en lumière le rôle prépondérant des Émirats arabes unis, parrains financiers et militaires du clan Haftar. L'analyste souligne que Benghazi sert de plaque tournante logistique et financière pour les opérations d'influence émiraties au Sahel :

"Il est quand-même important de signaler que les Émirats arabes unis, principaux sponsors de Haftar, ont payé en l’espace de six mois 50 millions de dollars au JNIM, et 10 millions de dollars à l’État Islamique au Sahel, les deux principales organisations terroristes dans l’axe Mali-Niger, qui est en soi un facteur de déstabilisation et c’est Benghazi qui a servi de laboratoire pour ces précieuses transactions." — Akram Kharief, MENADEFENSE


Une stratégie de déstabilisation à plusieurs bandes

Cette analyse suggère que l'implication des Émirats arabes unis dans la région ne se limite pas au soutien diplomatique ou logistique à des factions armées en Libye ou au Tchad, mais s'étend à un soutien financier indirect — et parfois direct — à des groupes armés et à des réseaux d'opposition visant à reconfigurer l'échiquier politique du Sahel.

En finançant des acteurs régionaux et en entretenant des canaux d'influence à travers l'Est libyen, Abou Dhabi chercherait à peser sur les régimes de l'Alliance des États du Sahel (AES) et à contrecarrer les alliances naissantes entre Niamey, Alger et Tripoli. Les affrontements de Niamey s'inscriraient ainsi dans une guerre d'influence à grande échelle, où les tensions internes à l'armée nigérienne sont exploitées par des puissances extérieures pour redistribuer les cartes géopolitiques dans la région.


Mise à jour :

Selon les informations diffusées ce samedi par la télévision publique nigérienne, la tentative de coup d'État aurait échoué et la situation serait désormais sous contrôle des autorités. La télévision nationale a affirmé que les forces loyalistes ont repris la maîtrise des points stratégiques de la capitale et mis en échec les éléments impliqués dans la mutinerie. Cette annonce constitue le premier bilan officiel des événements survenus dans la nuit de vendredi à samedi à Niamey.

Si les circonstances exactes des affrontements et l'ampleur des soutiens dont ont bénéficié les mutins restent à éclaircir, les autorités nigériennes considèrent désormais que la tentative de renversement du pouvoir a été neutralisée.



Belgacem Merbah

 

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