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Le Mythe du Soutien Marocain à la Révolution Algérienne : Une Histoire de Calculs et d’Opportunisme

L’histoire des relations entre le Maroc et la Révolution algérienne est souvent déformée par une propagande soigneusement entretenue par le régime marocain. Cette version des faits présente Mohamed V comme un allié indéfectible du peuple algérien dans sa lutte pour l’indépendance. Pourtant, une analyse minutieuse des événements démontre que ce soutien n’était ni désintéressé, ni motivé par une réelle solidarité. Il s’agissait avant tout d’un levier diplomatique visant à consolider le pouvoir du souverain marocain et à servir les ambitions territoriales du royaume chérifien.


1. Un Soutien Dicté par des Intérêts Stratégiques

Lorsque la Guerre d’Algérie éclate en 1954, le Maroc, fraîchement indépendant depuis 1956, se trouve dans une position délicate. Mohamed V cherche à asseoir son autorité dans un pays encore fragile, marqué par des tensions internes et des incertitudes quant à son avenir politique. Dans ce contexte, le soutien à la lutte algérienne contre la France devient un outil de négociation, une manière de monnayer un avantage politique auprès des Français tout en renforçant sa propre légitimité sur la scène internationale.

Le Maroc n’a autorisé l’utilisation de son territoire que pour le transit de certaines armes, mais toujours selon ses propres intérêts. Il convient de rappeler que chaque cargaison acheminée à travers son sol faisait l’objet d’un prélèvement systématique, oscillant entre 10 % et 30 % des armes transportées. Il arrivait même que des cargaisons entières soient saisies lorsque leur matériel était jugé trop moderne, remplacées alors par des armes datant de la Seconde Guerre mondiale avant d’être remises à l’Armée de libération nationale. Les documents historiques révèlent en outre que le Maroc a exercé des pressions sur le Front de libération nationale, conditionnant son soutien à la reconnaissance par l’Algérie de frontières marocaines élargies. Ce comportement démontre que l’appui de Mohammed V ne relevait ni d’une conviction profonde ni d’un engagement sincère envers les idéaux révolutionnaires, mais s’inscrivait plutôt dans une logique de calculs politiques et territoriaux.


2. Le discours de Mohammed V à l'ONU en 1957 : les ambiguïtés d'un soutien conditionné

Le 9 décembre 1957, à l'occasion de la 12ᵉ session de l'Assemblée générale des Nations unies, Mohammed V prononce un discours qui s'inscrit dans le contexte des grands bouleversements de la décolonisation. Souvent présenté comme l'expression de la solidarité marocaine envers la lutte du peuple algérien, ce discours révèle néanmoins, à une lecture attentive, les tensions qui traversaient alors la diplomatie du Royaume. Entre engagement affiché en faveur des causes anticoloniales et préservation des intérêts fondamentaux de l'État marocain, le souverain évoluait sur une ligne de crête particulièrement délicate.

Le premier élément révélateur réside dans le choix même des mots. Mohammed V reprend l'expression officielle de la diplomatie française en évoquant les « événements d'Algérie », plutôt que de parler explicitement de « guerre d'indépendance ». Cette formulation, loin d'être anodine, témoigne de la prudence d'un pouvoir soucieux d'éviter une confrontation directe avec Paris. Elle traduit également la volonté de conserver une marge de manœuvre diplomatique à un moment où le Maroc, fraîchement indépendant, demeurait étroitement lié à son ancien protecteur sur les plans économique, militaire et politique.

2.1. Les limites d'un engagement politique

2.1.1 Une prudence diplomatique assumée

En s'abstenant d'adopter le vocabulaire du FLN, Mohammed V privilégie une approche mesurée qui peut être interprétée comme une tentative de préserver son rôle d'intermédiaire auprès des différentes parties. Cette modération lexicale permettait au Maroc de maintenir des relations fonctionnelles avec la France tout en continuant à afficher son soutien aux aspirations nationales algériennes. Elle révèle cependant les contraintes auxquelles était confrontée la diplomatie marocaine dans les premières années de l'indépendance.

2.1.2 La primauté des intérêts de l'État

Derrière les références à la solidarité maghrébine se dessinaient également des préoccupations plus directement liées à la stabilité du Royaume. La présence des combattants de l'Armée de libération nationale (ALN) dans certaines régions frontalières représentait un enjeu de sécurité majeur pour les autorités marocaines. Le Palais cherchait dès lors à concilier son soutien à la cause algérienne avec l'impératif de préserver l'équilibre interne du pays et l'autorité de la monarchie.

2.1.3 Un rapport de force avec la France

Le dossier algérien constituait aussi un élément important dans les relations entre Rabat et Paris. La question de la présence militaire française au Maroc, les négociations financières ainsi que certains différends frontaliers donnaient à la diplomatie marocaine des raisons supplémentaires d'agir avec prudence. Dans cette perspective, le soutien à la lutte algérienne apparaissait parfois comme un levier diplomatique parmi d'autres, ajusté en fonction des priorités stratégiques du moment.


2.1. Entre solidarité et Realpolitik

Le discours de Mohammed V à l'ONU illustre ainsi toute la complexité de la politique étrangère marocaine à la fin des années 1950. S'il exprime une solidarité de principe envers les peuples engagés dans la lutte contre le colonialisme, il met également en lumière les impératifs d'une monarchie récemment indépendante, soucieuse de consolider sa position régionale et de préserver ses intérêts nationaux.

À travers cette intervention, apparaît la dualité caractéristique de la diplomatie marocaine de l'époque : un soutien public aux mouvements de libération, constamment tempéré par les exigences de la Realpolitik. Loin de traduire une adhésion sans réserve à la cause algérienne, le discours de 1957 reflète l'équilibre délicat recherché par Mohammed V entre idéal anticolonial et raison d'État.


3. L’Obsession Marocaine pour l’Expansion Territoriale

L’un des aspects les plus occultés de cette période est l’ambition expansionniste du Maroc sur l’Algérie. Bien avant la colonisation française, la monarchie chérifienne revendiquait des territoires situés à l’Est, notamment les régions de Tindouf et de Béchar. Lorsque la France annexe l’Algérie en 1830, ces ambitions sont mises en veilleuse, mais elles ne disparaissent jamais totalement.

Avec l’indépendance algérienne en 1962, Hassan II, successeur de Mohamed V, voit une occasion en or de concrétiser ces revendications. En 1963, il engage la Guerre des Sables, une attaque militaire visant à annexer des territoires algériens sous prétexte d’un tracé frontalier injuste hérité de l’ère coloniale. Ce conflit révèle au grand jour le double jeu du Maroc : alors qu’il prétendait soutenir la cause algérienne, il n’hésite pas à agresser son voisin dès que l’occasion se présente, trahissant ainsi l’idéal de solidarité entre peuples en lutte contre le colonialisme.

4. Un Soutien Sélectif et Opportuniste

Contrairement aux récits officiels marocains, le FLN ne doit pas sa victoire au Maroc. L’aide la plus significative vient de pays comme l’Égypte de Nasser, qui fournit un appui militaire et diplomatique bien plus conséquent. Le Maroc, lui, joue un rôle secondaire, en autorisant l’utilisation de certaines bases arrière, mais toujours en fonction de ses propres intérêts.

Mieux encore, plusieurs sources indiquent que le Maroc a tenté de marchander son soutien en échange d’une reconnaissance officielle par le FLN des revendications marocaines sur l’Algérie. Cette instrumentalisation de la lutte algérienne révèle une absence totale d’engagement idéologique ou humanitaire : il ne s’agissait pas de défendre un peuple opprimé, mais bien d’en tirer un avantage géopolitique.

5. Quand Hassan II Plaidait pour une Algérie Affaiblie

Un des épisodes les plus révélateurs de cette duplicité marocaine est relaté par Charles de Gaulle lui-même. Dans ses mémoires et divers témoignages, il évoque une discussion avec Hassan II, qui tentait de convaincre la France de modifier les frontières de l’Algérie avant son indépendance.

Selon le souverain marocain, une Algérie postcoloniale deviendrait un "cancer" pour l’Afrique, une menace pour les intérêts français sur le continent. Hassan II plaidait pour que la France consolide le Maroc afin d’en faire un rempart contre une Algérie révolutionnaire, qui, selon lui, chercherait à déstabiliser l’influence occidentale en Afrique.

Cette déclaration illustre parfaitement la mentalité du régime marocain : loin de voir en l’Algérie un allié naturel dans le combat anticolonialiste, il la perçoit comme un rival à contenir et à affaiblir. En proposant un redécoupage des frontières, Hassan II espérait obtenir des territoires supplémentaires tout en se positionnant comme un partenaire stratégique privilégié de la France dans la région.


6. Arrestation des chefs du FLN en 1956

Selon Mohamed Hassanein Heikal, le prince héritier Hassan II a joué un rôle clé dans l'arrestation des chefs du FLN en 1956. Initialement, tous les leaders du FLN devaient prendre le même avion pour se rendre de Rabat à Tunis. Or, au dernier moment, Hassan II aurait changé ses plans, prévenant les chefs du FLN qu'il ne voyagerait plus avec eux. Peu après le décollage, l’avion transportant Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf, Mostefa Lacheraf et Mohamed Khider fut intercepté par l'armée française.

Cette interception, facilitée par les renseignements français, a donné lieu à des soupçons de collusion entre le prince héritier marocain et les autorités françaises. Certains estiment que cette action visait à apaiser les relations franco-marocaines, alors tendues, en échange d’avantages diplomatiques pour le Maroc. D'autres y voient une trahison de la cause algérienne, qui comptait sur le soutien des pays voisins dans sa lutte pour l’indépendance.

7. Le Paradoxe du Soutien Algérien au Polisario

Aujourd’hui encore, l’histoire est utilisée par le régime marocain pour justifier sa position dans le conflit du Sahara Occidental. Les dirigeants marocains dénoncent le soutien algérien au Front Polisario, en arguant que l’Algérie trahirait la fraternité maghrébine.

Mais cette comparaison est biaisée. Contrairement au Maroc qui a instrumentalisé la cause algérienne pour des gains territoriaux, l’Algérie appuie le Polisario sur un principe fondamental du droit international : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. C’est le même principe qui avait guidé la lutte du FLN contre la colonisation française. Loin d’être un calcul intéressé, ce soutien s’inscrit dans la continuité de l’engagement algérien pour l’émancipation des peuples opprimés.

8. Conclusion : Une Réécriture de l’Histoire au Service du Pouvoir Marocain

L’image d’un Mohamed V champion de la cause algérienne est une construction politique destinée à légitimer le rôle du Maroc sur la scène maghrébine. En réalité, le soutien marocain à la Révolution algérienne fut conditionné par des intérêts stratégiques et territoriaux. Ce n’était pas un acte de solidarité désintéressée, mais une manœuvre calculée pour renforcer le pouvoir de la monarchie et revendiquer des territoires.

L’histoire des relations entre l’Algérie et le Maroc est marquée par cette duplicité, où les discours officiels masquent des ambitions hégémoniques. Loin d’être un allié fidèle, le Maroc a tenté d’exploiter la guerre d’indépendance algérienne à son propre avantage. Cette réalité, trop souvent occultée, mérite d’être rétablie pour comprendre la complexité des dynamiques maghrébines contemporaines et les tensions qui persistent encore aujourd’hui.




Par Belgacem Merbah




Sources :

  • Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir (1970-1971) – De Gaulle y relate ses réflexions sur la fin de l’Empire colonial et ses échanges avec différents dirigeants.
  • Jean Lacouture, De Gaulle: Le souverain (1959-1970) (1986) – Une biographie détaillée du général qui aborde ses relations complexes avec les dirigeants du Maghreb.
  • Pierre Vermeren, Le Maroc en transition (2002) – Historien spécialiste du Maghreb, Vermeren analyse les stratégies diplomatiques du Maroc à cette époque.
  • Commentaires

    1. Des attaques aériennes ont eu lieu à partir de 57 contre des moudjahidins algériens dans le maquis et aussi contre des villages par des pilotes de chasses marocains à partir de la base militaire française basée à Marrakech ou des civils sont tués hommes femmes et enfants selon les aveux de l'ex: pilote de chasse marocain salah hachad dcd en septembre 2025 à passé presque 20 ans à la prison tazmamart pour avoir été impliqué dans le coup d'etat contre hacen 2

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    2. Aujourd'hui je soutien le mouvement national c'est mon école qui a mené l'Algérien a prendre place avec les grands de ce monde et surtout actuel

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    3. J’ajouterai que ce pseudo "soutien" est venu dans une logique de "dette-politique" monnayable après l’indépendance de l’Algérie, de la meme maniere que l’a fait l’entité qui montre une connivence des vision entre ces deux acolytes expansionnistes. Le deal semble être dictée par l’echec de la recomposition des frontière parnl France avant 1962 et l’issue toute indiquée de l’indépendance de l’Algérie par l’accompagnement de cette vague déferlante de la révolution algérienne dans le cancert mondial. اليد اللي ما تقدر تعضها، بوسها😅

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    4. Un saluto forte fratello belgacem viva Algeria 🇩🇿🇩🇿🇩🇿🇩🇿🇩🇿🇩🇿

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    5. Rappel:
      Le général Lyautey était en poste en Algérie avant de débarquer à Fès/Marrakech pour aider et soutenir le sultan. Le Maroc actuel n‘ existait pas. C‘est lui son architecte. Pour cela il a fait appel à beaucoup de coopérants algériens musulmans pour construire son administration. Ces algériens étaient fortement qualifiés et surtout bilingues. ils ont aidés à bâtir le Maroc. Les Marocains et même l‘ entourage du Sultan étaient très arriérés par rapport à cette élite algérienne. Les formateurs et éducateurs de la famille du Sultan étaient en majorité algériens. Par exemple le frère de Mouloud Mammeri était le Prof. de Hassan II pour en citer qu‘ un.
      Tous ces algériens ont formés une large diaspora au Maroc. Ces Algeriens avaient plus de droits que les locaux. C‘ est la raison centrale pourquoi les „Marroquis“ ont un complexe d‘ infériorité envers les algériens.
      La classe de cette élite edt incomparable avec ces „Marroquis“ illettrés et soumis.

      Cette diaspora a aidé massivement l‘ armée des frontières. Ce ne sont pas les Marocains. En plus la sympathie des populations locales frontalières pour la révolution algérienne est simple à expliquer: la région à l‘ est de la Moulouya est une terre algérienne.
      La diaspora algérienne au Maroc a été quasiment complètement détruite par Hassan II en 1973 en dépossédant leurs biens.
      A mon humble avis il y a des écarts immenses entre l‘ Algérie et le prétendu Maroc.
      L‘ Algérie est un pays noble.Faire une comparaison avec eux est une insulte pour nos martyrs. Oulblions et ignorons les.

      Tahia El Djazair

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    6. Rappel:
      Le général Lyautey était en poste en Algérie avant de débarquer à Fès/Marrakech pour aider et soutenir le sultan. Le Maroc actuel n‘ existait pas. C‘est lui son architecte. Pour cela il a fait appel à beaucoup de coopérants algériens musulmans pour construire son administration. Ces algériens étaient fortement qualifiés et surtout bilingues. ils ont aidés à bâtir le Maroc. Les Marocains et même l‘ entourage du Sultan étaient très arriérés par rapport à cette élite algérienne. Les formateurs et éducateurs de la famille du Sultan étaient en majorité algériens. Par exemple le frère de Mouloud Mammeri était le Prof. de Hassan II pour en citer qu‘ un.
      Tous ces algériens ont formés une large diaspora au Maroc. Ces Algeriens avaient plus de droits que les locaux. C‘ est la raison centrale pourquoi les „Marroquis“ ont un complexe d‘ infériorité envers les algériens.
      La classe de cette élite edt incomparable avec ces „Marroquis“ illettrés et soumis.

      Cette diaspora a aidé massivement l‘ armée des frontières. Ce ne sont pas les Marocains. En plus la sympathie des populations locales frontalières pour la révolution algérienne est simple à expliquer: la région à l‘ est de la Moulouya est une terre algérienne.
      La diaspora algérienne au Maroc a été quasiment complètement détruite par Hassan II en 1973 en dépossédant leurs biens.
      A mon humble avis il y a des écarts immenses entre l‘ Algérie et le prétendu Maroc.
      L‘ Algérie est un pays noble.Faire une comparaison avec eux est une insulte pour nos martyrs. Oulblions et ignorons les.

      Tahia El Djazair

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    7. Le Maroc est et restera, à mes yeux, un éternel traître. Il est donc essentiel d’éduquer nos enfants, à la maison comme à l’école, et de transmettre aux générations futures les leçons de notre histoire, afin qu’elles ne reproduisent pas les erreurs commises par les générations précédentes et qu’elles sachent tirer les enseignements du passé.

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