Il a 22 ans. Il n'a ni posé de bombe, ni volé, ni frappé personne. Il a dessiné.
Pour des dessins publiés sur Instagram, Yasser Mounbir, figure du graffiti marocain, vient d'être condamné à quatre ans de prison ferme et 40 000 dirhams d'amende par le tribunal de première instance d'Aïn Sebaâ, à Casablanca.
Quatre ans. Quatre années de vie volées à un jeune artiste parce que son trait a déplu au palais.
Le jugement est tombé le vendredi 30 octobre 2026. Le même jour, le Cabinet royal publiait un communiqué triomphal sur la MINURSO et célébrait ce qu'il présente comme une grande victoire diplomatique. D'un côté, les fanfares ; de l'autre, une cellule. Voilà le vrai visage d'un système qui soigne son image à l'étranger et bâillonne sa jeunesse chez lui.
Une peine qui dépasse la loi elle-même
Regardons les faits. Arrêté en juin, Yasser Mounbir a passé plus de cinq mois en détention préventive à la prison d'Oukacha. On l'a poursuivi pour « outrage à une institution constitutionnelle par voie électronique » et « outrage à des fonctionnaires ». Des formules juridiques pompeuses pour dire une chose simple : il a osé rire du pouvoir.
L'article 179 du Code pénal marocain prévoit, pour l'atteinte à la personne du roi, de six mois à deux ans de prison. Les juges sont allés jusqu'à quatre ans. Ce n'est plus de la justice, c'est un message adressé à toute une génération : dessinez, et vous pourrirez en prison.
- Arrêté en juin 2026, détenu à la prison d'Oukacha (Casablanca)
- Condamné le 30 octobre 2026 : 4 ans ferme et 40 000 dirhams d'amende
- Article 179 du Code pénal : de 6 mois à 2 ans de prison
- Ses avocats, Farouk Mahdaoui et Sara Soujar, ont fait appel
Une longue tradition de bâillon
Ce n'est pas la première fois. Khalid Gueddar a été condamné pour un dessin sur un cousin du roi. En 2012, un adolescent de 18 ans, Walid Bahomane, avait écopé d'un an de prison pour une caricature partagée sur Facebook. Le tabou royal reste intact, et chaque génération d'artistes paie le prix de l'avoir effleuré.
Ses avocats dénoncent une peine disproportionnée et une atteinte grave à la liberté de création. L'Association marocaine des droits humains réclame sa libération. Cet été, des centaines de journalistes, d'intellectuels et de citoyens marocains avaient déjà signé une pétition pour lui. Ils ont raison, et leur courage mérite d'être salué : c'est au Maroc même que se lève la voix la plus digne.
Un État sûr de lui supporte qu'on le dessine. Un État qui emprisonne un dessinateur avoue sa fragilité.
La caricature est aussi vieille que le pouvoir. Elle existe précisément pour le déranger, le piquer, le ramener à sa dimension humaine.
La liberté d'expression n'est pas un privilège octroyé par le prince à ses sujets. C'est un droit. Et aucun trône, aucune sacralité, aucun code pénal ne peut justifier qu'un jeune homme passe quatre ans derrière les barreaux pour quelques traits de crayon.
Soutien total à Yasser Mounbir. Solidarité avec le peuple marocain qui réclame sa liberté.
Belgacem Merbah
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