Analyse · Sahara occidental
Après l'échec du renouvellement de la MINURSO, la diplomatie marocaine cherche à sortir le dossier du cadre onusien et regarde vers le « Conseil de la paix » de Donald Trump. Un choix de forum qui en dit long.
Par Belgacem Merbah · 1er novembre 2026
Le 30 octobre 2026, le Conseil de sécurité n'a pas réussi à prolonger le mandat de la MINURSO. Rabat a aussitôt tranché : puisque la mission n'est plus renouvelée, le dossier du Sahara occidental devrait selon lui disparaître de l'agenda du Conseil. Plus de réunions périodiques, plus de rapports du Secrétaire général, plus de briefings de l'envoyé personnel. Le Cabinet royal annonce même des démarches comparables dans d'autres instances onusiennes.
Le lendemain, sur 2M, Nasser Bourita a précisé la stratégie : sortir la question de l'« exclusivité » onusienne et la confier à d'autres parrains, États ou organisations. Derrière cette formule se dessine une piste précise : le « Conseil de la paix », lancé à l'initiative de Donald Trump, dont le Maroc est membre fondateur depuis janvier.
Un argument statistique pour délégitimer l'ONU
Pour justifier ce virage, le ministre marocain avance un chiffre : sur quelque 260 conflits dans le monde, l'ONU n'en gérerait que 23 %. L'argument est habile, mais il ne dit rien du cas sahraoui. Le Sahara occidental n'est pas un conflit parmi d'autres que l'ONU aurait choisi de suivre. Depuis 1963, il figure sur la liste onusienne des territoires non autonomes, c'est-à-dire des questions de décolonisation inachevées. En 1975, la Cour internationale de justice a estimé que les liens historiques invoqués ne remettaient pas en cause le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination. Le cadre onusien n'est donc pas un choix de procédure : c'est le fondement juridique du dossier.
Bourita prend soin de dire que le Maroc n'est pas un « adversaire » de l'ONU, qui resterait un cadre adapté « sous conditions ». Ces conditions sont connues : que tout processus politique s'arrête à l'autonomie sous souveraineté marocaine. Autrement dit, l'ONU est acceptable tant qu'elle valide la conclusion fixée d'avance.
La contradiction du « Conseil de la paix »
Le choix de ce forum révèle surtout une contradiction. Depuis des années, la diplomatie marocaine présente l'Algérie comme la « véritable partie » au conflit. Or le Conseil de la paix compte 27 membres et 21 observateurs, et l'Algérie n'en fait pas partie. Le Front Polisario non plus.
Un résultat obtenu sans l'une des parties n'est pas un règlement : c'est un fait accompli avec un habillage diplomatique.
On voit mal comment une instance pourrait régler un différend en excluant ceux que Rabat désigne lui-même comme ses interlocuteurs. Un règlement négocié entre amis, dans un cercle créé par Washington et où le Maroc siège comme fondateur, ressemblerait moins à une médiation qu'à une validation.
Les textes marocains insistent sur la promesse de « résultats concrets ». Mais un résultat obtenu sans l'une des parties n'est pas un règlement : c'est un fait accompli avec un habillage diplomatique.
Washington, parrain et partie prenante
L'autre option évoquée est la médiation directe des États-Unis. Washington est porte-plume au Conseil de sécurité et a supervisé les pourparlers de Madrid et Washington issus de la résolution 2797. Mais les États-Unis soutiennent officiellement le plan d'autonomie marocain depuis 2020. Un médiateur qui a déjà choisi la solution n'est plus un médiateur.
Le blocage du 30 octobre en témoigne : selon la presse marocaine, la Russie a utilisé son veto, et Moscou a ensuite regretté la « liquidation » de la MINURSO en en imputant la responsabilité à Washington. Le texte américain n'a pas réuni le consensus nécessaire. Rabat y voit l'obstruction de « l'autre camp ». On peut y voir aussi le signe qu'une partie de la communauté internationale refuse de transformer le Conseil de sécurité en chambre d'enregistrement.
Ce que révèle ce virage
En voulant clore le dossier à New York, Rabat reconnaît implicitement que le droit international ne lui donne pas la victoire qu'il recherche. Quand un cadre juridique résiste, on cherche un autre cadre, plus politique, plus restreint et plus favorable.
Pour l'Algérie, la position reste constante : la question du Sahara occidental relève de la décolonisation, et son règlement passe par l'expression libre du peuple sahraoui, sous l'égide des Nations unies. Changer de forum ne change pas la nature d'un conflit. Cela change seulement le nombre de personnes autorisées à le regarder.
— Belgacem Merbah
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