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Réponse à Hespress : on ne referme pas un dossier de décolonisation par communiqué

Droit de réponse · Sahara occidental

1er novembre 2026

Le même jour, le même journal publie deux articles qui se contredisent. Le premier affirme que le Maroc n'a plus besoin du Conseil de sécurité. Le second explique comment convaincre Moscou de ne plus y opposer son veto.

Ce dimanche 1er novembre, Hespress a consacré deux analyses à l'échec du Conseil de sécurité sur le Sahara occidental. Dans la première, Mohamed Hamidi donne la parole aux professeurs Idriss Lakrini et Abdelfattah Belmechli, selon qui le Maroc « rompt avec l'attente » des décisions du Conseil. Dans la seconde, Abdellah Tajani interroge les professeurs Abdellah Abou Awad et Khalid Ech-Chiat sur la manière de gérer la relation avec la Russie.

Les deux textes partagent un trait : quatre universitaires marocains, aucune voix sahraouie, algérienne, russe ou onusienne. Ils partagent aussi un angle mort : ce qui s'est réellement passé vendredi à New York.

1. Le fait que Hespress mentionne sans le commenter

Le 30 octobre, deux projets se sont affrontés. La Russie a bloqué le projet américain, qui voulait faire de l'autonomie marocaine la seule base de négociation. Mais les États-Unis ont, eux, bloqué le projet russe, qui prorogeait simplement la MINURSO d'un an, jusqu'au 31 octobre 2027, avec son nom et ses tâches inchangés.

Hespress le rapporte lui-même. C'est donc un veto américain, et non une décision marocaine, qui a mis fin à la mission. Washington a préféré la disparition de la MINURSO à son maintien dans les termes existants.

On ne peut pas présenter comme un acte de souveraineté ce qui résulte d'un blocage entre deux membres permanents. Le Maroc n'a pas « mis fin » à la MINURSO. Le Conseil n'a simplement pas réussi à s'accorder.

2. « La résolution 2797 reste la référence » : oui, mais toute la résolution

Les professeurs Lakrini et Belmechli insistent : le veto n'annule pas la résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025. C'est exact. Mais on ne peut pas retenir d'une résolution le paragraphe qui plaît et oublier les autres.

Cette même résolution prorogeait la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental. Son paragraphe 6, rappelé par l'ancien ambassadeur Amar Belani, maintient la question à l'ordre du jour du Conseil. Invoquer 2797 pour affirmer que le dossier est clos revient à citer un texte contre lui-même.

3. Retirer le dossier de l'agenda : une décision qui n'appartient pas à Rabat

Selon le premier article, le Cabinet royal estime que le dossier ne doit plus être renvoyé au Conseil ni rester à son ordre du jour. Le professeur Belmechli va plus loin : le Royaume y aurait « définitivement mis fin ».

Un État partie à un différend ne fixe pas l'ordre du jour du Conseil de sécurité. C'est le Conseil qui le gère. Surtout, la question sahraouie ne relève pas que du Conseil. Le Sahara occidental est inscrit depuis 1963 sur la liste des territoires non autonomes de l'Assemblée générale. Ce statut ne dépend ni d'un mandat de mission, ni d'un communiqué national.

Le professeur Belmechli concède d'ailleurs lui-même que « les réactions de l'ONU et des autres parties ne peuvent être prévues ». C'est reconnaître que l'affaire n'est pas close.

4. « La pleine souveraineté » : un vocabulaire sans base juridique

Le professeur Lakrini estime que, sans résolution, le Maroc peut « exercer sa pleine souveraineté » sur le territoire. Or aucune résolution des Nations unies ne reconnaît cette souveraineté. Le départ d'une mission d'observation ne crée pas un titre juridique qui n'existait pas la veille.

Le premier article présente aussi la MINURSO comme une cause de « l'internationalisation » du dossier. C'est inverser les choses. Le dossier est international parce qu'il s'agit d'une décolonisation inachevée. La MINURSO en était la conséquence, pas l'origine.

5. Le veto russe, une « manœuvre algérienne » ?

Le second article attribue le veto à une pression d'Alger. Pour le professeur Ech-Chiat, l'Algérie aurait « jeté tout son poids » derrière Moscou, peut-être au prix de « concessions majeures ». Aucune source, aucun fait, aucun document n'étaye cette affirmation.

Elle se heurte surtout à l'histoire des votes. La Russie s'abstient sur les résolutions de la MINURSO depuis 2018. Elle reproche depuis des années aux porte-plumes américains leur « partialité » et réclame que le référendum figure dans les textes du Conseil. Son veto de 2026 prolonge cette ligne, il ne la contredit pas.

Réduire une puissance membre permanente à l'exécutant d'un pays tiers, c'est surtout éviter de reconnaître que le projet américain était, aux yeux de plusieurs membres du Conseil, déséquilibré. La Chine, qui s'est abstenue, l'a dit en ces termes.

6. La contradiction qui résume tout

Hespress, 12 h 00

Le Maroc « n'attend plus aucune décision du Conseil de sécurité ». Le dossier est « définitivement » sorti de son agenda.

Hespress, 14 h 00

Rabat doit « contenir le désaccord » avec Moscou, « éviter un nouveau veto » et l'amener à accepter « un texte de compromis ».

Si le Conseil n'avait plus d'importance, pourquoi faudrait-il ménager la Russie pour éviter un second veto ? Deux heures séparent ces articles, et ils ne racontent pas la même histoire.

Le professeur Abou Awad est le plus lucide des quatre. Il admet que Moscou ne renoncera pas « de sitôt » au principe d'autodétermination, et qu'elle ne votera pas un texte présentant la souveraineté marocaine comme acquise. Il suggère même que Rabat accepte une formulation qui préserve l'autodétermination. Autrement dit : le cadre onusien demeure, et le Maroc devra y revenir.

7. Qui est isolé ?

Le premier article affirme que la paralysie du Conseil isole l'Algérie et le Polisario. Les faits disent autre chose. Le projet qui voulait consacrer l'autonomie comme seule voie a échoué. Un membre permanent s'y est opposé, un autre s'est abstenu en le jugeant déséquilibré. Et le secrétaire général a rappelé, dès dimanche, que le départ de la MINURSO n'annule pas le droit des Sahraouis à l'autodétermination.

Un communiqué peut annoncer la fin d'une mission. Il ne peut pas abolir un droit inscrit au registre des Nations unies depuis plus de soixante ans.

Articles cités et sources

Mohamed Hamidi, « Le Sahara marocain rompt avec l'attente des décisions du Conseil de sécurité » : Hespress, 1er novembre 2026

Abdellah Tajani, « Le Maroc entre acquis de l'intégrité territoriale et accords avec la Russie » : Hespress, 1er novembre 2026

Déclarations d'Amar Belani : Echorouk Online, 31 octobre 2026

Critiques russes de la « partialité » du porte-plume et abstentions depuis 2018 : Le Desk, Hespress FR

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