Au lendemain de l'arrêt des opérations onusiennes au Sahara occidental, le Front Polisario rappelle pourquoi la MINURSO avait été créée. Et le Secrétaire général de l'ONU lui donne raison sur l'essentiel : le départ des Casques bleus n'efface pas le droit à l'autodétermination.
Par Belgacem Merbah · 1er novembre 2026
Trente-cinq ans après sa création en avril 1991, la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental n'a plus de mandat. Le Conseil de sécurité s'est séparé le 30 octobre sans parvenir à adopter de texte : les projets concurrents, américain et russe, ont tous deux échoué. Le 1er novembre, par la voix de son porte-parole Stéphane Dujarric, António Guterres a pris acte de la cessation des opérations et ouvert la période de liquidation.
Le même jour, depuis New York, le Front Polisario a publié un communiqué signé de son représentant auprès de l'ONU, le Dr Sidi Mohamed Omar. Le ton est grave, le propos précis. Il tient en une idée : on peut démanteler une mission, on ne démantèle pas un droit.
Une mission née pour un référendum
Le communiqué commence par un rappel que beaucoup voudraient voir oublié. La MINURSO n'a pas été conçue comme une simple force d'observation d'un cessez-le-feu. Elle devait mettre en œuvre le plan de règlement adopté conjointement par les Nations unies et l'Organisation de l'unité africaine, et réunir les conditions d'un référendum libre et régulier permettant au peuple sahraoui d'exercer son droit à l'autodétermination et à l'indépendance. Son nom même le dit.
C'est précisément ce cœur de mandat qui n'a jamais été honoré. Le référendum promis n'a jamais eu lieu, et la mission chargée de l'organiser s'éteint sans l'avoir organisé.
2016, le tournant
Pour le Polisario, cette fin n'est pas un accident de procédure. Le communiqué accuse le Maroc, qu'il désigne comme puissance occupante, d'avoir œuvré dès l'origine, avec l'appui de certains membres du Conseil de sécurité, à entraver et vider de sa substance le mandat de la mission.
Le texte situe le point culminant de cette érosion en 2016, lorsque Rabat a expulsé la composante civile de la MINURSO, qui comprenait notamment des observateurs de l'Union africaine. Une mission privée de sa dimension politique et civile pouvait-elle encore accomplir sa tâche ? La question se posait déjà. Elle trouve aujourd'hui sa réponse.
Le Front en tire une conclusion sans ambiguïté : le Maroc et ses alliés portent, selon lui, l'entière responsabilité de cette mise à mort et de ses conséquences sur le terrain.
Ce que dit le Secrétaire général
Le passage le plus important du communiqué sahraoui ne vient pas du Polisario lui-même, mais de l'ONU. Dans sa déclaration, António Guterres rappelle que la MINURSO a été créée pour servir le peuple du Sahara occidental, notamment en lui permettant d'exercer son droit inaliénable à l'autodétermination.
« Le départ de la MINURSO n'éteint pas ces droits inaliénables. »
— António Guterres, Secrétaire général de l'ONU
Le Secrétaire général appelle en outre toutes les parties à respecter et défendre les droits du peuple du Sahara occidental. Il précise que les Nations unies restent disposées à accompagner la recherche d'un règlement par l'intermédiaire de son Envoyé personnel, Staffan de Mistura, et se dit préoccupé par le risque d'escalade des hostilités.
Ces mots pèsent. Depuis deux jours, une lecture s'impose dans certaines capitales : sans MINURSO, plus de dossier à l'ONU. La plus haute autorité de l'Organisation affirme exactement l'inverse. La fin d'une opération de maintien de la paix ne modifie ni le statut juridique du territoire, toujours inscrit sur la liste des territoires non autonomes, ni les droits de son peuple.
Rester dans le cadre onusien
Le communiqué se conclut sur deux engagements. D'abord, le peuple sahraoui reste attaché à son droit inaliénable, non négociable et imprescriptible à l'autodétermination et à l'indépendance, ainsi qu'à son droit de le défendre par tous les moyens légitimes consacrés par les résolutions des Nations unies.
Ensuite, et c'est sans doute le point le plus significatif, le Polisario renouvelle son engagement à coopérer avec le Secrétaire général et le Conseil de sécurité pour parvenir à une solution juste, durable et définitive. Il rappelle que le Sahara occidental reste la dernière colonie d'Afrique.
Le contraste est saisissant. D'un côté, une partie qui cherche à sortir le dossier du cadre multilatéral et à le confier à des forums choisis. De l'autre, une partie qui revendique ce cadre, s'appuie sur les mots du Secrétaire général et demande que le droit international continue de s'appliquer.
Une page se tourne, pas la question
La MINURSO laisse derrière elle trente-cinq ans de présence, vingt membres de son personnel morts en service et un référendum jamais tenu. Sa liquidation ferme un chapitre opérationnel. Elle ne ferme pas la question de décolonisation qui l'avait fait naître.
L'Algérie l'a toujours soutenu : un conflit de décolonisation ne se règle ni par l'usure, ni par le retrait des observateurs, ni par le changement d'arène diplomatique. Il se règle par la consultation libre du peuple concerné. Le Secrétaire général vient de le rappeler, et ce rappel s'adresse à tous.
— Belgacem Merbah
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