Le regret de l'Algérie n'est pas une défaite : c'est un avertissement
À ceux qui, à Rabat, raillent le communiqué d'Alger sur la fin de la MINURSO : vous n'avez rien compris, ou vous feignez de ne pas comprendre.
Ils ont sabré le champagne. Le 30 octobre au soir, à peine le mandat de la MINURSO arrivé à son terme, le Cabinet royal marocain saluait l'événement et sommait la mission de plier bagage. Dans la foulée, une presse docile s'est mise à commenter, ligne par ligne, le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères. Le « profond regret » exprimé par Alger y est devenu un aveu de défaite, une capitulation, la preuve d'un isolement. On a ri, beaucoup ri, dans les rédactions de Rabat et de Casablanca.
Qu'ils rient. L'histoire de ce dossier enseigne que ceux qui rient les premiers ne sont pas toujours ceux qui rient les derniers.
La MINURSO n'a jamais été l'outil de l'Algérie
Il faut une singulière mauvaise foi pour présenter la MINURSO comme un instrument au service d'Alger. Créée en 1991 pour organiser un référendum d'autodétermination, elle ne l'a jamais organisé. Trente-cinq ans durant, elle a surveillé un cessez-le-feu qui figeait les lignes au profit exclusif de l'occupant. Trente-cinq ans durant, elle a regardé le Maroc installer des colons, exploiter les phosphates et les eaux poissonneuses d'un territoire que l'ONU elle-même range parmi les territoires non autonomes.
Et lorsque cette mission a eu le malheur de vouloir exister, c'est Rabat qui l'a mutilée : en 2016, le Maroc a expulsé sa composante civile, sans que personne ne lui en demande sérieusement compte. Voilà donc l'« alliée » de l'Algérie : une mission empêchée de remplir son mandat par ceux-là mêmes qui célèbrent aujourd'hui sa disparition.
Si l'Algérie avait voulu défendre un outil à son avantage, elle n'aurait certainement pas choisi celui-là.
Voilà l'« alliée » de l'Algérie : une mission empêchée de remplir son mandat par ceux-là mêmes qui célèbrent sa disparition.
Ce que l'Algérie regrette, c'est la paix
Ce que regrette l'Algérie, ce n'est pas un instrument : c'est un rempart. Aussi imparfaite fût-elle, la MINURSO était la dernière présence internationale entre deux armées qui se font face le long d'un mur de 2 700 kilomètres. Ses observateurs patrouillaient, ses rapports documentaient, son drapeau bleu rappelait à chacun que le monde regardait.
Ce regard s'est éteint. Désormais, plus aucun témoin ne se tient entre les drones marocains et les combattants sahraouis. Le terrain est livré à la seule loi des armes. Et l'Algérie, qui sait mieux que quiconque ce que coûte une guerre, ne s'en réjouit pas. Elle a payé de plus d'un million et demi de martyrs le droit de vivre libre ; elle n'a de leçon de gravité à recevoir de personne.
Une guerre ouverte au Sahara occidental n'aidera personne. Ni les Sahraouis, dont les familles vivent depuis un demi-siècle dans l'exil. Ni les Marocains, dont les fils seront envoyés mourir dans le désert pour l'ambition territoriale de leurs dirigeants. Ni une région déjà meurtrie par l'effondrement du Sahel, où chaque foyer de tension supplémentaire profite aux trafiquants et aux groupes armés. Voilà ce que dit le communiqué d'Alger, pour qui veut bien le lire.
Ceux qui ont voulu tout, et ont tout perdu
Il faut rappeler qui a conduit à cette impasse. Une prorogation simple, d'un an, était sur la table du Conseil de sécurité. Elle aurait maintenu la mission et la paix précaire qu'elle garantissait. Mais Rabat et ses parrains n'en voulaient pas : ils exigeaient tout, tout de suite. Rebaptiser la mission, effacer le « R » de « référendum », graver dans le marbre un plan d'autonomie que le peuple sahraoui n'a jamais accepté. L'Algérie a eu raison de dénoncer la partialité excessive d'un tel texte et de voir dans la suppression du mot référendum un signal politique profondément préoccupant.
À force de vouloir arracher une victoire totale, la diplomatie marocaine a obtenu un vide. Et ce vide, ce n'est pas à New York qu'il se remplira, mais dans le sable.
Il est d'ailleurs piquant de voir cette même presse, si prompte à moquer Alger, accuser aujourd'hui Moscou d'avoir « liquidé » la MINURSO. On ne peut à la fois célébrer la fin d'une mission et chercher un coupable à sa disparition. Le désarroi transparaît derrière l'euphorie.
À force de vouloir arracher une victoire totale, la diplomatie marocaine a obtenu un vide. Et ce vide ne se remplira pas à New York, mais dans le sable.
Ne pas vouloir la guerre, ne pas la craindre
Que l'on ne s'y trompe pas : regretter la guerre n'est pas la redouter. L'Algérie ne souhaite pas l'embrasement du Sahara occidental. Mais si le départ de la MINURSO le rend inévitable, elle ne laissera pas le Maroc en dicter seul l'issue. Elle n'abandonnera ni le peuple sahraoui, ni le principe d'autodétermination pour lequel elle se bat depuis 1975, ni sa propre sécurité, que l'expansionnisme marocain menace depuis la guerre des Sables de 1963.
Le gouvernement algérien en place l'a rappelé avec constance : seule une solution politique juste, durable, fondée sur le droit international et sur la volonté librement exprimée du peuple sahraoui mettra fin à ce conflit. Cette porte reste ouverte. Mais elle ne le restera pas indéfiniment pour ceux qui confondent la patience de l'Algérie avec de la faiblesse.
Ceux qui se réjouissent aujourd'hui de la fin de la MINURSO devront répondre d'une question simple : qui gagne à un Sahara sans observateurs ? Pas les peuples. Pas la région. Pas la paix.
L'Algérie a regretté le départ des casques bleus. Elle ne regrettera jamais d'avoir défendu le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
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