L'Algérie a ouvert ses bras à un peuple chassé de sa terre. Aujourd'hui, la propagande du Makhzen voudrait faire de cette hospitalité un crime. Remettons le droit, l'histoire et la vérité à leur place.
La même rengaine revient à chaque approche d'une échéance onusienne. Washington exigerait la fermeture des camps de Tindouf. Madrid se rangerait derrière Washington. Et l'Algérie, coupable d'avoir accueilli des réfugiés, serait « partie au conflit ». Ce récit n'est pas une analyse. C'est une opération de communication, fabriquée à Rabat et recyclée de site en site, dont l'objectif est simple : effacer la question sahraouie en désignant un coupable commode. Cette manœuvre ne résiste ni au droit, ni à l'histoire, ni aux faits.
I. Tindouf, fille d'un exode et non d'un calcul
Les camps sahraouis ne sont pas sortis de l'imagination d'Alger. Ils sont nés de la fuite. Fin 1975 et en 1976, après le départ de l'Espagne et les accords de Madrid conclus dans le dos du peuple sahraoui, des dizaines de milliers de femmes, d'enfants et de vieillards ont fui l'avancée des forces marocaines. Ils ont traversé le désert pour trouver refuge sur la terre algérienne. L'Algérie ne les a pas appelés. Elle ne les a pas repoussés.
Le droit était déjà clair à ce moment-là. En octobre 1975, la Cour internationale de justice avait tranché : les liens historiques invoqués par le Maroc ne constituaient pas des liens de souveraineté territoriale, et le peuple du Sahara occidental avait droit à l'autodétermination. Depuis 1963, le Sahara occidental est inscrit sur la liste des territoires non autonomes de l'ONU. Il y est toujours. Ce n'est pas l'Algérie qui le dit : ce sont les Nations unies.
Si ces camps existent encore près d'un demi-siècle plus tard, la responsabilité n'en incombe pas à celui qui a ouvert ses portes. Elle incombe à celui qui a fermé toutes les voies d'un règlement juste, à commencer par le référendum promis en 1991 et jamais organisé.
II. Le droit humanitaire : l'Algérie a fait son devoir
En accueillant les Sahraouis, l'Algérie n'a pas déclaré la guerre. Elle a honoré ses engagements internationaux, avec une constance que peu d'États peuvent revendiquer.
La Convention de Genève de 1951. L'Algérie y a adhéré dès 1963, au lendemain de sa propre indépendance. Ce texte impose le principe de non-refoulement : nul ne peut renvoyer un réfugié vers un territoire où sa vie ou sa liberté seraient menacées. Ce principe est aujourd'hui une règle du droit international coutumier.
La Convention de l'OUA de 1969. Ratifiée par l'Algérie, elle protège ceux qui fuient l'agression extérieure et l'occupation. Elle proclame surtout que l'octroi de l'asile est un acte pacifique et humanitaire, qui ne peut être considéré comme un acte inamical par aucun État. La propagande marocaine prétend exactement le contraire. Elle se place ainsi en contradiction ouverte avec le droit africain que le Maroc lui-même a réintégré en rejoignant l'Union africaine en 2017.
Le retour ne peut être que volontaire. Le droit des réfugiés est sans ambiguïté : le rapatriement doit être librement consenti. « Démanteler » des camps par la pression, pour pousser des réfugiés vers un territoire dont le statut n'est pas réglé, ce serait organiser un refoulement déguisé. L'Algérie ne s'y prêtera pas. Ce n'est pas de l'obstination, c'est du respect du droit.
Un accueil à visage découvert. Depuis cinquante ans, le HCR, le Programme alimentaire mondial, l'UNICEF et l'Union européenne travaillent dans les camps. Un pays qui aurait quelque chose à cacher n'ouvrirait pas son territoire aux agences des Nations unies pendant un demi-siècle.
III. « Partie au conflit » : un mensonge que les textes de l'ONU démentent
Le cœur de la manœuvre marocaine consiste à transformer le pays d'accueil en belligérant. Les textes onusiens l'interdisent.
Le plan de règlement de 1988 et la résolution 690 de 1991, qui crée la MINURSO, désignent deux parties et deux seulement : le Royaume du Maroc et le Front Polisario. Le cessez-le-feu de 1991 a été signé entre ces deux parties. À Houston en 1997, puis à Manhasset en 2007 et 2008, l'Algérie et la Mauritanie siégeaient en qualité de pays voisins. Pas de parties. Pas de belligérants.
Que l'ONU invite l'Algérie aux discussions en tant qu'État voisin ne change rien. La Mauritanie y est invitée de la même manière, et personne n'oserait prétendre qu'elle est partie au conflit. Le deux poids, deux mesures est flagrant.
Le monde entier connaît des pays d'accueil. Le Pakistan pour les Afghans, la Jordanie et le Liban pour les Palestiniens et les Syriens, le Tchad pour les Soudanais. Aucun de ces États n'a jamais été accusé d'être partie aux guerres qu'il n'a pas déclenchées. Seule l'Algérie se voit reprocher sa générosité. La raison est évidente : il est plus facile d'accuser un voisin que de répondre de cinquante ans de blocage.
Les camps, enfin, sont administrés par les réfugiés eux-mêmes, avec un degré d'auto-organisation rarement atteint ailleurs. La gestion interne relève de cette administration sahraouie, et non de l'État hôte.
IV. Un soutien politique assumé, fidèle à Novembre
L'Algérie n'a jamais caché sa position, et elle n'a aucune raison de le faire. Elle soutient le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination, comme elle soutient le peuple palestinien. Ce soutien n'est pas une posture. Il est l'héritage direct de Novembre 1954, d'un peuple qui a payé son indépendance au prix fort et qui ne peut refuser aux autres ce qu'il a arraché pour lui-même. Il s'appuie aussi sur un principe africain fondateur, adopté par l'OUA dès 1964 : le respect des frontières héritées de la colonisation.
Ce soutien s'exerce là où il doit s'exercer : à l'ONU, à l'Union africaine, dans les enceintes diplomatiques. Lorsque la résolution 2797 a été adoptée en octobre 2025, l'Algérie n'a pas participé au vote, en dénonçant un texte qui s'écartait de la doctrine onusienne de décolonisation. C'est un acte politique transparent, exercé à visage découvert.
Durant la guerre de 1975 à 1991, l'Algérie s'est tenue aux côtés d'un mouvement de libération, comme elle l'a fait pour tant de peuples africains en lutte contre la domination coloniale. Mais depuis l'affrontement d'Amgala en 1976, l'Armée nationale populaire n'a jamais été engagée dans les hostilités. L'Algérie n'a signé aucun cessez-le-feu, parce qu'elle n'a jamais été belligérante. Et depuis la reprise des combats en novembre 2020, aucun soldat algérien n'y a pris part. Défendre une cause juste à la tribune des Nations unies n'est pas faire la guerre. C'est faire de la diplomatie.
V. Trois intox démontées
« Washington exige le démantèlement des camps. » D'où vient cette « information » ? D'une prétendue exclusivité publiée en avril 2026 par un site marocain, sur la foi d'une source marocaine anonyme, puis recopiée au conditionnel par d'autres. Aucun communiqué du Département d'État ne la confirme. En revanche, qui a réclamé publiquement la fermeture des camps devant le HCR à Genève en octobre 2026 ? Le Maroc lui-même. Rabat prête à Washington ses propres exigences pour leur donner un poids qu'elles n'ont pas.
« L'Espagne s'aligne sur l'Amérique en naturalisant les Sahraouis. » La proposition de loi votée par le Congrès espagnol le 10 septembre 2026 est une initiative du groupe Sumar, déposée bien avant. Elle visait à réparer une dette coloniale envers les Sahraouis nés sous administration espagnole, privés en 1976 de la possibilité réelle de choisir. Elle ne dit pas un mot des États-Unis ni des camps. Mieux encore : la dissolution des Cortes l'a rendue caduque avant son passage au Sénat. La propagande marocaine invente donc une stratégie concertée autour d'un texte qui n'existe même plus.
« L'Algérie est responsable des camps. » Le responsable d'un exode, c'est celui qui en provoque la cause, pas celui qui ouvre ses frontières. Accuser l'Algérie, c'est punir l'hospitalité et récompenser l'occupation. C'est retourner le droit contre ceux qui le respectent.
Conclusion : l'Algérie ne pliera pas
Depuis près d'un demi-siècle, l'Algérie accueille les réfugiés sahraouis comme le droit international le commande, sous le regard des agences des Nations unies. Son soutien à l'autodétermination est politique, assumé, fidèle à son histoire et à ses principes. Ni les campagnes médiatiques, ni les fausses exclusivités, ni les pressions supposées ne feront de la terre d'asile un champ de bataille. À la veille du renouvellement du mandat de la MINURSO, le 31 octobre, la question reste celle de 1975 : un peuple a le droit de décider de son avenir. Tant que ce droit ne sera pas respecté, l'Algérie restera fidèle à sa parole. C'est cela, la constance algérienne.
Belgacem Merbah
Sources et références : Cour internationale de justice, avis consultatif sur le Sahara occidental (16 octobre 1975) ; Convention relative au statut des réfugiés (1951) et Protocole de 1967 ; Convention de l'OUA régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique (1969) ; résolutions 690 (1991) et 2797 (2025) du Conseil de sécurité ; ASIL, « Security Council Renews MINURSO Mandate » ; Yabiladi (avril 2026) ; Hespress (octobre 2026) ; Afrik.com (octobre 2026).

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