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Tindouf : derrière l'écran de fumée des réfugiés, la vraie hantise de Rabat

Sahara occidental · Analyse


En prétendant que les camps sahraouis seraient peuplés d'Algériens, de Mauritaniens et de Subsahariens, la propagande marocaine détourne l'attention d'une question bien plus embarrassante pour le royaume : le sort de ses propres colons au Sahara occidental.

Par Belgacem Merbah

Camp de réfugiés sahraouis dans la région de Tindouf

Un camp de réfugiés sahraouis près de Tindouf, dans le sud-ouest algérien. Crédit photo : Le Monde

Depuis quelques semaines, les plateaux marocains et leurs analystes attitrés, Manar Slimi en tête, ont trouvé un nouveau refrain. Les camps de réfugiés sahraouis de la wilaya de Tindouf ne seraient pas peuplés de Sahraouis, mais d'un mélange d'Algériens, de Mauritaniens et de ressortissants subsahariens. La conclusion suit naturellement : la communauté internationale finirait par contraindre l'Algérie à naturaliser ces populations, puisque le Maroc n'acceptera jamais leur retour au Sahara occidental.

Le calendrier n'a rien d'un hasard. Le dossier revient au premier plan du Conseil de sécurité en octobre, à quelques semaines de l'échéance du mandat de la MINURSO, fixée au 31 octobre 2026 par la résolution 2797. Chaque automne, la même machine médiatique se remet en marche. Cette année, elle a choisi pour cible ceux qui vivent dans les camps depuis un demi-siècle.

Une thèse recyclée

L'argument n'est pas nouveau. À Genève, la diplomatie marocaine répète depuis des années que l'Algérie refuse de recenser les camps. Elle prétend que leur population réelle ne dépasserait guère 20 000 à 25 000 personnes et que des Algériens y vivraient en permanence. Les relais médiatiques du royaume reprennent cette thèse avec régularité. Ils parlent de « populations séquestrées » et affirment que ces Sahraouis seraient des Marocains, rejoints par d'autres venus du Sahel.

Le récit se contredit pourtant lui-même. Si les habitants des camps étaient des Marocains retenus contre leur gré, Rabat devrait réclamer leur retour à cor et à cri. Or ses analystes expliquent aujourd'hui que le Maroc ne les accueillera jamais et qu'il revient à l'Algérie de les naturaliser.

On ne peut pas, en même temps, revendiquer un peuple et refuser son retour.

Un drame humain bien réel

Pendant ce temps, la réalité des camps est connue et documentée. Ancien responsable du HCR, Werner Blatter rappelait au printemps que plus de 100 000 Sahraouis ont quitté le Sahara occidental il y a cinquante ans pour trouver refuge en Algérie, et que la plupart des réfugiés sont nés dans les camps. Ils subissent en outre l'effondrement de l'aide internationale : pour la seule année 2025, le HCR a dû réduire de 40 % son budget consacré aux réfugiés sahraouis.

Les camps abritent donc des familles exilées depuis trois générations. Les réduire à un « mélange » de nationalités sert un seul objectif : effacer le peuple sahraoui pour effacer la question de son autodétermination.

Une autodétermination que l'ONU n'a pas enterrée

La propagande marocaine présente la résolution d'octobre 2025 comme une victoire définitive. Le texte appelle certes à négocier sur la base du plan d'autonomie marocain. Mais il vise expressément une solution politique définitive et mutuellement acceptable qui assure l'autodétermination du peuple du Sahara occidental. Le principe reste inscrit noir sur blanc. Aucune résolution ne reconnaît au Maroc la souveraineté sur ce territoire, toujours inscrit par l'ONU sur la liste des territoires non autonomes.

Le jour où le peuple sahraoui exercera pleinement ce droit, les réfugiés rentreront chez eux. C'est précisément ce scénario que Rabat redoute.

La vraie question : le sort des colons

Car le véritable problème démographique ne se trouve pas à Tindouf. Il se trouve à Laâyoune, à Dakhla et à Smara. Depuis 1975, le Maroc a installé au Sahara occidental des dizaines de milliers de ses ressortissants venus du nord du royaume, attirés par des primes, des emplois publics, des exonérations fiscales et des produits subventionnés. Cette politique de peuplement visait à modifier la composition du territoire et à peser sur tout futur référendum.

Le jour où le Sahara occidental accédera à l'indépendance, la question se posera sans détour : que deviendront ces colons et les fonctionnaires qui y ont été affectés ? Leur retour massif dans un royaume déjà fragilisé serait un choc considérable. À l'automne 2025, une jeunesse marocaine en colère est descendue dans la rue pour réclamer des hôpitaux et des écoles dignes de ce nom. Le chômage des jeunes reste massif et les écarts entre régions continuent de se creuser. Réintégrer des dizaines de milliers de personnes privées de leurs avantages et de leurs emplois aggraverait une crise sociale et économique déjà profonde.

L'essentiel

La campagne sur la « nationalité » des réfugiés de Tindouf procède par projection : Rabat prête à l'Algérie un problème de population qui est en réalité le sien. Naturaliser les réfugiés en Algérie reviendrait à vider de sa substance le droit au retour, puis le droit à l'autodétermination, en laissant le territoire aux colons.

Conclusion

Le peuple sahraoui n'est pas un « mélange » de nationalités, et l'Algérie ne s'est jamais substituée à lui pour décider de son avenir. Elle accueille des réfugiés depuis cinquante ans, dans l'attente d'une solution conforme au droit international. Les analystes du royaume peuvent multiplier les plateaux, la question centrale demeure : à qui appartient le Sahara occidental ? Tant que la réponse viendra du peuple sahraoui lui-même, Rabat devra affronter la seule question qu'il préfère taire, celle de ses propres colons.

Sources

Conseil de sécurité de l'ONU, résolution 2797 (31 octobre 2025).

Werner Blatter, Le Temps, 2026

Hespress, calendrier du Conseil de sécurité, octobre 2026

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