Accéder au contenu principal

Sahara occidental : la liberté ne viendra pas de New York

Géopolitique · Maghreb

Par Belgacem Merbah · 28 octobre 2026

Le 31 octobre 2026, le Conseil de sécurité prolongera une fois de plus la MINURSO, cette mission créée pour organiser un référendum qu'elle n'a jamais organisé. Trente-cinq ans de promesses trahies l'ont prouvé : la liberté du peuple sahraoui ne viendra pas de New York. Elle viendra de sa capacité à rendre l'occupation insupportable.

New York ne libérera pas le Sahara

Qu'on cesse de se bercer d'illusions : le Conseil de sécurité n'a jamais été le gardien du droit des peuples. Il est le notaire des puissants. Le 31 octobre 2025, sous la plume de Washington, la résolution 2797 a franchi une ligne rouge en invitant les parties à négocier sur la base du plan d'autonomie marocain. Autrement dit, on demande à un peuple colonisé de discuter des modalités de sa propre annexion.

Le texte est passé par 11 voix, avec les abstentions de la Russie, de la Chine et du Pakistan. L'Algérie, fidèle à sa ligne de principe, a refusé de cautionner cette mascarade par son vote. Aucune puissance n'a jugé qu'un peuple dépossédé méritait un veto.

Un an plus tard, la machine poursuit sa route. Le rapport du Secrétaire général du 1er octobre 2026 grave dans le marbre ce cadre taillé sur mesure pour Rabat. Et lorsque le Polisario et Alger refusent de s'y plier, c'est eux que l'envoyé onusien désigne comme responsables du blocage. L'occupant fixe les règles, et la victime est sommée de s'y soumettre.

Pourtant, le droit n'a pas changé. Le Sahara occidental reste inscrit sur la liste onusienne des territoires non autonomes, ce qui signifie que sa décolonisation n'est toujours pas achevée. Dès 1975, la Cour internationale de justice avait écarté tout lien de souveraineté territoriale entre le Maroc et le Sahara occidental. Ce qui a changé, ce n'est pas le droit : c'est la volonté de le faire respecter.

Une guerre à bas bruit qui ne coûte rien à l'occupant

Depuis l'incursion militaire marocaine dans la zone tampon de Guerguerat, en novembre 2020, qui a fait voler en éclats le cessez-le-feu, les Sahraouis ont repris les armes. Mais cette guerre reste en sourdine. Quelques tirs vers Smara ou Mahbès, quelques communiqués, et le monde détourne les yeux.

En face, Rabat a fait le choix de la guerre technologique, armée par Ankara, Pékin et Tel-Aviv. Ses drones traquent tout ce qui bouge le long du mur de la honte, ce rempart de sable de plus de 2 700 kilomètres qui coupe le territoire en deux. En juin 2026, l'un d'eux a assassiné Lahbib Mohamed Abdelaziz, fils de Mohamed Abdelaziz, qui dirigea le Front pendant quarante ans, et lui-même membre du secrétariat national. Les bergers et leurs troupeaux paient eux aussi le prix de cette chasse à l'homme dans les zones libérées.

Voilà la vérité nue : cette guerre de basse intensité coûte du sang sahraoui et ne coûte rien au Maroc. Rabat la présente comme une simple opération de police, pendant qu'il attire les investisseurs à Dakhla et collectionne les soutiens diplomatiques. Chaque année de ce statu quo est une année gagnée pour l'occupant.

Rendre l'occupation coûteuse

Une vérité traverse toute l'histoire des décolonisations : aucun occupant ne lâche prise tant que l'occupation lui rapporte. Le Maroc ne négociera sérieusement que le jour où le Sahara cessera d'être une rente pour devenir un fardeau.

Cette rente a un nom : le pillage. À Bou Craa, l'OCP extrait jusqu'à 2,6 millions de tonnes de phosphate par an d'un gisement estimé à 500 millions de tonnes, acheminé vers la côte par un convoyeur d'une centaine de kilomètres. Au large de Dakhla, les flottes vident des eaux parmi les plus poissonneuses de l'Atlantique. Et l'on vend désormais aux investisseurs étrangers le soleil et le vent du Sahara pour des projets énergétiques. Tout cela sans que le peuple sahraoui, seul propriétaire légitime de ces richesses, n'ait jamais donné son consentement.

Aucun occupant ne lâche prise tant que l'occupation lui rapporte.

Le droit international est sans ambiguïté : les peuples sous domination coloniale ont le droit de lutter pour leur libération par tous les moyens légitimes, y compris la lutte armée, comme l'a reconnu l'Assemblée générale des Nations unies. Trente ans de patience, depuis 1991, n'ont produit ni référendum ni justice. Exiger des Sahraouis qu'ils attendent encore, c'est leur demander d'assister passivement à l'effacement de leur pays.

Choisir ses armes, ne pas tomber dans les pièges de l'adversaire

La détermination ne suffit pas : il faut aussi la lucidité. Rabat ne rêve que d'une chose, que la résistance sahraouie lui offre les prétextes qui lui manquent.

Ne pas offrir le récit du terrorisme. Le Maroc et ses relais s'acharnent à présenter un mouvement de libération reconnu par l'Union africaine comme une bande armée. La force de la cause sahraouie, c'est sa légitimité. La lutte doit viser l'appareil militaire de l'occupation, jamais les civils, y compris les travailleurs sahraouis employés sur ces sites. C'est ce qui sépare une guerre de libération de ce que l'adversaire voudrait qu'elle soit.

Sortir de la guerre des drones. Envoyer des combattants à découvert face à une armée de drones, c'est accepter de perdre une génération. La résistance doit mener le combat sur les terrains où l'occupant est vulnérable, et non sur celui où il a tout prévu.

Frapper la rente là où elle est fragile : dans les tribunaux et sur les marchés. Bou Craa ne pèse qu'une petite part de la production totale de l'OCP, mais il pèse lourd dans l'image d'un Maroc respectable. Chaque cargaison de phosphate contestée, chaque contrat de pêche annulé, chaque investisseur qui renonce coûte davantage à Rabat que des obus tombés dans le désert.

Préserver l'Algérie de la provocation. Rabat cherche à faire de chaque attaque une affaire algérienne. Le gouvernement algérien en place soutient le droit des Sahraouis avec constance, et ce soutien est trop précieux pour être exposé à une confrontation que l'occupant aurait choisie.

Les grandes puissances ne viendront pas au secours des Sahraouis

Que les Sahraouis ne comptent sur aucune capitale étrangère. Washington a troqué leur droit contre la normalisation entre Rabat et Tel-Aviv en décembre 2020. Paris et Madrid se sont alignés pour protéger leurs intérêts économiques et migratoires.

Et Moscou ? On aime croire que la Russie aurait intérêt à voir le Sahara s'embraser. Les faits disent autre chose. En octobre 2025, une seule objection russe aurait suffi à enterrer la résolution 2797. Le Kremlin a préféré s'abstenir, et Nasser Bourita s'est empressé de saluer ce geste comme décisif. La « neutralité active » russe a laissé passer le texte, tout en le jugeant déséquilibré. Les Américains ont ensuite écarté Moscou des discussions de Madrid sans que celle-ci ne s'en émeuve outre mesure.

La leçon est amère : le peuple sahraoui n'est qu'une variable dans les calculs des grandes puissances. Si demain une guerre éclatait au Sahara pour servir l'agenda d'un autre, ce sont les camps de Tindouf qui en compteraient les morts. La libération du Sahara sera l'œuvre des Sahraouis, ou ne sera pas.

Conclusion : le temps de l'attente est révolu

Le Conseil de sécurité ne rendra pas justice aux Sahraouis : il entérinera ce que le rapport de force lui dictera. Tant que l'occupation restera rentable et confortable, Rabat n'aura aucune raison de négocier autre chose que les conditions de la reddition qu'il propose sous le nom d'autonomie.

Le rapport de force se construit pourtant déjà. Le 4 octobre 2024, la Cour de justice de l'Union européenne a annulé les accords commerciaux et de pêche UE-Maroc en ce qu'ils s'appliquaient au Sahara occidental sans le consentement de son peuple. Sous la pression des militants, plusieurs importateurs de phosphate ont renoncé aux cargaisons de Bou Craa. Ces victoires montrent que le pillage a un prix, et qu'on peut le faire monter.

Il faut maintenant passer à la vitesse supérieure : intensifier la lutte sur le terrain contre l'appareil militaire de l'occupation, porter chaque contrat devant les juges, dénoncer chaque entreprise complice, mobiliser l'Afrique, qui a admis la République sahraouie en son sein. Un peuple qui refuse de disparaître finit toujours par imposer son existence. Les Sahraouis l'ont prouvé depuis cinquante ans ; il leur appartient désormais de faire de 2027 l'année où l'occupation cessera d'être gratuite.

— Belgacem Merbah

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le Mythe du Soutien Marocain à la Révolution Algérienne : Une Histoire de Calculs et d’Opportunisme

L’histoire des relations entre le Maroc et la Révolution algérienne est souvent déformée par une propagande soigneusement entretenue par le régime marocain. Cette version des faits présente Mohamed V comme un allié indéfectible du peuple algérien dans sa lutte pour l’indépendance. Pourtant, une analyse minutieuse des événements démontre que ce soutien n’était ni désintéressé, ni motivé par une réelle solidarité. Il s’agissait avant tout d’un levier diplomatique visant à consolider le pouvoir du souverain marocain et à servir les ambitions territoriales du royaume chérifien. 1. Un Soutien Dicté par des Intérêts Stratégiques Lorsque la Guerre d’Algérie éclate en 1954, le Maroc, fraîchement indépendant depuis 1956, se trouve dans une position délicate. Mohamed V cherche à asseoir son autorité dans un pays encore fragile, marqué par des tensions internes et des incertitudes quant à son avenir politique. Dans ce contexte, le soutien à la lutte algérienne contre la France devient un outil...

La CIA déclassifie un document qui permet de comprendre les véritables motivations du Maroc dans la guerre des sables de 1963

Le 23 août 1957, un document confidentiel de la CIA a été rédigé, dévoilant des éléments cruciaux sur la politique française vis-à-vis de l’Algérie, alors en pleine guerre d’indépendance. Récemment déclassifié, ce document éclaire d’un jour nouveau les intentions de la France concernant les zones pétrolifères sahariennes et ses stratégies post-indépendance. À travers des manœuvres diplomatiques, économiques et géopolitiques, Paris cherchait à préserver son contrôle sur cette région stratégique. Un Sahara Algérien Indispensable à la France Selon ce document, la France considérait le Sahara algérien comme un territoire d’une importance capitale, non seulement pour ses ressources pétrolières et gazières, mais aussi pour son positionnement stratégique en Afrique du Nord. Dans cette optique, Paris envisageait de maintenir coûte que coûte sa mainmise sur la région, en la dissociant administrativement du reste de l’Algérie. Cette politique s’est concrétisée en 1957 par la création de deux dép...

Boualem Sansal gracié par le président Abdelmadjid Tebboune : un geste d’humanité ou une faute politique ?

L’annonce de la grâce présidentielle accordée à Boualem Sansal a provoqué surprise, débats et indignation en Algérie. L’écrivain franco-algérien, condamné à cinq ans de prison pour des propos jugés attentatoires à l’unité nationale, sera transféré en Allemagne pour y recevoir des soins, à la demande du président Frank-Walter Steinmeier. Si le geste semble motivé par des considérations humanitaires, il révèle en réalité un enchevêtrement diplomatique où s’affrontent principes de souveraineté, équilibres européens et calculs politiques. Un geste humanitaire à lecture diplomatique multiple Officiellement, la décision présidentielle s’inscrit dans le cadre d’une réponse “humanitaire” à une requête allemande. Boualem Sansal, âgé et malade, bénéficierait ainsi d’un transfert pour soins, dans un esprit de clémence et d’ouverture. Mais les observateurs attentifs savent que, derrière cette façade, se cache un jeu d’influences plus subtil. Depuis plusieurs mois, Paris cherchait à obtenir la libé...