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Sahara occidental : comment la menace du Polisario a fait basculer le vote russe

Analyse géopolitique · Sahara occidental

Sahara occidental : comment la menace du Polisario a fait basculer le vote russe

Par Belgacem Merbah · 30 octobre 2026

Le veto opposé par la Russie le 30 octobre au projet américain sur la MINURSO n'est pas un coup de théâtre isolé. Il résulte d'une équation où trois forces se sont combinées : le maximalisme du texte de Washington, l'offensive diplomatique du gouvernement algérien et, surtout, la menace du Front Polisario de quitter un processus politique dont il était devenu un acteur incontournable.

Un texte qui allait trop loin

Le projet américain ne se contentait pas de prolonger la mission : il voulait clore un chapitre. Il prorogeait la MINURSO jusqu'au 31 octobre 2027 tout en la rebaptisant, dès le 1er novembre, « Mission des Nations unies au Sahara occidental », effaçant ainsi toute référence au référendum. Il érigeait l'autonomie sous souveraineté marocaine en seule base de négociation et exigeait l'enregistrement, sous six mois, de la population des camps de Tindouf.

Washington a bien tenté d'arrondir les angles. La deuxième version a supprimé la date de fin du maintien de la paix, fixée au 30 avril 2027, et remplacé « la seule solution réalisable » par « la solution la plus réalisable ». Mais l'essentiel demeurait : l'autonomie restait la seule base des négociations, mentionnée à deux reprises dans le dispositif, et le changement de nom était maintenu. Les concessions portaient sur la forme, jamais sur l'architecture du texte.

L'ultimatum du Polisario : le facteur décisif

C'est ici qu'intervient l'élément trop souvent sous-estimé. Dès la diffusion du premier projet, le 22 octobre, le Front Polisario a averti qu'il se retirerait du processus de paix onusien si le texte était adopté sans changements substantiels. Son représentant à l'ONU, Sidi Mohamed Omar, a été sans ambiguïté : faute de modifications significatives, le Front n'aurait d'autre option que de quitter la table.

Cette menace n'avait rien d'une posture. Le Polisario avait pris part aux trois cycles de négociations du premier trimestre 2026, conduits sous l'égide de l'envoyé personnel Staffan de Mistura avec l'appui américain, qui avaient réuni pour la première fois les quatre parties autour de discussions substantielles. Autrement dit, le processus que Washington prétendait consolider reposait sur la présence du Front.

On ne peut pas proclamer qu'une issue est « mutuellement acceptable » au moment même où l'une des deux parties annonce qu'elle la rejette.

L'équation devenait alors intenable. Adopter le texte américain, c'était consacrer une solution négociée à l'instant précis où l'un des négociateurs annonçait son départ. Pour un membre permanent qui défend depuis des années le principe d'un règlement accepté par les parties, l'ultimatum du Polisario offrait un argument de poids : il transformait un choix politique en geste de préservation du processus.

Pourquoi Moscou a franchi le pas

En 2025, la Russie s'était contentée de s'abstenir, tout en laissant entendre qu'elle aurait opposé son veto si le plan marocain avait été présenté comme « unique solution ». Le texte de 2026 franchissait précisément cette ligne rouge. Plusieurs motivations ont convergé :

  • La cohérence doctrinale. Moscou défend de longue date la base de règlement agréée aux Nations unies ; dès 2018, elle refusait de sacrifier cette position de principe par un vote favorable.
  • Le refus d'un Conseil piloté par un seul porte-plume. La Russie reproche aux États-Unis de s'affranchir de la recherche du consensus entre tous les membres.
  • Le partenariat avec Alger. Ahmed Attaf a rencontré Sergueï Lavrov à Moscou le 27 octobre, trois jours seulement avant le vote.
  • La crédibilité du processus. Face au retrait annoncé du Polisario, bloquer le texte permettait à Moscou de se poser non en fossoyeur, mais en garant d'une négociation encore vivante.

Ce veto n'est d'ailleurs pas un veto de rupture. La Russie et la Chine avaient fait circuler un projet concurrent prolongeant la MINURSO sous son nom actuel, sans mention du plan d'autonomie ni réduction des effectifs. Moscou ne tue pas la mission : elle refuse sa transformation.

Conséquences pour le Maroc

Pour Rabat, le 30 octobre marque un coup d'arrêt plus qu'un recul.

  • Un échec symbolique. La consécration de l'autonomie comme seule voie et l'effacement du référendum, présentés comme acquis, n'ont pas eu lieu.
  • Des acquis préservés. La résolution 2797 demeure le dernier texte adopté, et onze membres du Conseil ont voté pour le projet américain. Le Maroc conserve une majorité, mais plus l'unanimité des puissances.
  • Une dépendance accrue envers Washington. Le sort du texte russe dépend des États-Unis, qui peuvent y opposer leur veto ; sans adoption, la mission arriverait à échéance sans texte de remplacement.
  • Un pari russe à revoir. Rabat comptait sur ses liens économiques avec Moscou, notamment des accords de pêche incluant les eaux sahariennes. Ces intérêts n'ont pas suffi.
  • La fin du tout ou rien. Le Polisario a démontré qu'un texte trop déséquilibré pouvait vider le processus de sa substance. Toute résolution future devra en tenir compte.

Une nouvelle grammaire au Conseil de sécurité

La leçon du 30 octobre dépasse le cas d'espèce. Le Polisario a montré qu'il disposait d'un levier réel : sa participation. Le gouvernement algérien, qui ne siège plus au Conseil depuis janvier et n'assistait à la séance que sans droit de vote, a su peser par la voie bilatérale. Et la Russie a rappelé qu'aucune consécration onusienne ne se fera sans elle.

Le rapport de force n'a pas basculé, mais il s'est rééquilibré. Pour le Maroc, la voie d'une consécration au Conseil de sécurité passe désormais par un texte acceptable par toutes les parties, ce qui suppose de rouvrir la question de l'autodétermination plutôt que de l'effacer. Le mot « référendum » n'a pas disparu du vocabulaire des Nations unies, et la menace d'un retrait du Polisario a prouvé qu'on ne pouvait l'effacer sans vider la négociation elle-même.



— Belgacem Merbah

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