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Route Tindouf – Zouérate : quand quelques mois de retard deviennent un « échec stratégique » sous la plume d’Hespress

Réponse à Hespress

Route Tindouf – Zouérate : quand quelques mois de retard deviennent un « échec stratégique » sous la plume d’Hespress

Il n’est pas nouveau qu’Hespress voie dans chaque chantier algérien matière à titrer sur les « limites de l’ambition algérienne ». La nouveauté, cette fois, est d’avoir bâti tout un article sur trois piliers fragiles : une référence vague à des « médias mauritaniens » jamais nommés, des avis d’appels d’offres infructueux, et deux témoignages dont l’un contredit la thèse même qu’il était censé servir.

1. Ce que l’article passe sous silence

La route Tindouf – Zouérate n’est pas un projet ordinaire. C’est la première infrastructure routière réalisée par l’Algérie hors de ses frontières : près de 840 kilomètres, entièrement financés par l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement, construits par dix entreprises algériennes sous la supervision d’un bureau d’études algérien, en échange d’une concession d’exploitation de dix ans renouvelable. Le tronçon situé en territoire algérien a déjà été achevé, les deux postes frontaliers inaugurés, et la première pierre de la zone franche posée en février 2024. Ce sont des faits, pas de la « propagande médiatique », comme l’article se plaît à le suggérer.

2. Un appel d’offres infructueux n’est pas un scandale

L’article traite l’annonce d’un appel d’offres infructueux — pour le transport de granulats ou la fourniture d’un concasseur mobile — comme une pièce à conviction. Or quiconque a pratiqué la commande publique sait qu’un appel d’offres infructueux est une procédure banale, suivie d’une relance ou d’une négociation directe. La publication de ces avis est d’ailleurs un gage de transparence, non un aveu d’impuissance. Si l’on appliquait le critère d’Hespress aux projets marocains, aucun chantier du royaume n’échapperait au titre « échec ».

3. La coordination sécuritaire est une clause de l’accord, pas un imprévu

L’article tente de présenter les discussions militaires de Zouérate comme un signal d’alarme. Pourtant, le mémorandum d’entente signé par les deux pays prévoit expressément que la partie mauritanienne assure la sécurisation des travaux. La réunion du 22 octobre n’est donc que l’exécution d’un engagement contractuel existant, dans une zone que chacun sait exposée au trafic de drogue et à l’orpaillage clandestin. Que deux pays voisins coopèrent pour protéger des ouvriers et des chantiers relève de la responsabilité la plus élémentaire, non de l’échec.

Que deux pays voisins coopèrent pour protéger des ouvriers et des chantiers relève de la responsabilité, non de l’échec.

4. Un témoin qui réfute la thèse, un autre qui en révèle le but

Paradoxe : le journaliste mauritanien cité par Hespress reconnaît lui-même que les considérations sécuritaires ne sont pas nécessairement la cause du retard, que ce contretemps ne suffit pas à juger de l’avenir de la présence algérienne dans la région, et que l’achèvement de la route offrira à l’Algérie un débouché supplémentaire pour ses échanges. Autrement dit, le premier témoin dit exactement l’inverse du titre.

Quant au second, il nous épargne l’effort d’analyse en concluant sur Guerguerat et l’« initiative atlantique ». Le masque tombe : il ne s’agit pas d’une route qui a pris quelques mois de retard, mais de l’inquiétude face à un corridor alternatif reliant la Mauritanie et l’Afrique de l’Ouest à l’Algérie, à la Tunisie et à la Libye, sans transiter par un territoire que les Nations unies considèrent toujours comme non autonome.

5. Qui doit rendre des comptes sur les délais ?

Si le respect des calendriers est le critère de la crédibilité, interrogeons-nous sur des projets annoncés avec bien plus de fracas : le gazoduc atlantique, promis depuis près d’une décennie, et l’« initiative atlantique » pour les pays du Sahel, qui ne s’est toujours pas traduite par un seul corridor opérationnel. La route algérienne, elle, se construit sur le terrain, avec des fonds algériens et une main-d’œuvre algérienne, dans l’un des environnements désertiques les plus rudes du continent.

En conclusion

Les retards dans les infrastructures transfrontalières sont la règle partout dans le monde, pas une exception algérienne. La vraie différence entre celui qui construit et celui qui commente, c’est que le premier est jugé sur quelques mois, quand le second se dispense de rendre compte de ses années. La route Tindouf – Zouérate ouvrira, les camions l’emprunteront vers Nouakchott et Dakar, et Hespress n’aura plus qu’à chercher un nouveau titre.

— Belgacem Merbah

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