Sécurité nationale · Opinion
Medgaz dans le viseur ? Défendons nos infrastructures, pas nos divisions
Le choix d'Oran comme base opérationnelle par un groupe de saboteurs présumés pose une question stratégique. Il ne doit en aucun cas servir de prétexte à la stigmatisation de l'Ouest algérien.
Par Belgacem Merbah
Je suis profondément convaincu que la véritable cible du groupe de saboteurs marocains récemment mis hors d'état de nuire était le gazoduc sous-marin Medgaz. Le choix d'Oran comme base opérationnelle pourrait ne rien devoir au hasard, compte tenu de l'importance stratégique de cette infrastructure énergétique.
Il suffit de regarder une carte. Medgaz part de Beni Saf, sur le littoral de la wilaya d'Aïn Témouchent, à une centaine de kilomètres à l'ouest d'Oran, et traverse la Méditerranée jusqu'à Almería, en Espagne. Depuis l'arrêt du gazoduc Maghreb-Europe, qui transitait par le territoire marocain et n'a pas été renouvelé fin 2021, Medgaz est devenu le seul lien gazier direct entre l'Algérie et la péninsule Ibérique. Il est à la fois une source de revenus pour notre pays, un instrument de notre crédibilité de fournisseur fiable et un atout de poids dans nos relations avec l'Europe. Le frapper, ce serait frapper l'Algérie à la fois dans son économie et dans sa parole.
Une précision nécessaire
L'hypothèse d'une tentative de sabotage visant Medgaz est, à ce stade, une lecture personnelle fondée sur la géographie et l'enjeu stratégique de l'ouvrage. Elle devra être étayée par les éléments de l'enquête avant de pouvoir être présentée comme un fait établi. Il appartient aux services de sécurité et à la justice d'en déterminer la réalité.
Halte aux amalgames contre l'Ouest algérien
Mais il faut mettre un terme définitif aux amalgames et aux accusations qui visent nos compatriotes de l'Ouest. Les habitants d'Oran, de Tlemcen, de Sidi Bel Abbès et de toutes les régions de l'Ouest ne sont ni moins patriotes que les Algérois ou les Constantinois, ni davantage marocophiles qu'eux.
Le patriotisme algérien ne se mesure pas à la région d'origine. L'Ouest a payé, comme le reste du pays, le prix du sang pour l'indépendance, et il a donné à l'Algérie des moudjahidine, des savants, des artistes et des serviteurs de l'État. Soupçonner certains individus ne saurait justifier la stigmatisation de toute une population.
« Le patriotisme algérien ne se mesure pas à la région d'origine. »
Notre hospitalité est une force, pas une faille
Les Algériens, profondément attachés aux valeurs de l'islam, sont connus pour leur hospitalité et leur accueil envers les musulmans, quelle que soit leur nationalité. C'est une valeur noble dont nous sommes fiers, et certainement pas une faiblesse dont nous devrions avoir honte.
Nos adversaires connaissent parfaitement cette tradition d'ouverture et de confiance. Ils savent comment l'exploiter et tentent d'en faire une brèche pour s'infiltrer dans notre société et servir leurs objectifs hostiles. La réponse n'est pas de renoncer à ce que nous sommes, mais de conjuguer la générosité de l'accueil avec la rigueur de la vigilance.
Vigilants, mais jamais méfiants les uns envers les autres
Soyons vigilants, mais refusons de devenir méfiants les uns envers les autres. Soyons intraitables avec quiconque menace la sécurité de l'Algérie, mais ne condamnons jamais nos compatriotes sur la base de leur origine géographique.
Le véritable combat est celui de la défense de notre souveraineté, de notre sécurité nationale et de nos infrastructures stratégiques. Ce n'est certainement pas celui de la division des Algériens. Un pays qui se soupçonne lui-même fait le travail de ses ennemis à leur place.
Notre unité nationale constitue notre première ligne de défense. Quiconque cherche à dresser les Algériens les uns contre les autres, consciemment ou inconsciemment, contribue à servir les intérêts de ceux qui veulent affaiblir notre pays.
Belgacem Merbah — Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur.
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