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Le Su‑57 n'a pas créé la puissance aérienne algérienne : il vient couronner quarante ans d'avance stratégique

Depuis plusieurs semaines, une partie de la presse marocaine tente de présenter l'arrivée du Su‑57 en Algérie comme une rupture soudaine de l'équilibre militaire maghrébin. Le message sous-jacent est simple : jusque-là, les forces aériennes algériennes et marocaines auraient été à peu près comparables, et l'acquisition du chasseur russe de cinquième génération aurait brusquement changé la donne.

Cette interprétation relève davantage de la communication politique que de l'analyse militaire.

La réalité est que la supériorité aérienne algérienne ne date ni de 2026 ni du Su‑57. Elle s'inscrit dans une trajectoire historique qui remonte à plusieurs décennies.

Une avance qui remonte aux années 1980

Alors que de nombreux observateurs focalisent leur attention sur le Su‑57, ils oublient un fait essentiel : l'Algérie a toujours cherché à maintenir une avance qualitative dans le domaine aérien.

Dès les années 1980, l'introduction du MiG‑25 constituait déjà un saut technologique considérable. Avec ses performances de vitesse, d'altitude et d'interception, cet appareil plaçait l'Armée nationale populaire dans une catégorie à part au Maghreb.

Depuis lors, la doctrine algérienne est restée cohérente : disposer d'une aviation capable de défendre un territoire continent de plus de 2,3 millions de kilomètres carrés, protéger des infrastructures stratégiques vitales et garantir une autonomie militaire complète.

Cette logique explique l'acquisition successive des Su‑24, MiG‑29 modernisés, Su‑30MKA, puis aujourd'hui des Su‑35, Su‑34 et Su‑57. La modernisation de l'aviation algérienne ne constitue donc pas un événement ponctuel mais un processus continu engagé depuis plusieurs décennies. 

L'erreur de ceux qui réduisent tout au Su‑57

La propagande marocaine commet aujourd'hui la même erreur que certains médias occidentaux : elle réduit la puissance aérienne algérienne à un seul appareil.

Or, aucune armée de l'air sérieuse ne repose sur un avion unique.

Le Su‑57 représente certes une avancée importante en matière de furtivité, de fusion de données et de combat au-delà de la portée visuelle. Mais il ne constitue qu'un élément d'un ensemble beaucoup plus vaste.

L'atout principal de l'Algérie demeure le Su‑30MKA.

Les analyses spécialisées soulignent d'ailleurs que le Su‑30MKA constitue toujours la colonne vertébrale de l'aviation de chasse algérienne, avec plusieurs dizaines d'appareils en service. 

Contrairement à ce que laissent croire certains commentateurs marocains, une force aérienne est d'abord évaluée sur le volume de ses appareils opérationnels, la qualité de son armement, la formation de ses pilotes, ses moyens de soutien et sa capacité à maintenir un rythme d'opérations élevé.

Les grands oubliés : Su‑35 et Su‑34

Autre élément souvent passé sous silence : les capacités offertes par les nouveaux Su‑35 et Su‑34.

Le Su‑35 est considéré comme l'un des meilleurs chasseurs de génération 4++ au monde. Sa manœuvrabilité, son rayon d'action, son radar et sa capacité d'emport en font un appareil particulièrement dangereux dans les missions de supériorité aérienne.

L'Algérie a d'ailleurs commencé à renforcer sa flotte avec ce type d'appareil avant même la généralisation du Su‑57. 

Quant au Su‑34, il modifie considérablement les capacités de frappe en profondeur de l'aviation algérienne. Conçu comme bombardier tactique lourd, il offre une endurance, une charge utile et des capacités de pénétration sans commune mesure avec les générations précédentes. 

Autrement dit, même sans Su‑57, l'association Su‑30MKA, Su‑35 et Su‑34 constituerait déjà une force aérienne de tout premier ordre à l'échelle africaine.

Derrière le mythe des F‑16 marocains

Depuis des années, Rabat met en avant la modernisation de ses F‑16 comme preuve d'une prétendue parité stratégique avec Alger.

Pourtant, les données publiques montrent une réalité plus nuancée.

Les F‑16 Block 70/72 destinés au Maroc ont connu plusieurs ajustements techniques et décalages de calendrier avant leur validation définitive. Des sources publiques évoquent notamment des retards liés à l'intégration de nouvelles configurations technologiques. 

De plus, une partie importante de la communication marocaine entretient volontairement une confusion entre les F‑16 existants et les futurs standards les plus avancés.

Même dans leur version modernisée, les F‑16 restent des avions monomoteurs de quatrième génération, tandis que la famille des Sukhoi lourds exploités par l'Algérie joue dans une catégorie différente en matière d'autonomie, de capacité d'emport et de rayon d'action.

La vraie différence : une vision stratégique de long terme

Ce qui distingue réellement l'Algérie n'est pas uniquement la qualité de ses avions.

La véritable différence réside dans la cohérence de sa stratégie.

Depuis plusieurs décennies, l'Algérie investit simultanément dans :

  • l'aviation de chasse ;
  • la défense aérienne multicouche ;
  • les systèmes de guerre électronique ;
  • les capacités de frappe à longue distance ;
  • la formation des équipages ;
  • l'autonomie logistique.

Le Su‑57 ne représente donc pas le début d'une supériorité aérienne algérienne.

Il constitue simplement le dernier maillon d'une chaîne construite depuis plus de quarante ans.

Conclusion : une réalité que la propagande ne peut masquer

Les médias marocains peuvent multiplier les articles alarmistes ou atténuer l'importance des capacités algériennes. Les faits demeurent.

L'équilibre aérien du Maghreb n'a pas été bouleversé par le Su‑57.

Il était déjà largement favorable à l'Algérie grâce à une combinaison de moyens humains, technologiques et stratégiques développés sur plusieurs générations.

L'arrivée du Su‑57 ne fait qu'ajouter une nouvelle couche de sophistication à un dispositif déjà solide.

Ceux qui découvrent aujourd'hui l'écart existant entre les deux forces aériennes parce qu'ils viennent d'entendre parler du Su‑57 n'ont pas compris l'essentiel : la puissance aérienne algérienne ne s'est pas construite en quelques mois, mais au prix de décennies d'investissements, de planification et de souveraineté stratégique. 




Par Belgacem Merbah


 

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