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GME : ce que l’Algérie a réellement gagné depuis la fin du transit par le Maroc

Depuis l’arrêt du Gazoduc Maghreb-Europe (GME), le 31 octobre 2021, l’Algérie a profondément réorganisé son dispositif d’exportation de gaz vers l’Europe. Au-delà de la dimension politique, cette décision a également produit des effets économiques et stratégiques qu’il convient d’analyser avec des chiffres plutôt qu’avec des slogans.
Pendant des années, le GME permettait l’acheminement du gaz algérien vers l’Espagne en passant par le territoire marocain. En contrepartie du transit, le Maroc bénéficiait d’une rémunération comprenant notamment une composante en gaz. Selon l’hypothèse retenue ici, cette contrepartie représentait environ 1 milliard de m³ de gaz et jusqu’à 100 millions de dollars par an.

L’arrêt du GME a donc mis fin à ce mécanisme.

Près de 5 milliards de m³ de gaz sur la période

Entre novembre 2021 et août 2026, soit environ 4,8 années, la fin du dispositif représente, sur la base de cette hypothèse, près de : 4,8 milliards de m³ de gaz

qui n’ont plus été attribués au Maroc au titre du transit.

À cela s’ajouterait une économie théorique d’environ : 480 millions de dollars

de redevances monétaires sur la même période, si l’on retient une hypothèse de 100 millions de dollars par an.

Il faut toutefois être rigoureux : ces chiffres constituent une valorisation de l’avantage économique potentiel, et non un montant encaissé directement par le Trésor algérien. La valeur du gaz dépend notamment du prix auquel il aurait été vendu ou valorisé.

Le véritable tournant : l’Algérie n’a plus besoin du territoire marocain

L’enjeu dépasse largement quelques centaines de millions de dollars.

Avec le GME, une partie des exportations algériennes vers l’Europe dépendait d’une infrastructure traversant le territoire d’un pays avec lequel les relations politiques se sont progressivement fortement dégradées.

Avec Medgaz, l’Algérie dispose d’une liaison directe entre Béni Saf et Almería.

La capacité de Medgaz a été portée à environ 10,5 milliards de m³ par an, renforçant considérablement la capacité de l’Algérie à exporter directement son gaz vers l’Espagne.

C’est probablement le gain stratégique le plus important : le gaz algérien peut désormais atteindre directement le marché européen sans transiter par le territoire marocain.



LIRE AUSSI : 24 août 2021 : la rupture avec le Maroc, ou comment l’Algérie a transformé une crise diplomatique en victoire géopolitique



Une souveraineté énergétique renforcée

Pour l’Algérie, le choix du GME n’était donc pas uniquement une question commerciale.

Il s’inscrivait dans une logique plus large de souveraineté énergétique et d’indépendance stratégique.

Un pays exportateur de gaz ne peut ignorer le risque que représente la dépendance à l’égard d’un territoire de transit lorsque ses relations avec celui-ci deviennent conflictuelles.

La décision de ne pas renouveler le GME a donc permis à l’Algérie de reprendre le contrôle direct de son principal axe gazier vers la péninsule Ibérique.

Du gisement algérien au client européen, le gaz peut désormais emprunter une infrastructure directement contrôlée par les intérêts algériens.


Medgaz : transformer une contrainte en opportunité

L’un des enseignements majeurs de cette période est que l’Algérie n’a pas simplement abandonné le GME.
Elle a accéléré la valorisation de ses propres infrastructures.

Medgaz est détenu majoritairement par Sonatrach, à hauteur de 51 %. L’augmentation de son utilisation renforce donc également la position de l’entreprise nationale dans la chaîne de valeur.

En 2022, Medgaz a enregistré un bénéfice record d’environ 135,9 millions d’euros, dont une part importante revenait à Sonatrach au titre de sa participation.
Autrement dit, l’infrastructure qui permet à l’Algérie d’éviter le territoire marocain n’est pas simplement une voie de transit : elle constitue elle-même un actif économique stratégique algérien.


Et le Maroc ?

La fin du GME a également eu un coût pour le Maroc.
Le royaume perdait une source de rémunération liée au transit et devait surtout trouver une solution alternative pour son approvisionnement énergétique.
Cette situation a conduit Rabat à rechercher d’autres sources d’approvisionnement et à utiliser, dans certaines circonstances, le GME en sens inverse pour recevoir du gaz naturel liquéfié regazéifié en Espagne.
L’ironie est donc particulièrement forte : un gazoduc initialement conçu pour acheminer le gaz algérien vers l’Europe en passant par le Maroc pouvait désormais être utilisé dans l’autre sens pour contribuer à l’approvisionnement marocain.


Le bilan pour l’Algérie

En retenant l’hypothèse de 1 milliard de m³ de gaz et 100 millions de dollars par an, le bilan théorique depuis l’arrêt du GME est significatif :


La valeur commerciale des 4,8 milliards de m³ dépend naturellement du prix de référence retenu. Avec une valorisation moyenne de 500 dollars pour 1 000 m³, par exemple, ces volumes représenteraient environ 2,4 milliards de dollars. À 700 dollars, ils représenteraient 3,36 milliards de dollars.

Ces montants ne doivent pas être présentés comme des recettes supplémentaires automatiquement encaissées par l’Algérie : ils correspondent à la valeur théorique du gaz qui n’a plus été attribué au Maroc.


Une décision qui dépasse les calculs comptables

Au fond, le dossier du GME illustre quelque chose de beaucoup plus important.
L’Algérie a choisi de ne plus dépendre d’un territoire étranger pour acheminer une ressource stratégique vers ses clients européens.
Le pays possède les réserves gazières, les infrastructures de production, les capacités de transport et une compagnie nationale capable d’assurer cette chaîne de valeur.

Dans ces conditions, la logique est simple : pourquoi accepter une dépendance géopolitique lorsqu’une alternative directe existe ?

Le GME appartenait à une époque où la coopération régionale pouvait justifier le passage du gaz algérien par le Maroc.
La réalité géopolitique de 2021 a changé la donne.
L’Algérie a alors fait le choix de ses intérêts nationaux.

Et cinq ans plus tard, une chose apparaît clairement : la fin du GME n’a pas empêché le gaz algérien d’atteindre l’Europe. Elle a surtout accéléré la recherche d’une route plus directe, plus souveraine et davantage maîtrisée par l’Algérie.

Le gaz algérien doit servir les intérêts de l’Algérie. La souveraineté énergétique n’est pas un slogan : c’est la capacité de décider, de produire, de transporter et de vendre ses ressources sans dépendre d’un voisin pour accéder à ses marchés.


Commentaires

  1. Salem Balgacem, c'est tout "bénéf" pour nous 🇩🇿. Même si la vigilance accrue est de mise avec les voisins de l'ouest. Good Job my friend as usual.

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  2. La veritable question n'est pas de savoir combien l'Algérie gagne avec l'arrêt de GME mais plutôt pourquoi celui-ci a été mis en place?
    Ce gazoduc est un non sens politique et géostratégique.
    A quel moment celà peut servir les intérêts algériens de mettre en œuvre un tel moyen d'acheminement de gaz vers l'Europe alors qu'on facilite un pays qui ne nous cause que des nuisances et avec lequel les frontières étaient déjà fermées deux avant la mise en œuvre du dit gazoduc.
    Mon petit doigt me dit que les SNP prensents au sein de notre gouvernement dans le milieu des années 90 oeuvraient activement pour leur pays d'origine.
    Car la logique voudrait qu'il n'y ait aucun intérêt pour un pays producteur d'énergie de proceder de la sorte quand il est possible de passer par le territoire national et ceci est valable aussi pour la Tunisie.

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  3. Salam aylaykoum. Je voudrai à nouveau vous remercier Monsieur Merbah comme vous l’avez prouvé maintes fois vos articles sont de qualité, concis et vont à l’essentiel quelque soit le sujet abordé
    .Elhamdulillah que nous ayons repris totalement la main sur notre gaz .Une politique souveraine doit être totale surtout dans un secteur aussi stratégique que l’énergie.C’est une politique qui s’est faite en douceur. Une vengeance après la mort de nos frères abattus par un drone de l’entité Marrakchi et qui était une promesse du président.
    Elle n’a pas été vu par par nos ennemis et cette pratique est une constante de la politique algérienne une politique mature et qui vise l’intérêt du pays.
    .Pas de précipitation celle ci est.la panache des sots. Ce que vous décrivez dans votre article fait encore plus plaisir.que remercie الله pour Ses bienfaits pour notre chère patrie.

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  4. Toujoùr au top de

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