L’article publié par le journal marocain Assahifa sous la plume d’Ismaïl Bouyaâqoubi s’appuie essentiellement sur une vidéo d’un vlogger qatari à moto traversant le sud-ouest algérien pour conclure que le projet minier de Ghar Djebilat est un « mirage économique ». Cette méthodologie — utiliser des images touristiques d’un désert éloigné comme preuve de l’échec d’un projet industriel — constitue en elle-même un aveu de la faiblesse du raisonnement. Assahifa est un titre marocain dont l’orientation éditoriale hostile à l’Algérie est documentée, ce qui ne disqualifie pas automatiquement ses critiques, mais impose une vérification rigoureuse de chaque affirmation.
I. Les faits que l’article passe sous silence
Sur les réserves : L’article insinue que le projet n’existe que sur le papier. Or, le gisement de Ghar Djebilat s’étend sur 131 km², avec des réserves exploitables estimées à 3,5 milliards de tonnes de minerai à une teneur de 58,57 % en fer. Ce chiffre, vérifié indépendamment, place le site parmi les plus grands gisements de minerai de fer non exploités au monde.
Sur la phase de production actuelle : L’article laisse entendre que le site est abandonné. En réalité, la section occidentale de la mine est actuellement opérationnelle, produisant 2 à 3 millions de tonnes par an, avec des ambitions de montée en puissance jusqu’à 50 millions de tonnes d’ici 2040.
Sur la logistique ferroviaire : L’argument central de l’article — l’isolement géographique insurmontable — est contredit par des faits vérifiables. Les jalons clés du projet ferroviaire comprennent la mise en service du tronçon Béchar–Abadla (100 km) en avril 2025, l’achèvement du tronçon Tindouf–Ghar Djebilat (135 km) le 5 juillet 2025, et la finalisation de la ligne complète au 31 décembre 2025 — bien avant la date initiale prévue de juin 2026. Soit une ligne de 950 km achevée, contredisant directement la thèse de « site isolé ».
Sur le transport du minerai : L’Algérie a transporté le premier chargement de minerai de fer extrait de la mine de Ghar Djebilat dans la province de Tindouf, marquant une étape clé du projet, en janvier 2026.
Sur la première unité de traitement : La première unité primaire de traitement du minerai de fer à Ghar Djebilat, conçue pour produire environ 4 millions de tonnes par an, était sur la bonne voie pour être mise en service fin avril 2026.
II. Les critiques techniques légitimes — et leur contexte
L’article d’Assahifa mentionne, presque par accident, un vrai défi technique : la teneur en phosphore du minerai. Cette critique mérite d’être prise au sérieux, car elle existe effectivement dans la littérature spécialisée.
Les spécifications standard pour l’exportation de minerai de fer exigent des teneurs en phosphore inférieures à 0,08 %, tandis que de nombreux producteurs d’acier préfèrent des concentrés inférieurs à 0,05 % de phosphore pour l’alimentation directe des hauts fourneaux.
Les opérations nécessitent l’utilisation de techniques modernes de déphosphoration à un taux inférieur à 0,05 %, en collaboration avec le partenaire chinois. Ce défi est donc réel, reconnu, et traité en partenariat technologique — non ignoré.
La question de la rentabilité à long terme et des délais est également légitime : le projet représente un pilier central des efforts pour réduire la dépendance aux hydrocarbures, qui représentent actuellement plus de 90 % des recettes d’exportation et environ 60 % des recettes budgétaires gouvernementales. Les enjeux sont donc bien réels et la pression de réussite considérable. Mais reconnaître des défis structurels est très différent de proclamer un « mensonge d’État ».
III. L’instrumentalisation politique
L’article d’Assahifa rappelle l’accord algéro-marocain de 1972 sur l’exploitation conjointe du site. Ce rappel n’est pas anodin : il s’inscrit dans la rhétorique marocaine qui cherche à présenter tout développement algérien indépendant autour de Tindouf comme une revanche politique, plutôt que comme un projet économique souverain. L’évocation de la question saharienne en toile de fond confirme que l’article relève davantage de la guerre informationnelle que de l’analyse économique.
IV. Ce qui est légitime dans la critique
Il serait intellectuellement malhonnête de tout balayer. Des observateurs indépendants — y compris algériens — ont soulevé des points valides :
• L’écart entre les objectifs initiaux (40-50 Mt/an dès 2026) et la réalité actuelle (2-3 Mt/an) est substantiel et mérite explication.
• Les projets miniers avec des horizons de développement de 15 à 20 ans sont exposés à des environnements réglementaires changeants, à des politiques fiscales et à des conditions politiques.
Conclusion
L’article d’Assahifa confond délibérément trois choses distinctes : les défis réels d’un projet minier complexe, la rhétorique excessive du discours officiel algérien, et l’existence même du projet. Les images d’un vlogger traversant un désert à moto ne constituent pas une investigation économique.
Les faits sont clairs : la mine de Ghar Djebilat est l’une des plus grandes au monde avec des réserves de 3,5 milliards de tonnes, et son lancement constitue un événement sans précédent dans l’histoire de l’Algérie indépendante. La ligne ferroviaire de 950 km est achevée, le premier minerai a été transporté, et la première unité de traitement est en cours de mise en service. Ce n’est pas un « trou isolé dans le désert » — c’est un chantier industriel à longue échéance, avec des défis techniques sérieux et documentés, mais bel et bien en cours de réalisation.
Distinguer la propagande de la critique factuelle légitime est un impératif intellectuel — dans les deux sens.
Par Belgacem Merbah
Les marocains ona compris moi qui m'intrigue ce quatari et pourtant c'est oas sa première traverse en algerie
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