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Articles

Ceuta et Melilla : pourquoi ces deux villes sont historiquement et juridiquement espagnoles

Ceuta et Melilla occupent une place singulière dans la géopolitique méditerranéenne. Situées sur la côte nord-africaine, bordées par le Maroc, elles sont souvent présentées par Rabat comme des « territoires occupés ». Pourtant, du point de vue historique, juridique et institutionnel, leur appartenance à l’Espagne repose sur une continuité beaucoup plus ancienne que la colonisation européenne moderne du XIXe et du XXe siècle. Ceuta et Melilla ne sont pas des protectorats hérités de la période coloniale contemporaine : elles étaient déjà sous souveraineté ibérique plusieurs siècles avant la création du protectorat espagnol au Maroc en 1912 et bien avant l’indépendance du Maroc moderne en 1956.  L’erreur fréquente consiste à juger Ceuta et Melilla uniquement à partir de leur géographie. Or, en droit international comme dans l’histoire des États, la proximité géographique ne suffit pas à établir une souveraineté. Gibraltar est situé au sud de l’Espagne mais demeure britannique ; Kalini...

Le Su‑57 n'a pas créé la puissance aérienne algérienne : il vient couronner quarante ans d'avance stratégique

D epuis plusieurs semaines, une partie de la presse marocaine tente de présenter l'arrivée du Su‑57 en Algérie comme une rupture soudaine de l'équilibre militaire maghrébin. Le message sous-jacent est simple : jusque-là, les forces aériennes algériennes et marocaines auraient été à peu près comparables, et l'acquisition du chasseur russe de cinquième génération aurait brusquement changé la donne. Cette interprétation relève davantage de la communication politique que de l'analyse militaire. La réalité est que la supériorité aérienne algérienne ne date ni de 2026 ni du Su‑57. Elle s'inscrit dans une trajectoire historique qui remonte à plusieurs décennies. Une avance qui remonte aux années 1980 Alors que de nombreux observateurs focalisent leur attention sur le Su‑57, ils oublient un fait essentiel : l'Algérie a toujours cherché à maintenir une avance qualitative dans le domaine aérien. Dès les années 1980, l'introduction du MiG‑25 constituait déjà un saut te...

Le coup de poignard de Rabat à Sánchez : les véritables motivations derrière cette rupture inattendue

L'invasion de Ceuta organisée par le régime marocain a constitué un véritable séisme géopolitique. Cet épisode a surpris de nombreux observateurs et soulevé une question fondamentale : pourquoi Rabat a-t-il choisi de s'en prendre à Pedro Sánchez, alors même qu'il était son allié le plus précieux en Europe ? Depuis son arrivée au pouvoir, Sánchez a multiplié les concessions en faveur du Maroc. Sur le plan diplomatique, il a opéré un revirement historique de la position espagnole sur le Sahara occidental, rompant avec des décennies de prudence diplomatique. Sur le plan économique, les relations bilatérales ont atteint des niveaux records, avec une présence croissante des entreprises espagnoles au Maroc et une intensification sans précédent des échanges commerciaux. Les ressortissants marocains ont également bénéficié de plusieurs facilités spécifiques, notamment dans les domaines de la mobilité et de la coopération administrative. Aucun autre pays de la rive sud de la Méditer...

Ceuta et Melilla : le mythe de la « dépendance » espagnole et la réalité de la stratégie marocaine

À entendre certains discours au Maroc, Ceuta et Melilla apparaissent comme des enclaves espagnoles dont l'avenir serait déjà scellé par la géographie : deux villes européennes situées sur le littoral nord-africain, entourées par le territoire marocain et condamnées, tôt ou tard, à rejoindre leur environnement naturel. Cette lecture possède une force symbolique indéniable. Elle nourrit l'imaginaire national et s'inscrit dans un récit politique largement relayé dans l'espace médiatique marocain. Pourtant, lorsqu'on confronte ce discours aux réalités diplomatiques et stratégiques, l'image se révèle bien plus nuancée. Car, malgré une revendication historique régulièrement réaffirmée, le Maroc n'a jamais déployé une stratégie internationale comparable à celle qu'il consacre à d'autres dossiers jugés prioritaires. En pratique, Rabat entretient la revendication, mais privilégie une relation pragmatique avec Madrid, fondée sur des intérêts mutuels et une coo...

Ambitions expansionnistes marocaines sur le territoire algérien pendant la guerre d'Algérie : Analyse d'un document des services de renseignement français de 1957

Un document des services de renseignement français, daté du 16 décembre 1957, révèle les ambitions expansionnistes du Maroc vis-à-vis de l'Algérie en pleine guerre d'indépendance. Ce document éclaire d'un jour nouveau les relations complexes entre les deux pays et contredit en partie le récit historique enseigné en Algérie, qui met en avant un soutien inconditionnel du Maroc à la révolution algérienne. Dans la version officielle de l'histoire de la guerre d'Algérie, telle qu'elle est présentée dans les écoles algériennes, le Maroc, sous le règne de Mohamed V, est décrit comme un allié déterminé de la lutte pour l'indépendance algérienne. Cette narration souligne l'unité des peuples marocain et algérien dans leur combat contre le colonialisme français. Il est vrai que les révolutionnaires algériens ont initialement perçu leur lutte comme faisant partie d'un mouvement plus large de libération maghrébine (Tunisie – Algérie – Maroc). L'attaque du Nor...

Le Maroc, gendarme rémunéré de l’Europe : anatomie d’une rente migratoire

L’affirmation selon laquelle le Maroc ne jouerait pas le rôle de « gendarme de l’Europe » résiste difficilement à l’examen des faits. Depuis plus d'une décennie, l’Union européenne investit massivement dans le renforcement des capacités marocaines de contrôle des frontières, mobilisant des centaines de millions d’euros au titre de la gestion migratoire, dont une part prépondérante est consacrée aux dispositifs sécuritaires. Ces financements ne relèvent ni du hasard ni de la philanthropie. Ils s’inscrivent dans une stratégie clairement assumée d’externalisation du contrôle migratoire européen, faisant du Maroc l’un des piliers de la politique de containment des flux migratoires aux portes du continent. Rabat est ainsi devenu un partenaire incontournable d’un dispositif dont l’objectif premier est de maintenir la pression migratoire à distance des frontières européennes. À l’opposé, l’Algérie ne bénéficie d’aucun mécanisme comparable. Elle ne perçoit aucun financement européen dédié ...

Ceuta : quand le récit médiatique français éclipse les véritables enjeux de la crise

La crise migratoire de Ceuta constitue bien davantage qu'un simple épisode de pression migratoire aux frontières de l'Europe. Elle s'inscrit au croisement des relations complexes entre le Maroc, l'Espagne et, indirectement, l'Algérie. Pourtant, une partie du traitement médiatique observé en France semble avoir délaissé l'analyse des mécanismes politiques et géopolitiques ayant conduit à cette situation pour concentrer l'attention sur un autre sujet : la supposée responsabilité algérienne. Cette orientation du débat soulève une question fondamentale : pourquoi certains médias ont-ils davantage insisté sur l'origine présumée des migrants que sur les circonstances ayant rendu possible leur arrivée massive à Ceuta ? Une crise avant tout liée aux rapports de force entre Madrid et Rabat L'arrivée massive de migrants à Ceuta ne s'est pas produite dans un vide politique. Cet épisode est intervenu dans un contexte marqué par de fortes tensions diplomatiqu...