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Incendies de Jijel : l'heure de l'unité nationale, le temps du bilan viendra

L'Algérie est en deuil.

De Jijel à Skikda, de Béjaïa à d'autres régions touchées par les flammes, des familles pleurent aujourd'hui leurs proches, des villages entiers portent les stigmates du feu, des maisons ont disparu, des terres agricoles ont été détruites et des vies ont été brisées en quelques heures.

Face à une telle tragédie, l'une des plus graves que notre pays ait connues ces dernières années, la première réaction doit être celle du cœur avant celle de la controverse. Nos pensées vont aux victimes, aux blessés, aux familles endeuillées, aux habitants qui ont tout perdu, mais aussi aux éléments de la Protection civile, aux agents des forêts, aux militaires, aux gendarmes, aux médecins, aux bénévoles et à tous ces Algériens anonymes qui se battent jour et nuit pour sauver des vies.

Dans l'épreuve, l'Algérie montre une nouvelle fois ce qu'elle a de plus précieux : son peuple.

Comme lors des grandes épreuves de notre histoire, des milliers de citoyens se sont spontanément mobilisés. Des convois d'aide sont partis de toutes les wilayas. Des jeunes ont parcouru des centaines de kilomètres pour apporter de l'eau, de la nourriture, des médicaments et du réconfort. Cette solidarité n'est pas seulement un réflexe humanitaire. Elle est l'expression d'une fraternité nationale forgée par l'histoire, le sacrifice et le sentiment profond d'appartenir à une même nation.

C'est dans ce contexte particulièrement douloureux qu'Abdelaziz Rahabi et Akram Kherief ont livré leurs analyses sur les incendies et leurs conséquences.

Leurs interrogations sont légitimes. Leurs réflexions méritent d'être entendues. Mais le moment impose aussi une hiérarchie des priorités.

Aujourd'hui, alors que certaines familles enterrent encore leurs morts, l'heure n'est pas à la division des Algériens ni à la transformation immédiate du drame en combat politique. L'heure est à l'unité nationale.

Abdelaziz Rahabi : une catastrophe qui doit être traitée comme une affaire d'État

Pour Abdelaziz Rahabi, l'ampleur exceptionnelle des incendies, leur simultanéité et leur concentration dans plusieurs régions soulèvent des interrogations sérieuses sur l'existence éventuelle d'actes criminels.

Selon lui, les incendies de grande ampleur ne peuvent plus être considérés comme de simples épisodes climatiques. Dans un monde où les catastrophes peuvent être instrumentalisées et exploitées à des fins de déstabilisation, ils deviennent un véritable enjeu stratégique et doivent être traités comme une affaire d'État.

Cependant, Rahabi ne limite pas son analyse à cette seule hypothèse.

Il rappelle que les changements climatiques aggravent les risques d'incendie et souligne également les insuffisances qui ont pu exister dans plusieurs domaines :

  • la prévention des risques majeurs ;
  • la gestion et la protection du patrimoine forestier ;
  • l'aménagement du territoire ;
  • l'habitat rural ;
  • l'exploitation des enseignements tirés des catastrophes passées.

Son message est clair : une nation forte n'est pas une nation qui prétend ne jamais commettre d'erreurs. C'est une nation capable de regarder lucidement ses faiblesses pour devenir plus forte demain.

Akram Kherief : la solidarité ne doit pas empêcher le bilan

Akram Kherief adopte une approche davantage centrée sur le fonctionnement des institutions.

Tout en saluant la formidable mobilisation populaire, il estime que la solidarité nationale ne doit pas se substituer à l'évaluation de la préparation des pouvoirs publics.

Il appelle à un examen approfondi de plusieurs questions :

  • les causes exactes des départs de feu ;
  • les conditions de leur propagation ;
  • les dispositifs d'alerte ;
  • les procédures d'évacuation ;
  • la coordination des secours ;
  • l'état des infrastructures forestières ;
  • l'information transmise aux populations ;
  • l'application des dispositions légales relatives à la prévention des catastrophes.

Kherief met également en garde contre les conclusions hâtives. Selon lui, il faut éviter autant les théories présentées comme des certitudes avant la fin des enquêtes que les interprétations idéologiques ou religieuses qui détournent l'attention des réalités concrètes.

Son objectif est de faire en sorte qu'une catastrophe aussi douloureuse produise demain des améliorations réelles dans la prévention et la gestion des risques.

Un constat partagé : l'Algérie devra tirer toutes les leçons de cette tragédie

Malgré leurs différences d'approche, Abdelaziz Rahabi et Akram Kherief se rejoignent sur plusieurs points essentiels.

Tous deux considèrent que cette catastrophe dépasse le cadre d'un simple épisode estival.

Tous deux estiment que les causes doivent être établies avec rigueur.

Tous deux considèrent que l'examen des dispositifs de prévention sera inévitable.

Tous deux pensent que l'expérience douloureuse de 2026 doit servir à renforcer la protection des citoyens.

Sur le fond, leurs analyses ne sont donc pas incompatibles.

Là où les sensibilités divergent, c'est sur le moment où ce débat doit s'imposer dans l'espace public.

Aujourd'hui, l'Algérie doit d'abord se tenir aux côtés de ses victimes

Pour ma part, je considère que ces questions sont légitimes, mais que leur place centrale viendra plus tard.

Nous vivons aujourd'hui une catastrophe nationale d'une ampleur exceptionnelle. Des dizaines de familles ont perdu un père, une mère, un enfant, un frère ou une sœur. Des centaines de personnes ont vu disparaître en quelques heures le fruit du travail de toute une vie. Les pertes humaines sont immenses. Les dégâts matériels se compteront probablement en milliards de dollars.

Dans un tel contexte, la priorité absolue doit être l'humain.

La priorité doit être :

  • le secours aux populations ;
  • l'accompagnement des familles endeuillées ;
  • la prise en charge des blessés ;
  • la recherche d'éventuels disparus ;
  • l'aide aux sinistrés ;
  • la reconstruction des zones touchées ;
  • la mobilisation de toutes les forces de la nation.

Le peuple algérien a déjà commencé à montrer le chemin.

Partout dans le pays, des femmes et des hommes se mobilisent sans attendre de récompense ni de reconnaissance. Ils agissent parce que des Algériens souffrent. Ils agissent parce qu'ils considèrent que la douleur de Jijel est la douleur de toute l'Algérie.

C'est précisément dans ces moments que l'on mesure la grandeur d'une nation.

L'unité aujourd'hui, la vérité demain

Lorsque les incendies seront définitivement maîtrisés, lorsque les familles auront été accompagnées dans leur deuil et lorsque l'urgence sera passée, alors viendra le temps du bilan.

Et ce bilan devra être complet.

Il faudra comprendre ce qui s'est passé.

Il faudra déterminer les causes exactes des incendies.

Il faudra établir les responsabilités éventuelles.

Il faudra identifier les dysfonctionnements.

Il faudra renforcer les moyens de prévention et de protection.

Il faudra tirer toutes les leçons de cette tragédie pour que jamais une telle catastrophe ne puisse se reproduire avec la même ampleur.

Mais aujourd'hui, l'Algérie a besoin d'autre chose.

Elle a besoin de recueillement.

Elle a besoin de solidarité.

Elle a besoin d'unité.

Car face aux flammes qui ont frappé Jijel et d'autres régions du pays, il n'y a ni Est ni Ouest, ni Nord ni Sud. Il n'y a qu'une seule communauté de destin : la Nation algérienne.

Le temps des enquêtes et des comptes viendra. Aujourd'hui, le devoir le plus noble est de soutenir les victimes, d'honorer la mémoire des disparus et de faire bloc autour de notre pays. Dans l'épreuve comme dans les plus grandes pages de son histoire, l'Algérie se relève toujours lorsqu'elle reste unie.



Belgacem Merbah

 

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