Accéder au contenu principal

Val-de-Reuil : des propos racistes avérés d’un adjoint au maire, le silence de la mairie scandalise

La ville de Val‑de‑Reuil traverse aujourd’hui une séquence grave, qui engage directement la responsabilité morale et politique de son exécutif municipal. En cause : des propos à caractère explicitement raciste tenus publiquement sur le réseau X (ex‑Twitter) par Lahsaine Aït Baba, adjoint au maire socialiste Marc‑Antoine Jamet, à l’encontre des Algériens.

Les faits ne prêtent à aucune confusion. Les messages ont été conservés, archivés, documentés et largement diffusés. Il ne s’agit ni d’un malentendu, ni d’une interprétation excessive : les propos existent, ils sont établis et pleinement assumés par leur auteur.

Une insulte raciale assumée

Dans l’un de ses messages, Lahsaine Aït Baba a qualifié des Algériens de « kouloughli », terme lourdement chargé d’une histoire politique et idéologique, utilisé de longue date comme insulte raciale par certains milieux royalistes marocains dans une entreprise de dénigrement identitaire.

Ce mot n’est ni neutre ni anodin. Il relève d’une rhétorique de stigmatisation visant à essentialiser, humilier et délégitimer tout un peuple dans ce qu’il est et dans ce qu’il représente.

Employée par un élu de la République, cette expression constitue une faute politique majeure, une offense à la dignité humaine et une atteinte frontale aux principes d’égalité et de fraternité qui fondent l’ordre républicain.


Une réponse municipale hors‑sol et déconnectée de la gravité des faits

À la suite de la polémique, le maire de Val‑de‑Reuil, Marc‑Antoine Jamet, a publié une déclaration d’ordre général :

Le racisme ? Un crime. La xénophobie ? Une ignominie. Le chauvinisme ? De la bêtise. J’ai vécu en Algérie, travaillé au Maroc. J’aime les deux. Autant et différemment. Parce qu’ils sont égaux et différents. C’est la seule réponse qui vaille en France, en Normandie. 

Si ce message se veut universaliste et rassembleur, il apparaît, aux yeux de nombreux Algériens et Franco‑Algériens — notamment ceux résidant à Val‑de‑Reuil — comme profondément insuffisant.

Car cette déclaration ne condamne pas explicitement les propos racistes incriminés, ne nomme ni les faits ni leur auteur, et ne comporte aucun désaveu clair à l’encontre de l’adjoint mis en cause. Face à un acte raciste avéré, l’invocation abstraite de principes généraux ne saurait se substituer à une réponse politique ferme, précise et responsable.

Plus grave encore, aucune mesure concrète n’a été annoncée :

  • ni sanction politique,
  • ni enquête interne,
  • ni parole d’apaisement directement adressée à la communauté visée.

Ce décalage entre la gravité des faits et la légèreté de la réponse est perçu comme une esquive. Pour beaucoup, il s’agit d’un refus assumé d’endosser la responsabilité politique qu’implique un tel manquement au sein de l’exécutif municipal.

Colère citoyenne et verrouillage institutionnel

L’indignation a été immédiate. De nombreux Franco‑Algériens de Val‑de‑Reuil ont légitimement exigé explications, excuses et sanctions. Courriers, interpellations publiques et messages citoyens ont afflué vers la mairie.

La réponse institutionnelle, elle, s’est révélée atone. Non seulement le maire n’a pas condamné les propos de son adjoint ni annoncé la moindre mesure, mais des citoyens algériens ou d’origine algérienne ont vu leurs comptes bloqués après avoir simplement demandé justice et clarté.

Ce choix du silence, doublé d’une censure ciblée, équivaut à une validation tacite. Il installe un climat d’impunité délétère pour la cohésion sociale et indigne d’une municipalité se réclamant des valeurs républicaines et progressistes.


Une dérive inquiétante, loin d’être isolée

Cette affaire ne saurait être réduite à un simple dérapage individuel. Elle s’inscrit dans une série préoccupante de précédents où des élus ou personnalités politiques d’origine marocaine se permettent des propos hostiles, voire ouvertement racistes, à l’égard des Algériens, sans jamais être rappelés à l’ordre.

Le cas de Nadia Belaouni reste dans les mémoires : lors de discussions publiques sur X (Spaces), des propos explicitement racistes ont été tenus sans qu’elle ne prenne la moindre distance ni ne formule la plus élémentaire condamnation. Le silence répété face à ces dérives cesse d’être une négligence ; il devient un mode opératoire.


Une responsabilité politique non négociable

Il ne peut exister deux poids, deux mesures face au racisme. Lorsqu’un élu tient des propos haineux, la sanction politique n’est ni une option ni un confort moral : elle est une obligation républicaine.

En l’état :

  • les propos racistes de Lahsaine Aït Baba sont établis et documentés ;
  • la mairie de Val‑de‑Reuil refuse d’en assumer les conséquences ;
  • le maire choisit le verrouillage du débat et le déni plutôt que la transparence et l’exemplarité.

Le message envoyé est limpide : le racisme peut prospérer lorsqu’il vise certaines communautés.


L’exigence de justice et d’exemplarité

Les élus n’exercent pas un droit d’opinion ordinaire. Ils incarnent la République. Un adjoint au maire qui insulte une communauté perd, de fait, la dignité inhérente à sa charge.

Les citoyens de Val‑de‑Reuil, quelles que soient leurs origines, sont en droit d’exiger :

  • une condamnation publique et explicite des propos tenus ;
  • des sanctions politiques claires et visibles ;
  • la fin de toute politique de censure à l’encontre de ceux qui dénoncent le racisme.

À défaut, cette affaire restera comme le symbole d’un renoncement aux principes républicains, et d’un silence coupable face à un racisme assumé.



Par Belgacem Merbah



Commentaires

  1. لازم الجالية الجزائرية والسلطات الجزائرية في فرنسا ترفع عليه قضية قذف واشهار وسب وعنصرية اتجاه جالية الجزائر ،لا مسامحة

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

La CIA déclassifie un document qui permet de comprendre les véritables motivations du Maroc dans la guerre des sables de 1963

Le 23 août 1957, un document confidentiel de la CIA a été rédigé, dévoilant des éléments cruciaux sur la politique française vis-à-vis de l’Algérie, alors en pleine guerre d’indépendance. Récemment déclassifié, ce document éclaire d’un jour nouveau les intentions de la France concernant les zones pétrolifères sahariennes et ses stratégies post-indépendance. À travers des manœuvres diplomatiques, économiques et géopolitiques, Paris cherchait à préserver son contrôle sur cette région stratégique. Un Sahara Algérien Indispensable à la France Selon ce document, la France considérait le Sahara algérien comme un territoire d’une importance capitale, non seulement pour ses ressources pétrolières et gazières, mais aussi pour son positionnement stratégique en Afrique du Nord. Dans cette optique, Paris envisageait de maintenir coûte que coûte sa mainmise sur la région, en la dissociant administrativement du reste de l’Algérie. Cette politique s’est concrétisée en 1957 par la création de deux dép...

Le Mythe du Soutien Marocain à la Révolution Algérienne : Une Histoire de Calculs et d’Opportunisme

L’histoire des relations entre le Maroc et la Révolution algérienne est souvent déformée par une propagande soigneusement entretenue par le régime marocain. Cette version des faits présente Mohamed V comme un allié indéfectible du peuple algérien dans sa lutte pour l’indépendance. Pourtant, une analyse minutieuse des événements démontre que ce soutien n’était ni désintéressé, ni motivé par une réelle solidarité. Il s’agissait avant tout d’un levier diplomatique visant à consolider le pouvoir du souverain marocain et à servir les ambitions territoriales du royaume chérifien. Un Soutien Dicté par des Intérêts Stratégiques Lorsque la Guerre d’Algérie éclate en 1954, le Maroc, fraîchement indépendant depuis 1956, se trouve dans une position délicate. Mohamed V cherche à asseoir son autorité dans un pays encore fragile, marqué par des tensions internes et des incertitudes quant à son avenir politique. Dans ce contexte, le soutien à la lutte algérienne contre la France devient un outil de...

Rima Hassan et la trahison du Sahara occidental : une gifle à l’Algérie et à son peuple

Rima Hassan vient de franchir une ligne rouge. Après avoir longtemps soutenu la cause sahraouie, symboliquement liée à la lutte palestinienne, elle a annoncé sur Instagram qu’elle prenait ses distances avec ce combat et soutenait désormais la position marocaine sur le Sahara occidental . Pour les Algériens, cette volte-face n’est pas une simple opinion : c’est une trahison pure et simple. Cette volte-face est d’autant plus étonnante que Rima Hassan a construit sa légitimité académique sur une thèse portant sur les camps de réfugiés sahraouis. Aujourd’hui, elle embrasse la rhétorique officielle marocaine. En reniant ses convictions — si tant est qu’elles aient été sincères — elle tourne également le dos à son engagement pour la Palestine , car les acteurs impliqués dans l’occupation du Sahara occidental sont les mêmes que ceux engagés dans celle de la Palestine .   Une question de sécurité nationale trahie La cause sahraouie dépasse le cadre d’un débat politique ou humanitaire. El...