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La guerre en Iran… et pourquoi le Maroc en est le plus grand perdant

À première vue, toute guerre qui éclate en Iran peut sembler géographiquement éloignée du Maroc, sans lien direct ni implication militaire. Pourtant, une lecture géopolitique approfondie révèle une tout autre réalité. Les grandes guerres ne se mesurent pas uniquement par les champs de bataille, mais par les recompositions stratégiques qu’elles provoquent, les alliances qu’elles révèlent et les illusions qu’elles dissipent. De ce point de vue, le Maroc apparaît, paradoxalement, comme l’un des principaux perdants politiques et stratégiques de toute escalade militaire visant l’Iran.

I. L’effondrement du pari de la « fonction géopolitique »

Ces dernières années, le Maroc a construit une partie significative de sa politique étrangère autour d’un rôle fonctionnel au service de certaines puissances occidentales, notamment à travers :

  • la mise en avant de la « menace iranienne » en Afrique,
  • la diabolisation du « croissant chiite »,
  • l’alignement narratif sur les discours de sécurité occidentaux et israéliens.

Or, une guerre ouverte ou un conflit majeur impliquant directement l’Iran réduit à néant ce positionnement. Lorsque l’affrontement devient direct, les puissances centrales n’ont plus besoin d’intermédiaires ni de relais régionaux. Les États « fonctionnels » sont marginalisés, leurs services devenant superflus. Le Maroc se retrouve alors hors jeu, après avoir livré ses cartes sans obtenir de contreparties stratégiques durables.


II. La mise à nu du mirage des alliances occidentales

Le Maroc a beaucoup misé sur l’idée qu’un alignement total avec l’axe occidental‑israélien lui garantirait :

  • un soutien inconditionnel,
  • une légitimité politique pérenne,
  • une protection stratégique durable.

La guerre en Iran rappelle pourtant une loi immuable des relations internationales :
les alliances ne sont ni morales ni permanentes, elles sont purement fondées sur l’intérêt et réversibles.

En situation de crise majeure, les grandes puissances privilégient leurs propres priorités :

  • sécurité énergétique,
  • protection de leurs bases,
  • stabilité des marchés mondiaux.

Les dossiers périphériques auxquels le Maroc a lié son destin stratégique deviennent secondaires, négociables ou simplement mis en sommeil.


III. S’aliéner des puissances montantes sans capacité d’absorption du choc

Le Maroc a adopté des positions ouvertement hostiles à l’égard de l’Iran et de ses alliés, sans disposer :

  • d’une profondeur stratégique réelle,
  • d’une autonomie décisionnelle solide,
  • ni de capacités militaires ou diplomatiques permettant d’assumer les conséquences d’une telle hostilité.

En parallèle, les tensions autour de l’Iran ont montré que ce pays :

  • est un acteur d’envergure internationale,
  • dispose de leviers asymétriques puissants,
  • et peut influencer plusieurs domaines clés (énergie, navigation maritime, alliances indirectes).

Résultat : le Maroc se met inutilement en confrontation avec une puissance qu’il n’a aucun intérêt stratégique à provoquer et qu’il ne peut contenir.


IV. Des conséquences économiques lourdes et mal anticipées

Toute guerre touchant l’Iran entraîne mécaniquement :

  • des perturbations majeures sur les marchés de l’énergie,
  • une hausse des coûts du transport et des assurances,
  • des tensions sur le commerce mondial.

Pour un pays souffrant déjà :

  • d’une forte dépendance énergétique,
  • de fragilités sociales structurelles,
  • d’un déficit commercial chronique,

l’impact est forcément amplifié. Plus préoccupant encore : le Maroc ne dispose ni d’une véritable souveraineté énergétique ni d’alternatives économiques solides capables d’absorber un tel choc.


V. Le contraste révélateur avec les États ayant choisi la neutralité

Face aux grandes crispations internationales, plusieurs puissances régionales ont opté pour :

  • la retenue diplomatique,
  • la diversification de leurs partenariats,
  • une logique d’équilibre plutôt que d’alignement.

Le Maroc, lui, a fait le choix d’un ralliement sans réserve, se privant de toute marge de manœuvre. Or, dans les périodes de crise majeure, la neutralité stratégique est souvent une force, tandis que l’alignement aveugle devient un fardeau.


Conclusion

La guerre en Iran — indépendamment de ses développements militaires — constitue un test implacable pour les États ayant fondé leur politique étrangère sur la délégation stratégique plutôt que sur la souveraineté, sur le loyalisme plutôt que sur l’intérêt national.

De ce point de vue, le Maroc figure parmi les grands perdants :

  • perte d’autonomie politique,
  • implication dans des conflits étrangers à ses intérêts vitaux,
  • investissements diplomatiques dans des alliances qui n’offrent aucune garantie dans les moments décisifs.

En géopolitique, la pire des défaites n’est pas la destruction, mais l’erreur de jugement.



Par Belgacem Merbah



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