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Camps de réfugiés sahraouis de Tindouf : pourquoi la rumeur d’un “ordre de démantèlement” est une fake news juridiquement absurde

L’idée selon laquelle une personnalité étrangère – en l’occurrence Massad Boulos, sans statut décisionnel au sein des Nations unies – aurait « ordonné » à l’Algérie de démanteler les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf repose sur une double absurdité :

  1. aucune compétence juridique internationale,
  2. aucune base textuelle dans le droit onusien.

Aucun mécanisme des Nations unies ne permet à un acteur politique, étatique ou non, d’exiger unilatéralement le démantèlement de camps de réfugiés installés sur le territoire souverain d’un État hôte, en dehors d’un cadre légal strict fondé sur le consentement des réfugiés eux‑mêmes et des agences compétentes (HCR principalement). 


1. Que dit réellement la résolution 2797 (2025) ?

La résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025, poursuit deux objectifs précis :

  • le renouvellement du mandat de la MINURSO jusqu’en octobre 2026 ;
  • l’encouragement à une solution politique négociée qualifiée de « juste, durable et mutuellement acceptable ».

Le texte ne contient aucune disposition – explicite ou implicite – évoquant le démantèlement des camps de réfugiés sahraouis, ni à Tindouf ni ailleurs. Au contraire, la résolution exprime une préoccupation humanitaire concernant la situation des réfugiés et appelle à un renforcement de l’aide internationale tout en réitérant les demandes de financement au profit des populations réfugiées. 

Assimiler cette résolution à un feu vert pour la fermeture des camps relève donc d’une manipulation grossière du texte onusien.


2. Le droit international des réfugiés interdit tout démantèlement forcé

Selon la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et son Protocole de 1967, un réfugié ne peut faire l’objet :

  • ni de retour forcé (non‑refoulement),
  • ni de déplacement imposé vers une zone où sa sécurité juridique, politique ou physique n’est pas garantie. 

Démanteler des camps sans :

  • solution politique durable,
  • garanties de sécurité,
  • consentement libre et éclairé des réfugiés,

constituerait une violation caractérisée du droit international, engageant à la fois la responsabilité de l’État hôte et celle de la communauté internationale.


3. Le rôle de l’Algérie : État hôte, pas autorité d’expulsion

L’Algérie agit depuis plus de 50 ans comme État hôte, en coopération avec :

  • le HCR,
  • le PAM,
  • l’UNICEF,
  • et d’autres agences onusiennes.

Les camps de Tindouf sont officiellement reconnus comme une situation de réfugiés prolongée, l’une des plus anciennes au monde, et font l’objet de plans humanitaires pluriannuels validés par l’ONU, y compris pour la période 2026–2027

Aucune de ces agences n’a jamais recommandé – ni même envisagé – un démantèlement administratif des camps en dehors d’une solution politique garantie, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.


4. Démanteler les camps sans solution politique : un non‑sens juridique et humain

Le principe fondamental du droit des réfugiés est clair : les camps ne sont pas un choix politique, mais une conséquence du conflit non résolu.

Tant que :

  • la question du Sahara occidental reste pendante,
  • le droit à l’autodétermination n’est pas clairement exercé,
  • et les garanties de retour ou d’intégration ne sont pas établies,

les camps continuent d’exister par nécessité, non par idéologie. 

Les fermer par décret ou injonction médiatique reviendrait à déplacer le problème au lieu de le résoudre.


5. Une fake news révélatrice d’une stratégie de désinformation

Ce type d’allégation s’inscrit dans une logique connue :

  • créer l’illusion d’un basculement diplomatique,
  • suggérer une capitulation algérienne imaginaire,
  • instrumentaliser le droit international à des fins de guerre narrative.

Or, aucune transformation majeure du cadre juridique onusien n’a eu lieu malgré les débats autour de la résolution 2797. Les fondements du droit des réfugiés demeurent inchangés.


6. Conclusion

L’affirmation selon laquelle la résolution 2797 impliquerait le démantèlement des camps de réfugiés sahraouis de Tindouf est :

  • fausse juridiquement,
  • infondée textuellement,
  • dangereuse humainement.

Elle contredit à la fois :

  • le droit international des réfugiés,
  • le mandat du HCR,
  • et le contenu réel des décisions du Conseil de sécurité.

Aucune résolution des Nations unies n’a jamais ordonné, ni même envisagé, la fermeture forcée des camps de Tindouf.



Par Belgacem Merbah



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