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Liamine Zéroual : le président des heures sombres, l’homme de l’honneur et du sacrifice

L’Algérie vient de perdre l’un de ses fils les plus dignes.

Ce samedi 28 mars 2026, le général Liamine Zéroual, moudjahid, ancien président de la République et serviteur loyal de la Nation, s’est éteint à l’âge de 84 ans. Trois jours de deuil national ont été décrétés. Le drapeau est en berne. Mais au-delà des symboles officiels, c’est le cœur de millions d’Algériens qui est aujourd’hui lourd, silencieux, habité par le souvenir d’années de feu, de sang et de peur.

Liamine Zéroual n’était pas un président comme les autres. Il était l’homme des moments impossibles, celui qui a accepté de tenir la barre quand le navire algérien menaçait de sombrer.

Un moudjahid avant d’être un président

Né le 3 juillet 1941 à Batna, au cœur des Aurès indomptables, Liamine Zéroual rejoint très jeune — à seulement 16 ans — les rangs de l’Armée de libération nationale. Ce choix fondateur n’était ni opportuniste ni symbolique : il était existentiel. Comme toute sa génération, il a fait le serment du sacrifice pour que l’Algérie vive libre.

C’est dans la rigueur du combat, au contact direct de la violence coloniale, que se forge son caractère : austère, droit, réfractaire à la compromission.

Après l’indépendance, il poursuit son engagement au sein de l’Armée nationale populaire, se formant au Caire, à Moscou, puis à Paris, avant de gravir un à un les échelons de l’institution militaire. Commandant d’écoles prestigieuses, chef de régions stratégiques, général puis chef des forces terrestres, Zéroual connaît l’ANP de l’intérieur, dans sa profondeur, sa complexité et ses responsabilités.

Face au terrorisme : l’État debout

Lorsque Liamine Zéroual accède aux plus hautes fonctions de l’État, l’Algérie est à genoux. Le terrorisme islamiste ensanglante le pays, détruit des familles entières, s’attaque à l’école, à l’armée, aux intellectuels, aux simples citoyens. L’État vacille. La peur est partout.

Zéroual choisit alors la voie la plus difficile : ni la capitulation, ni la vengeance aveugle. Oui, il a vaincu le terrorisme par la force, en lançant des opérations militaires majeures qui ont brisé l’élan des groupes armés et restauré l’autorité de l’État. Mais il a aussi compris — avant beaucoup d’autres — qu’une victoire durable ne pouvait être uniquement sécuritaire.

C’est dans cet esprit que s’inscrivent les échanges de Djenan El Moufti, amorçant un dialogue encadré, lucide, sans naïveté, qui ouvrira plus tard la voie au processus de réconciliation nationale. Là où certains ne voyaient que des armes, Zéroual voyait aussi la nécessité de refermer la plaie profonde ouverte dans le corps de la Nation.

Un président élu, un pouvoir jamais confisqué

En Novembre 1995, au plus fort de la décennie noire, Liamine Zéroual remporte l’élection présidentielle, la première élection multicandidat de l’histoire de l’Algérie indépendante. Malgré les menaces, malgré le boycott, le peuple se déplace massivement. C’est un acte de résistance civique.

Son mandat est marqué par une nouvelle Constitution approuvée par référendum, par des élections législatives pluralistes et par une volonté affichée de bâtir une légitimité institutionnelle solide dans un pays exsangue.

Et puis, fait suffisamment rare pour être souligné avec force, il part.

Il renonce au pouvoir avant la fin de son mandat. Sans s’accrocher, sans chercher d’artifices constitutionnels, sans instrumentaliser l’armée ou la rue. Il part parce qu’il estime que l’Algérie doit continuer sans lui.

Ce geste, à lui seul, le distingue à jamais.

La dignité du silence

Après 1999, Liamine Zéroual se retire. Pas de fondation, pas de tribune permanente, pas de réseaux d’influence. Deux décennies de silence, de retenue, de hauteur. En 2019, au moment du Hirak, il refuse de servir de caution à une transition de façade. Fidèle à lui-même jusqu’au bout.

Aujourd’hui, ceux qui ont vécu ces années tragiques savent.
Ils savent ce que cela coûtait de gouverner quand chaque matin apportait son lot de morts. Ils savent ce que cela signifiait de tenir l’État debout quand d’autres rêvaient de le voir s’effondrer.

La disparition de Liamine Zéroual n’est pas seulement celle d’un ancien président.
C’est celle d’un repère moral, d’un homme d’honneur, d’un patriote sincère qui n’a jamais trahi ni sa parole, ni son pays.

Que Dieu lui accorde Sa miséricorde infinie.
رحمه الله وأسكنه فسيح جناته

L’Algérie n’oubliera pas.

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