Accéder au contenu principal

Madrid, février 2026 : une séquence diplomatique qui complique davantage la position marocaine

Les consultations tenues à Madrid autour du dossier du Sahara occidental, sous pilotage direct des États‑Unis, ouvrent une nouvelle phase diplomatique dont les implications dépassent largement le format habituel du processus onusien. Les informations provenant de multiples médias espagnols, africains et internationaux confirment que les négociations organisées dans les locaux de l’ambassade américaine dans la capitale espagnole ont marqué un tournant important dans la dynamique du conflit. 

1. Un cadre diplomatique inédit : Washington prend la main

Depuis l’automne 2025, Washington a progressivement écarté l’ONU de son rôle de chef d’orchestre pour s’imposer comme l’acteur central du dossier. Plusieurs sources soulignent que ces consultations madrilènes constituent la deuxième étape d’un processus lancé discrètement à Washington deux semaines auparavant, preuve d’une volonté américaine d’accélérer la résolution du conflit. 

La rencontre du 8 février 2026 réunit quatre délégations – Maroc, Algérie, Mauritanie et Front Polisario – toutes représentées à haut niveau. À la manœuvre :

  • Massad Boulos, émissaire spécial de Donald Trump pour l’Afrique,
  • Michael Waltz, ambassadeur américain auprès de l’ONU.

La présence de l’envoyé onusien Staffan de Mistura n’a été qu’« observationnelle », signe clair que Washington dicte désormais le tempo. 

2. La création d’un comité technique international : un revers pour Rabat

Bien que cette information émane de sources diplomatiques non encore confirmées dans la presse officielle, la dynamique générale des consultations, telle que décrite par plusieurs journaux, s’inscrit dans la logique de mécanismes techniques multilatéraux impliquant des experts et supervisés par Washington. Les analyses publiées par Afrik.com et TV5Monde montrent une tendance claire : les discussions se structurent autour d’approches juridiques, politiques et opérationnelles, loin des tentatives marocaines de cadrer le débat sur le seul plan d’autonomie. 

Un comité technique incluant l’Algérie, la Mauritanie, les États‑Unis et l’ONU s’inscrirait dans cette logique de multilatéralisation du dossier, ce que Rabat cherche depuis longtemps à éviter pour maintenir une négociation bilatérale avec le Polisario sous contrôle narratif marocain.



3. Le plan d’autonomie marocain remis sous pression

Le Maroc a présenté à Madrid une nouvelle version de son plan d’autonomie, portée à 40 pages, bien plus étoffée que l’initiative de 2007. Ce document, élaboré avec l’appui des services de renseignement et des conseillers royaux, vise à répondre aux exigences américaines.

Or, selon les sources espagnoles citées, cette version reste jugée insuffisante par les États‑Unis :

  • Washington estime qu’une véritable autonomie nécessiterait une réforme constitutionnelle au Maroc, un point politiquement sensible pour le régime.
  • L’option référendaire reste écartée du cadre imposé par les Américains, mais demeure la revendication centrale de l’Algérie et du Polisario. 

Cette situation place Rabat dans un équilibre délicat : accepter une autonomie plus profonde reviendrait à entamer l’architecture centralisée du pouvoir marocain ; refuser risquerait de braquer Washington, devenu désormais le principal arbitre.


4. L’Algérie toujours incontournable, malgré la stratégie américaine

Les articles d’Afrik.com et de plusieurs médias régionaux rappellent un élément que les consultations de Madrid ont confirmé : aucune solution ne peut émerger sans l’Algérie

Malgré la volonté américaine d’encadrer le débat autour du plan d’autonomie marocain, Alger maintient sa position :

  • la question du Sahara occidental est un dossier de décolonisation,
  • seule l’autodétermination constitue une base légitime,
  • tout processus doit rester dans un cadre onusien multilatéral.

La participation algérienne aux réunions secrètes montre toutefois un réalisme diplomatique : Alger assume son rôle, tout en rappelant les limites qu’elle n’est pas prête à franchir. 


5. Un climat de tension palpable

Les informations disponibles révèlent plusieurs signes de crispation :

  • Les délégations sahraouie et algérienne ont refusé une photo de groupe avec le Maroc, malgré l’insistance américaine.
  • Aucun communiqué final ni conférence de presse n’a été tenu, ce qui contraste avec les habitudes diplomatiques.

Ce silence médiatique reflète la complexité des divergences et la difficulté des Américains à obtenir un alignement minimal entre les parties.


6. Une prochaine étape déjà fixée à Washington

Selon plusieurs sources, la prochaine phase des négociations directes devrait se tenir à Washington en mai 2026, confirmant la volonté américaine d'internaliser entièrement le processus. Une troisième réunion y serait déjà planifiée. 

Pour Rabat, cela comporte un risque :

  • La centralité croissante de Washington peut réduire la marge de manœuvre marocaine ;
  • La présence systématique de l’Algérie dans ces formats rend plus difficile une approche unilatérale fondée sur le plan d’autonomie.


Conclusion : Une dynamique défavorable au Maroc

Les consultations de Madrid ont confirmé une évolution majeure :

  • Washington pilote désormais le dossier ;
  • les discussions deviennent plus techniques, plus multilatérales, et orientées vers des compromis juridiques plutôt que politiques ;
  • le plan d’autonomie marocain se retrouve challengé par les exigences américaines ;
  • l’Algérie s’impose, plus que jamais, comme acteur incontournable.

Dans ce nouveau paysage, la position marocaine apparaît plus fragile : la stratégie traditionnelle de Rabat – isoler le Polisario, marginaliser l’Algérie, et concentrer le débat sur son initiative d’autonomie – se heurte à un rapport de force diplomatique profondément reconfiguré.


Par Belgacem Merbah


 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La CIA déclassifie un document qui permet de comprendre les véritables motivations du Maroc dans la guerre des sables de 1963

Le 23 août 1957, un document confidentiel de la CIA a été rédigé, dévoilant des éléments cruciaux sur la politique française vis-à-vis de l’Algérie, alors en pleine guerre d’indépendance. Récemment déclassifié, ce document éclaire d’un jour nouveau les intentions de la France concernant les zones pétrolifères sahariennes et ses stratégies post-indépendance. À travers des manœuvres diplomatiques, économiques et géopolitiques, Paris cherchait à préserver son contrôle sur cette région stratégique. Un Sahara Algérien Indispensable à la France Selon ce document, la France considérait le Sahara algérien comme un territoire d’une importance capitale, non seulement pour ses ressources pétrolières et gazières, mais aussi pour son positionnement stratégique en Afrique du Nord. Dans cette optique, Paris envisageait de maintenir coûte que coûte sa mainmise sur la région, en la dissociant administrativement du reste de l’Algérie. Cette politique s’est concrétisée en 1957 par la création de deux dép...

Le Mythe du Soutien Marocain à la Révolution Algérienne : Une Histoire de Calculs et d’Opportunisme

L’histoire des relations entre le Maroc et la Révolution algérienne est souvent déformée par une propagande soigneusement entretenue par le régime marocain. Cette version des faits présente Mohamed V comme un allié indéfectible du peuple algérien dans sa lutte pour l’indépendance. Pourtant, une analyse minutieuse des événements démontre que ce soutien n’était ni désintéressé, ni motivé par une réelle solidarité. Il s’agissait avant tout d’un levier diplomatique visant à consolider le pouvoir du souverain marocain et à servir les ambitions territoriales du royaume chérifien. Un Soutien Dicté par des Intérêts Stratégiques Lorsque la Guerre d’Algérie éclate en 1954, le Maroc, fraîchement indépendant depuis 1956, se trouve dans une position délicate. Mohamed V cherche à asseoir son autorité dans un pays encore fragile, marqué par des tensions internes et des incertitudes quant à son avenir politique. Dans ce contexte, le soutien à la lutte algérienne contre la France devient un outil de...

Rima Hassan et la trahison du Sahara occidental : une gifle à l’Algérie et à son peuple

Rima Hassan vient de franchir une ligne rouge. Après avoir longtemps soutenu la cause sahraouie, symboliquement liée à la lutte palestinienne, elle a annoncé sur Instagram qu’elle prenait ses distances avec ce combat et soutenait désormais la position marocaine sur le Sahara occidental . Pour les Algériens, cette volte-face n’est pas une simple opinion : c’est une trahison pure et simple. Cette volte-face est d’autant plus étonnante que Rima Hassan a construit sa légitimité académique sur une thèse portant sur les camps de réfugiés sahraouis. Aujourd’hui, elle embrasse la rhétorique officielle marocaine. En reniant ses convictions — si tant est qu’elles aient été sincères — elle tourne également le dos à son engagement pour la Palestine , car les acteurs impliqués dans l’occupation du Sahara occidental sont les mêmes que ceux engagés dans celle de la Palestine .   Une question de sécurité nationale trahie La cause sahraouie dépasse le cadre d’un débat politique ou humanitaire. El...