Le Su‑34, fleuron de l’aviation de frappe russe, s’impose aujourd’hui comme le chasseur tactique opérationnel ayant la plus longue autonomie au monde, un statut confirmé par plusieurs analyses spécialisées parues en février 2026. Sa capacité à voler sur des distances comparables à celles de certains bombardiers stratégiques lui confère une flexibilité opérationnelle rare, allant de la permanence aérienne prolongée aux missions de pénétration profonde.
Une architecture héritée du Su‑27, optimisée pour l’endurance
Conçu à partir du Su‑27 — déjà le chasseur ayant la plus grande autonomie du bloc soviétique — le Su‑34 bénéficie d’un héritage structurel favorable. Plus lourd d’environ 50 %, intégrant davantage de matériaux composites et des moteurs AL‑31FM2 plus efficaces, l’appareil a vu son rayon d’action croître de manière significative. Là où le Su‑27 atteignait 4 000 km de ferry range avec carburant interne, le Su‑34 atteindrait 4 800 à 5 000 km, frôlant déjà la catégorie « intercontinentale », définie à plus de 5 500 km.
Des réservoirs externes rarement nécessaires, mais décisifs
Alors que les chasseurs occidentaux compensent des capacités internes plus limitées par l’usage répandu de réservoirs externes, les avions russes, et particulièrement la famille Su‑27/Su‑30/Su‑34, en utilisent très rarement. Leur capacité interne d’emport carburant — proche de 10 tonnes pour certaines variantes — rend en effet les réservoirs additionnels souvent superflus.
C’est ce qui rend notable l’apparition récente d’un Su‑34 équipé de trois réservoirs PTB‑3000 de 3 000 litres, une configuration exceptionnelle permettant d’atteindre une autonomie estimée à 8 000 km, soit environ la distance entre Moscou et Washington D.C. Bien que cette portée implique un profil sans manœuvres et sans armement, elle confirme que l’appareil peut être configuré pour des missions de portée véritablement intercontinentale.
Un appareil en évolution permanente
La flotte de Su‑34 continue de s’étendre malgré les pertes importantes enregistrées depuis 2022, notamment dans le cadre de la guerre en Ukraine. Les livraisons ont été régulières en 2024 et 2025, bien que le rythme peine à compenser les destructions documentées. Les sources estiment qu’au moins 26 Su‑34 ont été perdus depuis le début du conflit en février 2022, alors que quatre nouveaux appareils seulement ont été livrés en 2024.
Parallèlement à ces défis, Moscou poursuit l’intégration de nouvelles capacités. L’appareil a déjà vu arriver :
- des pods avancés de reconnaissance électronique, radar et optique,
- des armements de nouvelle génération, dont une version miniaturisée du missile de croisière Kh‑101/102 à la portée estimée de 5 500 km, opérationnelle depuis 2024 selon certaines sources.
Ces évolutions renforcent la capacité du Su‑34 à engager des cibles à très longue distance, même sans quitter l’espace aérien contrôlé par la Russie.
La concurrence chinoise et l’arrivée d’une nouvelle génération
Le statut du Su‑34 comme appareil tactique à ultra‑longue portée devrait toutefois être bientôt dépassé : les travaux en Chine sur un chasseur de 6e génération à très long rayon d’action, développé par Chengdu, indiquent qu’un modèle surpassant le Su‑34 en taille et en autonomie serait en cours de finalisation.
Cette tendance place la Russie devant la nécessité d’accélérer ses propres modernisations pour conserver son avance doctrinale dans le domaine du “strike longue distance”.
Vers une propulsion nouvelle : l’hypothèse de l’intégration de l’AL‑51F
Plusieurs analyses russes évoquent la possibilité que le Su‑34 bénéficie d’une future intégration du moteur AL‑51F/“Izdeliye 30”, conçu à l’origine pour le Su‑57M. Ce moteur de nouvelle génération est déjà en phase de tests avancés, comme le confirment les premières images officielles publiées en décembre 2024 et des vols d’essai réalisés en 2025. Il promet :
- une consommation réduite,
- une traction augmentée,
- des performances accrues en supercroisière,
- une maintenance allégée.
L'intégration d'un tel moteur transformerait profondément le profil du Su‑34 : l’appareil deviendrait capable non seulement d’effectuer des vols intercontinentaux, mais aussi de mener des missions de frappe stratégique prolongée sans dépendre systématiquement du ravitaillement en vol.
Certains observateurs estiment même que cette évolution pourrait amener le Su‑34 à être partiellement intégré au Commandement de l’Aviation à Longue Portée, jusqu’ici réservé aux bombardiers stratégiques russes.
Un impact stratégique pour les partenaires, notamment l’Algérie
L’amélioration continue du Su‑34 dépasse le seul cadre russe. L’Algérie, qui doit commencer à recevoir ses premiers exemplaires en 2026 selon les contrats connus, devrait bénéficier de ces modernisations. L’allongement de portée, l’intégration de nouveaux moteurs et l’arrivée d’armements de nouvelle génération pourraient lui conférer des capacités inédites dans la région euro‑méditerranéenne et au Sahel.
Conclusion : un chasseur-bombardier en voie de mutation stratégique
Le Su‑34 est en train de franchir une frontière doctrinale. Longtemps considéré comme un chasseur‑bombardier tactique lourd, il s’oriente progressivement vers des fonctions relevant traditionnellement de l’aviation stratégique. L’évolution de son autonomie, les perspectives de motorisation avancée et l’intégration croissante de systèmes de frappe à très longue portée en font aujourd’hui un modèle unique dans sa catégorie — et un vecteur clé des ambitions russes, tant militaires que géopolitiques.
Par Belgacem Merbah
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