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L’Algérie ne plie pas : elle fixe ses lignes rouges et avance

À lire certains commentaires publiés notamment par Le360, on croirait assister à l’effondrement diplomatique de l’Algérie. « Humiliations », « reculades », « nif cassé » : le vocabulaire est dramatique, le verdict expéditif, la jubilation à peine voilée.

Mais la diplomatie n’est pas un concours d’effets de manche. Et l’Algérie n’est pas un figurant dans la géopolitique régionale.
Ce que certains décrivent comme une série de défaites relève en réalité d’une stratégie claire : marquer les lignes rouges, ajuster les relations, préserver les intérêts nationaux.

La souveraineté d’abord : marquer le coup n’est pas rompre

Lorsqu’un partenaire adopte une position jugée hostile aux intérêts algériens — notamment sur la question du Sahara occidental — Alger proteste. Elle rappelle son ambassadeur. Elle suspend des accords. Elle gèle certains mécanismes de coopération.

Pourquoi ?
Parce qu’en diplomatie, le silence vaut consentement.

Marquer le coup, c’est refuser la banalisation.
Tracer une ligne rouge, c’est signaler que les choix ont des conséquences.

Mais protester ne signifie pas rompre définitivement.
Un État responsable n’agit ni par impulsion ni par orgueil blessé. Il agit selon un calcul d’intérêts.

Chaque pays est libre de mener la politique qu’il souhaite.
L’Algérie est libre de traiter chaque pays en conséquence.

Cela s’appelle le pragmatisme d’État.

France : fermeté politique, coopération stratégique

Lorsque la France, sous la présidence de Emmanuel Macron, a affiché son soutien à la position marocaine sur le Sahara occidental, la réaction algérienne fut immédiate.

Le président Abdelmadjid Tebboune a marqué son désaccord. L’ambassadeur a été rappelé. Le message était clair.

Mais une divergence stratégique n’annule pas des intérêts structurels :
  • coopération sécuritaire,
  • lutte antiterroriste,
  • stabilité sahélienne,
  • relation énergétique,
  • présence d’une importante diaspora.
Le dialogue a repris.
Est-ce une capitulation ? Non.
C’est la reconnaissance que les États peuvent diverger sur un dossier et coopérer sur d’autres.

Le360 parle “d’humiliation algérienne”. 
La formule est d’autant plus mal choisie que les seuls épisodes connus de tension personnelle entre dirigeants de la région et l’Élysée ne concernent en réalité que Rabat : plusieurs médias français avaient rapporté qu’au plus fort de l’affaire Pegasus — lorsque l’enquête révélait l’espionnage du téléphone d’Emmanuel Macron — l’échange téléphonique entre le président français et Mohammed VI avait été particulièrement brutal et insultant envers le roi du Maroc Mohammed VI.
Et malgré cette passe d’armes, Rabat avait finalement normalisé ses relations avec Paris. Chacun tirera ses conclusions sur la notion d’humiliation.

L’Algérie, pour sa part, n’a jamais été confrontée à un tel épisode : 
  • aucun chef d’État algérien n’a été publiquement rabaissé par son homologue français, 
  • aucun échange n’a été rapporté comme ayant franchi les limites du respect institutionnel.

Dans la relation franco‑algérienne, les désaccords existent, parfois profonds, mais la dignité protocolaire et la souveraineté de la fonction présidentielle n’ont jamais été bafouées.

Il serait donc utile que Le360 affûte son vocabulaire :
projeter sur l’Algérie des situations propres au contexte marocain ne relève ni de l’analyse, ni du sérieux journalistique.

Car un rappel s’impose :
la dignité d’un chef d’État n’est pas un élément décoratif — c’est l’un des piliers de la souveraineté.

Espagne : une inflexion réelle, des leviers maintenus


Le cas espagnol est encore plus révélateur.

Contrairement à la France, l’Espagne n’a pas reconnu politiquement la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Elle a soutenu le plan d’autonomie comme base de discussion, mais a réaffirmé son attachement au cadre onusien.

Cette inflexion dans la formulation diplomatique a permis un léger dégel.

Mais un fait demeure : l’Algérie n’a toujours pas réactivé le traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération signé en 2002. Ce traité offrait à l’Espagne un cadre privilégié — notamment des conditions énergétiques avantageuses pour le gaz algérien.

La normalisation est partielle.
Le dialogue est rouvert.
Mais le levier stratégique reste suspendu.

On peut rouvrir la porte sans rendre la clé.

Si reculade il y avait, le traité serait rétabli, les avantages restaurés.
Ce n’est pas le cas.


Niger et Sahel : investir pour sécuriser

Au Sahel, les engagements algériens sont présentés comme le « prix de la paix ».
C’est ignorer la géographie.

L’Algérie partage des milliers de kilomètres de frontières avec une région instable. Investir dans des infrastructures, financer des projets sociaux, développer la route transsaharienne ou des coopérations énergétiques, ce n’est pas acheter une paix fragile : c’est consolider sa propre sécurité.

Chaque centre de formation construit, chaque projet économique soutenu est un rempart contre l’expansion du chaos.

L’Algérie n’exporte ni drogues ni turbulences.
Elle exporte des routes, des interconnexions et des médiations.
Là où d’autres projettent des crises, elle projette des solutions.

L’influence par le développement vaut mieux que l’ingérence par les armes.


Le Sahara : important, mais non existentiel pour Alger

Il faut rappeler une évidence stratégique.

Pour le Maroc, le Sahara occidental est une question existentielle.
Pour l’Algérie, il s’agit d’un dossier important, mais non central.

L’Algérie ne revendique pas ce territoire.
Elle défend un principe de droit international et un équilibre régional.

Sa sécurité nationale repose avant tout sur :
  • la stabilité de ses frontières,
  • la cohésion interne,
  • la souveraineté énergétique,
  • l’équilibre sahélien.
Rompre avec la planète entière pour un dossier régional serait irrationnel.

La diplomatie n’est pas une croisade.
C’est une hiérarchisation d’intérêts.

Le “nif” n’est pas cassé

On aime caricaturer la fierté algérienne.
On la dit excessive, théâtrale, inefficace.


Sa diplomatie porte cette mémoire.
Oui, elle parle haut.
Oui, elle fixe des lignes rouges.
Oui, elle sanctionne quand il le faut.

L’Algérie n’est pas née d’un accident de l’Histoire : elle est l’héritière d’une mémoire millénaire façonnée par les luttes, les épreuves et la volonté farouche d’un peuple qui n’a jamais courbé l’échine.

Oui, notre nation a traversé des défaites, des blessures, des guerres. Mais jamais le peuple algérien n’a renoncé à vivre libre, debout et digne.

Notre histoire ne commence pas en 1954. Elle ne se résume pas à la glorieuse Révolution : elle plonge ses racines dans plus de deux millénaires de civilisation, jusqu’à 202 av. J.-C., lorsque Massinissa unifia la Numidie, jetant les fondations politiques d’un espace qui correspond, à l’est comme à l’ouest, de manière presque identique aux frontières de l’Algérie actuelle.

Nous venons de loin. Nous avons résisté à tout. Et nous avons traversé les siècles sans jamais perdre le fil de notre identité ni la dignité de notre combat.


Conclusion : protester, ajuster, avancer

Les protestations algériennes n’avaient pas pour objectif de rompre avec le monde.
Elles visaient à affirmer une position et à délimiter des lignes rouges.
Ensuite, chaque État est traité selon ses choix.

Certains ajustent leur langage.
D’autres maintiennent leur position.
L’Algérie adapte en conséquence l’intensité de ses relations.

Ce n’est ni une humiliation ni une fuite.
C’est du pragmatisme.

Les principes se défendent.
Les intérêts se protègent.
Les relations se gèrent.

L’Algérie ne plie pas.
Elle choisit ses batailles, fixe ses lignes rouges, et avance.

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