La visite officielle du général Abdourahamane Tiani à Alger les 15 et 16 février constitue un jalon majeur dans les recompositions diplomatiques sahéliennes. Reçu par le président Abdelmadjid Tebboune, le dirigeant nigérien a, selon Le Monde, assumé un rôle actif dans une médiation destinée à relancer un climat de confiance entre l’Algérie et le Mali, après plusieurs mois de tensions.
Un déplacement hautement symbolique
Jusqu’ici, le président nigérien n’avait jamais quitté l’Alliance des États du Sahel (AES). Choisir Alger comme première destination hors de ce cadre témoigne d’une volonté claire : repositionner le Niger au centre des équilibres régionaux et appuyer une désescalade entre deux acteurs stratégiques du Sahel. Le Monde souligne que cette initiative s’inscrit dans une démarche concertée avec Bamako, signe d’une volonté d’apaisement partagée.
Niamey comme médiateur pragmatique
Le Niger, dont les relations sont restées opérationnelles avec Alger comme avec Bamako, s’est positionné comme intermédiaire pour dissiper les incompréhensions accumulées. Cette posture pragmatique intervient après une période marquée par des ruptures stratégiques au sein de l’AES. La médiation nigérienne apparaît comme un catalyseur d’un retour au dialogue, dans un contexte où l’Algérie, acteur majeur du Sahel, s’est toujours positionnée comme partenaire, sans hostilité envers ses voisins.
Alger privilégie la coopération structurée
Pour Alger, la venue du chef de l’État nigérien marque la volonté de dépasser les tensions et de reconstruire des mécanismes de concertation. Les discussions ont porté sur la sécurité transfrontalière, la lutte contre les réseaux armés, la coopération économique et l’intégration régionale. Les autorités algériennes ont réitéré leur disponibilité à travailler étroitement avec l’ensemble des membres de l’AES.
Une dynamique qui s’étend à toute l’AES
Cette logique de rapprochement ne concerne pas que le Mali. Alger a également renforcé ses partenariats avec le Burkina Faso à travers plusieurs accords structurants dans l’énergie, les infrastructures et les échanges commerciaux. Ces initiatives traduisent une convergence stratégique croissante entre l’Algérie et les pays sahéliens.
La dimension politique : Alger, un passage incontournable pour la crise malienne
- Il est considéré comme une personnalité dotée d’une forte assise populaire et d’une capacité reconnue à dialoguer avec des acteurs variés, y compris des groupes armés.
- Il est perçu comme un interlocuteur crédible pour la réconciliation nationale, en raison de son rôle historique dans des négociations complexes et de ses appels constants au dialogue inclusif.
- Son exil en Algérie reflète la méfiance de la junte malienne à son égard, ce qui accroît le rôle d’Alger comme plateforme politique incontournable pour toute dynamique de sortie de crise.
Dans ce contexte, Alger apparaît mécaniquement en position de force : la junte malienne, confrontée à l’impasse politique et sécuritaire, ne peut ignorer l’influence persistante de Dicko ni la capacité de l’Algérie à structurer un cadre de dialogue. Les sources montrent que Dicko demeure un acteur central de l’opposition malienne et continue, depuis l’Algérie, de plaider pour une solution politique basée sur la justice transitionnelle, l’inclusivité et la négociation.
Ainsi, sans être présenté par les sources comme un « consensus » unanime, l’imam Dicko demeure l’une des rares personnalités maliennes capables de rassembler des segments importants de la société et d’interagir avec des acteurs antagonistes. De ce fait, Alger devient un passage obligé pour toute sortie de crise viable.
Vers une normalisation progressive entre Alger et Bamako
Selon Le Monde, la médiation nigérienne pourrait ouvrir la voie à un rétablissement durable du dialogue algéro-malien. Les signaux envoyés par les deux capitales laissent entrevoir un retour à des mécanismes de concertation plus fluides, indispensables pour affronter les défis sécuritaires et socio‑économiques du Sahel.
Conclusion : coopération et réalignement régional
La visite du président Tiani confirme une conviction désormais partagée : la stabilité sahélienne ne peut être envisagée sans coopération, sans médiations crédibles et sans une recomposition des équilibres politiques internes au Mali. En accueillant des acteurs clés comme Tiani ou Dicko, Alger réaffirme son rôle central dans la recherche de solutions concertées pour l’avenir du Sahel.
Par Belgacem Merbah
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