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KPMG publie un guide d’investissement sur l’Algérie et anticipe un PIB à 324 milliards $ en 2026

Un cabinet international de premier plan, KPMG, vient de publier un guide d’investissement consacré à l’Algérie, conçu comme une « porte d’entrée » pour les entreprises étrangères et nationales souhaitant comprendre les conditions d’implantation, les mécanismes de lancement de projets et l’environnement macroéconomique du pays. Au-delà de la dimension pratique (cadre réglementaire, procédures, conditions), le document se distingue par une projection marquante : le produit intérieur brut algérien atteindrait l’équivalent de 324 milliards de dollars en 2026, soit environ 41 878 milliards de dinars selon les hypothèses retenues (notamment un taux de change officiel de référence autour de 129 DA/USD).

Cette estimation, si elle se confirme, matérialiserait une progression sensible par rapport aux niveaux observés en 2025, où le PIB est souvent situé autour de 270 milliards de dollars, plaçant l’Algérie parmi les économies majeures du continent africain. L’annonce a donc une portée qui dépasse le simple chiffre : elle traduit une lecture stratégique de l’Algérie comme marché, comme plateforme régionale et comme trajectoire de transformation économique.

1) Un guide d’investissement : outil de lisibilité et signal au marché

Dans les économies où la décision d’investissement dépend fortement de la prévisibilité (règles, stabilité, lisibilité administrative), la production d’un guide par une marque mondiale de l’audit et du conseil joue un rôle double :

  • Rôle informatif : donner une cartographie des procédures, des formes juridiques, des conditions d’établissement, des incitations, des obligations et des secteurs porteurs.
  • Rôle de signal : indiquer au marché que l’Algérie cherche à se positionner dans la compétition régionale pour l’attractivité du capital productif, et à réduire l’asymétrie d’information qui freine parfois les investisseurs.

Autrement dit, ce type de publication n’est pas uniquement descriptif : c’est un acte d’“intermédiation” entre le pays et les investisseurs, destiné à transformer une perception (complexité, incertitude) en une narration plus structurée (opportunités, règles, trajectoire).


2) Pourquoi l’hypothèse d’un PIB à 324 milliards $ compte autant

Un PIB projeté à 324 milliards $ ne signifie pas simplement « plus de richesse ». Il renvoie à trois lectures économiques importantes :

a) La taille du marché et l’effet d’échelle

Une croissance de la valeur nominale du PIB améliore la perception de profondeur de marché : capacité d’absorption, base consommateurs, taille des chaînes de valeur, potentiel de substitution aux importations.

b) La capacité d’investissement public et de levier

Lorsque l’État conserve un rôle structurant dans l’économie, un PIB plus élevé (et des recettes mieux maîtrisées) accroît, en théorie, la marge pour financer des infrastructures, soutenir l’industrie et améliorer la logistique — autant de facteurs déterminants pour l’investissement privé.

c) L’effet « crédibilité »

Les investisseurs regardent la dynamique plus que le niveau : trajectoire du PIB, politique économique, stabilité des grands équilibres. Une projection forte constitue un argument de crédibilité, même si elle doit être interprétée avec prudence (car elle dépend de paramètres comme le prix des hydrocarbures, le change, l’inflation et les volumes exportés).


3) Les fondamentaux mis en avant : infrastructures et connectivité

Le guide met en avant des éléments que les investisseurs évaluent systématiquement avant de décider : infrastructures, logistique et connectivité.

  • Une grande densité routière (réseau de plus de 108 000 km), qui constitue un avantage comparatif interne pour la circulation des biens, la distribution et la réduction des coûts logistiques.
  • Un maillage significatif en ports (environ 45) et aéroports (35), important pour les filières exportatrices, les flux de pièces/équipements et la mobilité des cadres.
  • Une réalité ferroviaire en expansion (plus de 10 000 km), qui peut devenir un facteur de compétitivité si elle se traduit par un coût de transport inférieur et une logistique plus prévisible.
  • Un effort de digitalisation et de télécommunications (réseau national estimé à environ 200 000 km), crucial pour les services, le BPO, la finance, l’industrie connectée et l’économie numérique.

Ces paramètres, pris ensemble, dessinent l’idée d’une Algérie qui veut passer d’une logique de « marché de consommation » à une logique de plateforme de production, si le cadre d’affaires (règles + exécution) suit le même rythme.


4) Les points de continuité : progrès sociaux et consolidation macroéconomique

Le guide rappelle aussi des acquis plus structurels, souvent sous-estimés dans les analyses strictement financières :

  • Réduction de la pauvreté sur le long terme (mention d’un recul d’environ 20% sur vingt ans dans la période évoquée).
  • Efforts de désendettement extérieur et gestion des engagements.
  • Progrès en matière d’indicateurs de développement humain, portés par des politiques sociales et des investissements publics.

Ces dimensions comptent parce qu’elles influencent directement la stabilité sociale, donc le risque pays perçu, et parce qu’elles conditionnent l’existence d’un marché solvable, d’un capital humain mobilisable et d’une continuité des politiques publiques.


5) Le “talon d’Achille” : dépendance à l’énergie et soutenabilité du modèle de soutien

Le document évoque également une contrainte centrale : la sensibilité aux cycles du Brent et, plus largement, aux cycles des recettes d’hydrocarbures.

Lorsque les prix du brut baissent, l’équation budgétaire se tend : maintenir simultanément les subventions, le soutien au pouvoir d’achat, l’investissement public et les dépenses d’infrastructures devient plus difficile. C’est ici que le guide suggère — explicitement ou implicitement — une transition : rester attractif sans dépendre d’un seul moteur.

Dans une lecture analytique, cela signifie que l’attractivité durable passera moins par le niveau ponctuel des recettes d’hydrocarbures que par :

  • la stabilité du cadre juridique,
  • la qualité d’exécution administrative,
  • la rapidité des procédures,
  • et la capacité à développer un tissu productif exportateur.


6) Les recommandations : de l’investissement “possible” à l’investissement “productif”

Parmi les orientations proposées pour renforcer l’investissement productif, plusieurs axes reviennent comme des invariants de toute stratégie d’attractivité :

  1. Stabiliser les incitations prévues par la loi sur l’investissement (cohérence et continuité).
  2. Cartographier les opportunités via une “carte régionale” des projets (transparence de l’offre).
  3. Renforcer les partenariats public–privé et les joint-ventures, y compris avec des investisseurs étrangers (accès au marché + transfert de savoir-faire).
  4. Accélérer l’intégration industrielle et la valeur ajoutée locale (pour réduire importations et augmenter la résilience).
  5. Prioriser des secteurs jugés porteurs : énergie, mines, tourisme, artisanat, mais aussi agriculture, ruralité et pêche.

Le fil directeur est clair : attirer moins “d’investissement opportuniste” et davantage d’investissement structurant, qui crée des emplois, exporte, transfère des technologies et développe des chaînes locales.


7) L’équation démographique : 50 millions d’habitants, opportunité et pression

La projection d’une population autour de 50 millions d’habitants à l’horizon 2030 renforce l’intérêt du marché mais augmente aussi les exigences : formation, emploi, logements, services, transport, eau, énergie.

Dans ce contexte, le guide mentionne un programme d’investissements publics d’envergure (autour de 200 milliards $ dans l’horizon évoqué), ce qui souligne une volonté de soutenir la demande et l’offre par des infrastructures et des projets structurants. Mais l’efficacité de cet effort dépendra d’un facteur clé : la qualité de la chaîne logistique (transport des marchandises, ports, rail, intermodalité), car une économie ne gagne pas seulement par la dépense, mais par la productivité de cette dépense.


Conclusion : un “moment d’attractivité”, à condition de convertir le potentiel en exécution

La projection d’un PIB algérien à 324 milliards $ en 2026 est un signal fort : elle raconte une Algérie qui veut s’affirmer comme puissance économique régionale, soutenue par une base d’infrastructures conséquente, une dynamique de transformation et une ambition de diversification.

Mais l’enjeu décisif n’est pas la projection elle-même : c’est la capacité à convertir les atouts en expérience investisseur : délais, stabilité, sécurité juridique, accès au foncier, simplicité administrative, disponibilité des intrants, logistique d’export.

En résumé : le potentiel est massif ; la prochaine étape est de le rendre simplement exécutable.



Par Belgacem Merbah


 

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