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Gazoduc transsaharien : enjeux stratégiques, menaces marocaines et détermination algérienne

Le projet de gazoduc Algérie–Niger–Nigeria représente bien plus qu’une infrastructure énergétique. Il constitue un axe de souveraineté, d’intégration africaine et de repositionnement géopolitique majeur dans un contexte international marqué par la recomposition des marchés gaziers.

Mais à mesure que le projet se développe, les risques sécuritaires dans la région du Sahel augmentent, et certaines déclarations marocaines évoquent publiquement la possibilité d'attaques contre cette infrastructure stratégique ; ces déclarations sont considérées comme des menaces directes que l'Algérie ne peut ignorer.


Un projet structurant pour l’Afrique et la Méditerranée

Le Trans-Saharan Gas Pipeline (TSGP), porté par Sonatrach, NNPC Limited et la Société Nigérienne du Pétrole, doit permettre d’acheminer environ 30 milliards de mètres cubes de gaz nigérian par an vers l’Algérie, puis vers l’Europe.

Dans un contexte de diversification énergétique européenne, ce corridor transsaharien renforcerait :
  • la position de l’Algérie comme hub gazier stratégique,
  • l’intégration énergétique africaine,
  • et l’autonomie décisionnelle des États partenaires.
Le président Abdelmadjid Tebboune a d’ailleurs affirmé que le projet entrerait dans une phase concrète après le mois de Ramadan, avec une mobilisation importante de moyens humains et techniques algériens.

Le Sahel : nouvel épicentre du terrorisme mondial

La menace sécuritaire dans la région n’est pas théorique. Plusieurs rapports des Nations unies et des évaluations du commandement américain pour l’Afrique décrivent le Sahel comme l’un des principaux bastions actuels de l’État islamique (Daech).

Les estimations évoquent entre 3 500 et 5 000 combattants actifs dans la zone des trois frontières (Mali, Niger, Burkina Faso). Cette expansion s’explique par :
  • la fragilité des États,
  • l’étendue des territoires non gouvernés,
  • et l’hybridation entre idéologie djihadiste et économie criminelle.
Les groupes armés tirent profit des trafics transfrontaliers — orpaillage illégal, contrebande de carburant, enlèvements, et narcotrafic — pour financer leurs opérations.


Le facteur syrien : un possible renforcement qualitatif

Des évaluations récentes de services de renseignement occidentaux et d’experts onusiens évoquent un redéploiement progressif d’éléments étrangers de Daech depuis la Syrie vers l’Afrique.

Avant les derniers bouleversements, la Syrie abritait encore entre 200 et 500 combattants étrangers non syriens ni irakiens. Sous pression sécuritaire accrue, certains chercheraient à rejoindre des zones plus permissives.

Le danger serait qualitatif : ces vétérans possèdent une expertise avancée en :
  • fabrication d’engins explosifs improvisés (IED),
  • usage tactique de drones commerciaux,
  • planification d’attaques complexes,
  • structuration de propagande numérique.
Leur arrivée dans la bande sahélienne pourrait provoquer une « montée en gamme » des capacités opérationnelles des groupes locaux.

Discours hostiles venant du Maroc et guerre informationnelle

Dans ce climat, certains analystes marocains ont publiquement évoqué la possibilité que des groupes terroristes ciblent le gazoduc. Parmi eux, Manar Slimi et Naom Abdelfattah ont mentionné la possibilité d'attaques terroristes contre le projet de gazoduc.

Ces déclarations peuvent relever d’une analyse sécuritaire classique. Mais dans un contexte de rivalités énergétiques et diplomatiques en Afrique du Nord, la répétition de scénarios d’attaque participe aussi à une bataille de perception.

Les grandes infrastructures énergétiques sont historiquement des cibles symboliques majeures dans les conflits asymétriques. Le gazoduc transsaharien, par son importance stratégique, pourrait attirer l’attention de groupes cherchant un impact médiatique maximal.

Compte tenu des liens entre la drogue marocaine (contrôlée par le palais royal marocain) et les groupes terroristes, les déclarations de Manar Slimi, proche de la DGED marocaine (renseignements extérieurs), apparaissent comme une menace directe contre le projet de gazoduc.

Sécurisation : une priorité stratégique algérienne

Consciente de ces risques, l’Algérie dispose d’une longue expérience dans la protection de ses installations énergétiques. Le pays a développé depuis les années 1990 une expertise approfondie en matière de lutte antiterroriste et de sécurisation d’infrastructures stratégiques.

Le fait que des travailleurs algériens soient fortement impliqués dans la mise en œuvre du projet ajoute une dimension nationale forte : il ne s’agit pas seulement d’un pipeline, mais d’un chantier de souveraineté.

La sécurisation reposera nécessairement sur :
  • une coopération militaire renforcée avec le Niger et le Nigeria,
  • un dispositif de surveillance technologique avancé,
  • un contrôle accru des corridors transfrontaliers,
  • et un travail de renseignement coordonné.

Conclusion : entre menaces réelles et détermination stratégique

Le risque terroriste au Sahel est documenté et évolutif. Les transferts potentiels depuis la Syrie, l’économie criminelle régionale et la fragilité institutionnelle constituent un environnement complexe.

Dans ce contexte, les discours évoquant des attaques possibles contre le gazoduc doivent être pris au sérieux, non pour céder à l’alarmisme, mais pour anticiper.

Le gazoduc Algérie–Niger–Nigeria n’est pas seulement énergétique : il est géopolitique. Et c’est précisément pour cette raison qu’il nécessite une sécurisation à la hauteur de ses ambitions.

Si la menace existe, la détermination algérienne à protéger ses intérêts stratégiques demeure, elle aussi, pleinement affirmée.

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