Frontière algéro‑marocaine : vers un durcissement assumé de la doctrine sécuritaire contre les trafics de drogue
Les derniers communiqués du ministère algérien de la Défense nationale (MDN) indiquent une évolution notable dans la manière dont l’Armée nationale populaire (ANP) traite les activités de narcotrafic à la frontière ouest. Les opérations menées fin janvier puis le 27 février dans la région de Béchar et de Béni Ounif semblent dessiner les contours d’une approche plus offensive, centrée sur la neutralisation immédiate des réseaux armés impliqués dans la contrebande de stupéfiants en provenance du Maroc.
Une opération significative le 27 février : deux trafiquants marocains « neutralisés »
Le choix de révéler une identité complète, rarement mis en avant par le passé, s’inscrit dans une stratégie de communication plus directe et plus démonstrative.
Un continuum d’opérations depuis janvier
- 3 trafiquants marocains abattus,
- 1 autre arrêté,
- 74 kg de kif traité saisis.
À quelques semaines d’intervalle, l’ANP a donc mené deux actions de grande ampleur, dans des zones voisines, contre des groupes similaires et selon des modes opératoires comparables.
Signes d’un changement doctrinal ?
Le ton et la fréquence des communiqués officiels renvoient à l’impression d’une évolution de la doctrine sécuritaire :
- Usage accru du terme « neutralisation », indiquant une posture plus ferme face à des groupes considérés comme armés, organisés et dangereux.
- Mise en récit d’une “guerre des drogues” imputée au Makhzen, renforçant la dimension politico‑sécuritaire du phénomène.
- Insistance sur le caractère répété et structuré des tentatives d’infiltration, soulignant la volonté de montrer qu’il s’agit de menaces persistantes et non d’incidents isolés.
- Communication plus transparente sur l’identité des individus, dans une logique de dissuasion et de démonstration de contrôle.
Ces éléments laissent penser que l’Algérie se dirige vers une stratégie de rupture : non plus contenir la contrebande, mais démanteler systématiquement les groupes identifiés comme acteurs armés du narcotrafic à la frontière.
Une frontière devenue zone de confrontation asymétrique
Depuis plusieurs années, la région sud‑ouest — Béchar, Béni Ounif, Tindouf — est devenue un axe privilégié pour les trafiquants. La fermeture officielle de la frontière terrestre, combinée à l’étendue désertique et à la porosité naturelle de certains couloirs sahariens, crée un environnement propice aux infiltrations.
Les autorités algériennes affirment que ces réseaux opèrent souvent avec :
- des armes légères,
- des véhicules tout‑terrain,
- et des méthodes de franchissement nocturne fondées sur la mobilité rapide.
Dans cette configuration, les unités militaires se trouvent confrontées à des acteurs dont la nature se rapproche d’une criminalité armée transfrontalière, plutôt que d’une simple contrebande artisanale. Cela explique le recours accru aux opérations létales.
Un message adressé à deux destinataires
1. Dissuasion des réseaux criminels
L’ANP veut signifier que tout franchissement hostile des frontières sera traité comme une menace directe impliquant une réponse immédiate.
2. Message politique à Rabat
Sans entrer dans les considérations diplomatiques, le discours du MDN présente le Maroc comme source structurelle du problème, renforçant l’idée que le narcotrafic s’inscrit dans un contexte plus large de tension bilatérale.
Vers une normalisation d’une posture plus agressive ?
Si l’on analyse l’enchaînement des faits, une tendance se dessine :
- multiplication des opérations,
- intensité accrue,
- implication systématique d’unités militaires,
- communication précise et ferme.
Tout indique que l’Algérie est en train de redéfinir sa réponse aux réseaux qui tentent de franchir la frontière avec des cargaisons de stupéfiants, en privilégiant désormais l’action préventive et létale contre des groupes considérés comme armés et dangereux.
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