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Boualem Sansal Vs Maâti Monjib — deux poids, deux mesures : la morale comme décor

L’affaire Boualem Sansal n’a jamais été, contrairement à la narration médiatique déployée en France, une grande bataille pour la liberté d’expression. Elle s’est inscrite dans une logique parfaitement assumée de rapport de force avec l’Algérie.

L’enjeu n’était ni littéraire, ni moral.

La véritable cible n’était pas l’écrivain, mais bien l’État algérien. Sansal n’a été qu’un levier dans une stratégie de pression plus large.


1. Une indignation calibrée : quand les principes deviennent variables

L’arrestation de Boualem Sansal à Alger en novembre 2024 déclenche une réaction immédiate :
– envolées présidentielles,
– communiqués européens,
– éditoriaux indignés,
– mobilisation médiatique massive.

Comme si soudain, Paris redécouvrait l’universalisme des libertés publiques.

Pourtant, la synchronie interroge.
Au même moment, au Maroc, l’historien Maâti Monjib fait face à :
– une interdiction de sortie du territoire,
– un harcèlement judiciaire persistant,
– le gel de ses comptes bancaires.

Aucune envolée lyrique.
Aucune condamnation.
Aucun bras de fer diplomatique.

Un silence dense. Un silence compté. Un silence stratégiquement utile.


2. Deux poids, deux mesures : la morale comme décor

Pourquoi cette asymétrie flagrante ?

Parce que la morale n’est pas le moteur de la réaction française.
Les droits humains deviennent un instrument, modulé selon l’interlocuteur.

Face à l’Algérie : confrontation assumée

Les tensions structurelles entre les deux pays — mémoire coloniale, autonomie stratégique algérienne, recomposition énergétique, refus de l’alignement — offrent un terrain propice à la surenchère.

L’affaire Sansal fut donc :

  • un moyen de fragiliser l’image internationale d’Alger ;
  • un vecteur pour réactiver le narratif du « régime autoritaire » ;
  • un outil de pression à coût diplomatique faible.

L’indignation brandie n’était pas humaniste : elle était géopolitique.

Face au Maroc : prudence calculée

coopération sécuritaire, dossiers migratoires, réseaux d’influence imbriqués.

Dénoncer publiquement le traitement de Monjib aurait ouvert une crise avec un allié considéré comme stratégique.

Ainsi, ce qui est présenté comme un principe devient soudainement… optionnel.


3. L’Algérie, cible permanente de dramatisation

Il faut le reconnaître : chaque différent avec Alger est amplifié, dramatisé, exporté sur la scène internationale.

Chaque tension devient un outil de pression.
Chaque affaire, un levier.

Pourquoi ?
Parce que l’Algérie revendique une posture souveraine, affranchie des mécaniques d’influence héritées de l’époque coloniale. Parce qu’elle refus e les injonctions extérieures. Parce qu’elle affirme une autonomie stratégique dérangeante pour certains équilibres.

Dans ce cadre, l’affaire Sansal tombait à point nommé.
Elle permettait d’adresser un message politique à Alger, tout en donnant l’illusion d’un combat moral.


4. Une indignation sélective comme révélateur de rapports de force

Les mêmes voix qui s’élevaient bruyamment pour Sansal se sont tues pour Monjib.
Cette dissymétrie dit tout.

Elle montre que :

  • l’éthique invoquée n’est pas le moteur,
  • les droits humains ne sont qu’une variable d’ajustement,
  • l’indignation est activée ou désactivée selon les intérêts stratégiques.

Lorsque l’Algérie est concernée, l’indignation devient spectaculaire.
Lorsqu’un allié stratégique est concerné, elle devient… inaudible.


5. Patriotisme lucide et souveraineté : les véritables enjeux

Un patriotisme algérien lucide ne consiste ni à sacraliser des figures internes, ni à nier nos propres débats.
Il consiste à refuser que des affaires nationales servent de pièces dans des stratégies d’affaiblissement externe.

L’Algérie n’a pas vocation à devenir le théâtre des scénographies morales d’autres puissances.
Encore moins lorsque ces indignations sont sélectives et instrumentales.

Sansal n’était pas le centre du jeu.
Il était une pièce sur l’échiquier.

La cible réelle, c’était l’Algérie.


Conclusion : la souveraineté ne se négocie pas

La gestion politique de l’affaire Sansal révèle un mécanisme récurrent :

  • les principes sont utilisés contre ceux qui résistent,
  • ils sont rangés lorsqu’ils touchent des partenaires utiles.

Face à cette logique, la réponse algérienne doit rester celle qui a toujours garanti sa stabilité :
fermeté, cohérence, et affirmation souveraine.

Car au-delà des individus et des polémiques, une certitude demeure :

La dignité nationale ne se négocie pas. Jamais.



Par Belgacem Merbah


 

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