L’affaire Boualem Sansal n’a jamais été, contrairement à la narration médiatique déployée en France, une grande bataille pour la liberté d’expression. Elle s’est inscrite dans une logique parfaitement assumée de rapport de force avec l’Algérie.
L’enjeu n’était ni littéraire, ni moral.
La véritable cible n’était pas l’écrivain, mais bien l’État algérien. Sansal n’a été qu’un levier dans une stratégie de pression plus large.
1. Une indignation calibrée : quand les principes deviennent variables
Comme si soudain, Paris redécouvrait l’universalisme des libertés publiques.
Un silence dense. Un silence compté. Un silence stratégiquement utile.
2. Deux poids, deux mesures : la morale comme décor
Pourquoi cette asymétrie flagrante ?
Face à l’Algérie : confrontation assumée
Les tensions structurelles entre les deux pays — mémoire coloniale, autonomie stratégique algérienne, recomposition énergétique, refus de l’alignement — offrent un terrain propice à la surenchère.
L’affaire Sansal fut donc :
- un moyen de fragiliser l’image internationale d’Alger ;
- un vecteur pour réactiver le narratif du « régime autoritaire » ;
- un outil de pression à coût diplomatique faible.
L’indignation brandie n’était pas humaniste : elle était géopolitique.
Face au Maroc : prudence calculée
Dénoncer publiquement le traitement de Monjib aurait ouvert une crise avec un allié considéré comme stratégique.
Ainsi, ce qui est présenté comme un principe devient soudainement… optionnel.
3. L’Algérie, cible permanente de dramatisation
Il faut le reconnaître : chaque différent avec Alger est amplifié, dramatisé, exporté sur la scène internationale.
4. Une indignation sélective comme révélateur de rapports de force
Elle montre que :
- l’éthique invoquée n’est pas le moteur,
- les droits humains ne sont qu’une variable d’ajustement,
- l’indignation est activée ou désactivée selon les intérêts stratégiques.
5. Patriotisme lucide et souveraineté : les véritables enjeux
La cible réelle, c’était l’Algérie.
Conclusion : la souveraineté ne se négocie pas
La gestion politique de l’affaire Sansal révèle un mécanisme récurrent :
- les principes sont utilisés contre ceux qui résistent,
- ils sont rangés lorsqu’ils touchent des partenaires utiles.
Car au-delà des individus et des polémiques, une certitude demeure :
La dignité nationale ne se négocie pas. Jamais.
Par Belgacem Merbah
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