Quand la propagande tente de réécrire le droit : mise au point sur la fiction d’un “conflit algéro-marocain” autour du Sahara occidental
L’article relayé par certains médias marocains, prétendant des “négociations secrètes” entre l’Algérie et le Maroc sur la base d’un projet marocain d’autonomie pour le Sahara occidental, s’inscrit dans une stratégie de communication bien rodée : déplacer artificiellement la nature du conflit afin d’en masquer la réalité juridique et politique. Il ne s’agit ni d’une révélation diplomatique, ni d’un tournant historique, mais d’un nouvel épisode de désinformation méthodique.
Sur le plan juridique, les faits sont pourtant clairs et établis. Le conflit du Sahara occidental est, selon les Nations unies, un processus de décolonisation inachevé, opposant le Royaume du Maroc à la représentation légitime du peuple sahraoui, le Front Polisario. Cette qualification ne relève pas de l’opinion, mais du droit international, confirmé par l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice de 1975 et par l’ensemble des résolutions du Conseil de sécurité.
L’Algérie n’est pas une partie au conflit. Elle est une puissance voisine concernée, au même titre que la Mauritanie, et son rôle est clairement circonscrit : soutien au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.
Dès lors, tenter de présenter Alger comme un “interlocuteur” négociant la souveraineté d’un territoire qui ne lui appartient pas relève soit d’une ignorance grave du droit international, soit d’une volonté délibérée de manipulation. L’Algérie ne négocie ni frontières, ni souveraineté, ni solutions de substitution à un droit inaliénable reconnu par l’ONU.
L’invocation du Conseil de sécurité, et notamment de la résolution 2797, est elle aussi largement biaisée. Aucune résolution onusienne n’a jamais entériné le plan marocain d’autonomie comme base exclusive ou définitive de règlement. Le Conseil de sécurité appelle à une solution politique « juste, durable et mutuellement acceptable », dans le respect du principe d’autodétermination. Le plan marocain demeure un projet unilatéral, dépourvu de toute valeur juridique contraignante tant qu’il exclut le libre choix du peuple sahraoui.
Quant à la mise en scène de prétendues “négociations secrètes” sous égide américaine, elle vise avant tout à créer un effet de fait accompli médiatique. Les causes justes ne se règlent ni par des fuites organisées, ni par des réunions à huis clos, encore moins par des pressions diplomatiques. L’histoire récente démontre que toute tentative de contourner la légalité internationale au profit de solutions imposées est vouée à l’échec.
L’acharnement à impliquer l’Algérie dans chaque développement du dossier sahraoui trahit, en réalité, une difficulté structurelle du discours marocain : l’impossibilité d’assumer le face-à-face politique avec le véritable sujet du conflit, le peuple sahraoui. Incapable de faire accepter son projet à la partie directement concernée, Rabat tente de déplacer le débat vers une confrontation régionale artificielle, espérant transformer une question de décolonisation en rivalité géopolitique.
Il convient donc de rappeler une vérité essentielle : L’Algérie n’est ni l’adversaire du Maroc dans ce dossier, ni un substitut au peuple sahraoui. Elle est un acteur constant de la légalité internationale, fidèle à une doctrine anticoloniale héritée de sa propre histoire. Elle soutient un principe, non une faction ; un droit, non une stratégie.
Le Sahara occidental restera une question de peuple et de droit, non une querelle bilatérale fabriquée. Et tant que la solution ne passera pas par l’expression libre et authentique de la volonté des Sahraouis, toutes les tentatives de narration alternative – aussi sophistiquées soient-elles – resteront des impasses politiques et juridiques.
Par Belgacem Merbah
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