Pris de court par la décision de l’Algérie de fermer le gazoduc Maghreb–Europe (GME) en 2021, le Maroc avait imaginé, dans l’urgence, la construction d’un terminal gazier au port de Nador West Med afin de sécuriser son approvisionnement énergétique. Quatre ans plus tard, ce projet, présenté à l’époque comme stratégique, se trouve officiellement suspendu. Une issue prévisible tant ses fondements techniques, économiques et financiers paraissaient fragiles dès son lancement.
Un projet gelé avant même d’avoir pris forme
Pour de nombreux observateurs, cette suspension pourrait bien annoncer un abandon pur et simple. Le coût du projet, estimé à un milliard de dollars, apparaît difficilement soutenable pour un pays frappé par une dette publique record et confronté à une crise budgétaire prolongée.
Une ambition disproportionnée face aux réalités financières du royaume
La fermeture du GME : point de bascule d’une vulnérabilité énergétique longtemps ignorée
La fin de ce privilège énergétique a mis en lumière une dépendance profonde et longtemps sous‑estimée.
Des alternatives qui relèvent davantage du discours que de la faisabilité
Privé de gaz algérien, Rabat a tenté d’esquisser trois pistes :
- La construction du terminal GNL de Nador→ désormais suspendu faute d’investisseurs et de viabilité.
- L’exploitation du gisement offshore de Larache→ délaissé en raison de réserves insuffisantes et économiquement négligeables.
- → un chantier titanesque de 25 milliards de dollars, traversant 13 pays, dont la faisabilité technique et la rentabilité économique sont largement contestées.
La simple comparaison entre les besoins financiers (1 milliard pour Nador vs 25 milliards pour le gazoduc) illustre le décalage entre les capacités réelles du Maroc et l’ambition affichée.
Un calcul géopolitique et économique difficile à défendre
Sans gaz algérien, sans gisements rentables et sans investisseurs prêts à se lancer dans des projets incertains, le Maroc se retrouve dans une position délicate :
- dépendance accrue vis‑à‑vis de l’Espagne,
- coûts d’importation du GNL nettement supérieurs à ceux du gaz acheminé par pipeline,
- perte d’attractivité industrielle,
- fragilisation durable de sa stratégie énergétique.
La suspension du terminal de Nador est dès lors moins un accident qu’un révélateur : celui des limites structurelles d’une politique énergétique construite sur des hypothèses irréalistes.
Conclusion : une équation énergétique toujours irrésolue
Avec l’arrêt du terminal GNL de Nador, Rabat voit s’évaporer l’une de ses rares solutions possibles pour compenser la fermeture du GME. Quatre ans après la rupture d’approvisionnement algérien, le Maroc n’a pas réussi à élaborer une alternative crédible et durable.
Par Belgacem Merbah
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