Le barrage de Figuig : une violation du droit international et une guerre hydrique délibérée contre l’Algérie
Le choix du Maroc d’implanter l’un de ses plus grands barrages stratégiques à Figuig, à quelques kilomètres seulement de la frontière algérienne, ne relève ni du hasard ni d’une simple logique de développement interne. Il s’agit d’un acte politique hostile, lourd de conséquences, qui s’inscrit dans une stratégie assumée de contrôle unilatéral des ressources hydriques transfrontalières, au mépris du droit international et des principes élémentaires de bon voisinage.
Le barrage dit de “Khenk Kro”, d’une capacité de stockage dépassant un milliard de mètres cubes, représente un investissement estimé à environ 120 millions de dollars américains. Présenté officiellement par Rabat comme un pilier de sa « sécurité hydrique », ce projet constitue en réalité une menace directe pour la sécurité environnementale, agricole et humaine de l’Algérie, en particulier dans la région de Béni Ounif, mais aussi à Béchar et dans l’ensemble du Sud-Ouest algérien.
Sur le plan juridique, ce projet constitue un manquement grave aux normes internationales régissant l’utilisation des cours d’eau partagés. La Convention des Nations unies de 1997 sur le droit relatif aux utilisations des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation impose trois obligations fondamentales aux États riverains :
- le principe de l’utilisation équitable et raisonnable,
- l’obligation de ne pas causer de dommages significatifs aux autres États,
- le devoir d’information, de notification et de consultation préalables en cas de projet susceptible d’avoir un impact transfrontalier.
Or, dans le cas du barrage de Figuig, ces trois principes ont été sciemment violés. Aucune concertation officielle avec l’Algérie n’a eu lieu, aucun mécanisme conjoint d’évaluation hydrologique ou environnementale n’a été mis en place, et aucune garantie contraignante n’a été fournie pour prévenir l’assèchement des cours d’eau alimentant le territoire algérien.
Les conséquences sont pourtant parfaitement prévisibles. Le captage massif des eaux en amont entraînera une réduction drastique et durable des débits hydriques vers l’Algérie, provoquant l’assèchement progressif des oueds, la dégradation des terres agricoles, l’épuisement des nappes phréatiques et, à terme, une pression sociale et démographique majeure sur des régions déjà fragilisées par l’aridité climatique.
Il ne s’agit donc pas d’un simple projet d’infrastructure, mais d’une instrumentalisation stratégique de l’eau. Le Maroc transforme un bien naturel partagé en outil de contrainte géopolitique, faisant de la rareté hydrique une arme silencieuse mais redoutablement efficace. Cette logique s’apparente clairement à une guerre hydrique, menée sans déclaration formelle, mais aux effets potentiellement irréversibles.
Les justifications avancées par Rabat – lutte contre les inondations, recharge des nappes, développement agricole local – ne sauraient masquer l’essentiel : le dommage transfrontalier est inévitable, et il est assumé. À mesure que le barrage atteindra sa pleine capacité, ce sont les équilibres hydrologiques naturels du Sud-Ouest algérien qui seront méthodiquement rompus.
Face à cette situation, le silence ou l’inaction seraient lourds de conséquences. Le dossier du barrage de Figuig appelle une réponse algérienne ferme et multidimensionnelle :
- juridique, par la mobilisation des mécanismes onusiens et, le cas échéant, de la Cour internationale de Justice ;
- diplomatique, pour exposer le caractère unilatéral et agressif de ce projet ;
- stratégique, afin de protéger durablement la souveraineté hydrique nationale.
Car l’eau n’est ni une marchandise ordinaire ni un levier de chantage. Elle est une composante essentielle de la souveraineté et de la sécurité nationales. En choisissant d’en faire un instrument de pression, le Maroc ouvre une brèche dangereuse dans les relations régionales et assume la responsabilité d’une escalade dont il devra répondre, tôt ou tard, devant le droit international.
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