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L’Algérie passe de la retenue stratégique à la diplomatie offensive : lecture géopolitique d’un discours de souveraineté

L’intervention récente du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, devant la presse nationale ne relevait ni du rituel communicationnel ni de l’exercice comptable de mi-mandat. Elle s’est imposée comme un véritable acte fondateur, un « premier communiqué » d’une nouvelle phase de la diplomatie algérienne : une diplomatie offensive, assumée, qui ne tolère plus les zones grises ni les demi-mesures. Deux jours après ces déclarations fortes, l’avertissement présidentiel – « ne nous poussez pas au regret » – continue de résonner dans les chancelleries, mettant un terme à des années de retenue algérienne face aux manœuvres d’un micro-État ayant cru, à tort, que le silence des puissances était synonyme de faiblesse.



Ce discours marque une rupture doctrinale. Il consacre la fin d’une lecture naïve des rapports de force, où l’argent serait capable d’acheter la souveraineté ou de détourner la volonté populaire. En levant le voile sur des crises délibérément programmées, tentées tantôt par le flanc sud sahélien, tantôt par des tentatives d’infiltration de la scène politique intérieure, le président n’a pas cherché l’effet médiatique, mais l’activation d’une arme majeure : celle de la légitimité souveraine.

La révélation d’ingérences visant les processus électoraux algériens constitue, à cet égard, un tournant majeur. Elle fait basculer ces agissements du registre du différend diplomatique vers celui de l’hostilité caractérisée. L’alliance de capitaux étrangers avec des relais internes pour altérer la volonté populaire ne relève plus de la rivalité d’influence, mais d’une attaque frontale contre l’État. La réponse algérienne, toutefois, n’a pas été rhétorique. Elle s’est traduite par des opérations sécuritaires ciblées et efficaces, neutralisant ces projets à la racine et rappelant que les institutions algériennes ne sont ni perméables ni négociables.

Sur le plan économique, la clarification est tout aussi nette. Le désengagement progressif des investissements à caractère douteux dans des secteurs stratégiques – ports, tabac, segments sensibles de l’industrie – révèle une compréhension fine des formes contemporaines de conflictualité. Les guerres d’aujourd’hui ne se livrent plus uniquement par les armes, mais par les investissements instrumentalisés et les partenariats conditionnés. L’Algérie affirme ainsi un principe cardinal : l’investissement est bienvenu lorsqu’il est productif et transparent, mais rejeté dès lors qu’il devient un levier de chantage politique ou une couverture d’ingénierie déstabilisatrice.

La décision souveraine de suspendre l’accord de transport aérien et de fermer l’espace aérien national à cet État s’inscrit dans cette même logique de réciprocité assumée. Ce n’est plus un slogan diplomatique, mais une réalité géographique et économique tangible, dont le coût sera directement supporté par ceux qui ont choisi l’escalade. Quant aux menaces de recours à l’arbitrage international, elles se heurtent à une Algérie sûre de ses fondamentaux : un État qui vise un PIB de 400 milliards de dollars et dispose de réserves confortables ne se laisse pas intimider par les tribunaux internationaux, surtout lorsque les dossiers de déstabilisation régionale de ses adversaires sont autrement plus lourds.

La dimension arabe du discours présidentiel mérite une attention particulière. En affirmant sans ambiguïté que la sécurité de l’Arabie saoudite est indissociable de celle de l’Algérie, le président Tebboune a opéré une manœuvre d’isolement stratégique d’une rare finesse. Il a dissocié le noyau dur de la sécurité arabe des politiques aventureuses d’Abou Dhabi, empêchant toute tentative de travestir le différend avec l’Algérie en conflit intra-arabe. Ce positionnement démontre la capacité d’Alger à distinguer les partenaires stratégiques authentiques des acteurs agissant comme relais d’agendas extérieurs, souvent alignés sur des intérêts sionistes étrangers à la stabilité régionale.

Enfin, dans l’espace sahélien, les limites de la stratégie d’encerclement apparaissent au grand jour. Les tentatives de pression via le financement de groupes armés et l’alimentation des foyers de tension aux frontières sud relèvent d’un calcul erroné. L’Algérie, forte de son armée, de son expérience sécuritaire et de sa profondeur diplomatique africaine, n’est pas un État que l’on marginalise ; elle est une puissance de stabilisation sans laquelle aucun équilibre régional durable n’est envisageable.

En définitive, le message est limpide. L’Algérie a changé de posture sans changer de principes. Elle laisse désormais à ses adversaires un choix clair : revenir à la rationalité géopolitique et au respect de la souveraineté des États, ou persister dans une fuite en avant qui conduira inévitablement à un regret stratégique majeur. Car l’histoire l’a montré : l’Algérie peut patienter, mais elle n’oublie jamais, et elle ne pardonne pas à ceux qui jouent avec la sécurité de son peuple sous quelque prétexte que ce soit.

Par Belgacem Merbah


 

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