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L’acquisition du Su‑57E par l’Algérie : un tournant stratégique qui recompose l’équilibre des forces au Maghreb

L’acquisition par l’Algérie du Su‑57E russe, l’un des chasseurs de cinquième génération les plus avancés au monde, marque une évolution majeure dans le paysage militaire régional. Souvent comparé au F‑35 américain pour sa furtivité et ses capacités de combat avancées, l’entrée de cet appareil en service en Algérie représente un saut technologique significatif aux conséquences stratégiques profondes pour le Maghreb.

Une percée technologique aux répercussions régionales

En intégrant le Su‑57E à son arsenal, l’Algérie devient le premier pays arabe et africain à déployer un chasseur de cinquième génération.
Les images circulant en ligne, suivies d’une confirmation officielle d’une commande estimée à une douzaine d’appareils, renforcent l’analyse des experts selon laquelle l’Algérie s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à :

  • renforcer sa posture de dissuasion,
  • maintenir un avantage qualitatif dans son voisinage,
  • consolider son autonomie stratégique grâce à des partenariats de défense diversifiés.

Cette démarche s’inscrit dans la doctrine constante de l’Algérie : préserver son indépendance en matière d’achats militaires et contribuer à la stabilité régionale.

Une réaction marocaine marquée par la psychologie et la communication médiatique

Au Maroc, l’annonce a déclenché une réaction psychologique et politique forte.
Plutôt que d’ouvrir un débat interne sur la modernisation capacitaire ou l’adaptation stratégique, Rabat a choisi d’internationaliser la question à travers des relais médiatiques, notamment en France, en Israël et sur certaines plateformes anglophones.

Un exemple notable est apparu sur le site de The Times of Israel, où un commentateur proche des cercles sécuritaires marocains a appelé Washington à sanctionner l’Algérie au titre des lois américaines visant les partenaires de l’industrie de défense russe. L’article évoquait même Sonatrach parmi les cibles potentielles — une posture plus politique qu’une réelle analyse stratégique.

Cette campagne médiatique s’explique également par la frustration du Maroc après son échec à obtenir des F‑35 de Lockheed Martin, malgré un lobbying intense. Les États‑Unis, soucieux de limiter la diffusion de technologies sensibles, ont préféré poursuivre leur partenariat traditionnel avec Rabat autour des F‑16 modernisés.

Un schéma structurel récurrent : l’externalisation des rapports de force

Ces développements illustrent un schéma bien connu de la diplomatie marocaine : la tendance à externaliser les équilibres régionaux en recherchant l’appui d’acteurs tiers.

Cette approche repose largement sur :

  • Israël, dont la coopération stratégique avec Rabat s’est intensifiée depuis 2020,
  • la France, traditionnellement alignée sur les positions marocaines,
  • les Émirats arabes unis, dont le soutien politique et financier renforce la posture de Rabat.

Ce réseau d’alliances façonne l’environnement stratégique du Maroc, mais révèle également une dépendance structurelle qui limite son autonomie décisionnelle.

Le pragmatisme de Washington : stabilité plutôt que confrontation

Contrairement aux attentes marocaines, la position américaine s’est caractérisée par une insistance constante sur le rôle stabilisateur de l’Algérie. Les responsables américains soulignent régulièrement :

  • l’importance centrale de l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme,
  • la coordination opérationnelle au Sahel et en Méditerranée,
  • la nécessité d’un dialogue sécuritaire soutenu dans une région volatile.

Compte tenu de l’instabilité persistante en Libye et de la fragilité des États sahéliens, Washington privilégie une approche équilibrée et tournée vers la stabilité, évitant toute mesure susceptible d’affaiblir la coordination avec des partenaires régionaux clés.
Ainsi, les appels marocains à sanctionner l’Algérie apparaissent largement déconnectés des priorités stratégiques américaines.

L’Algérie réaffirme sa souveraineté

Face à cette pression médiatique, l’Algérie a délivré un message clair et sans ambiguïté.
« L’Algérie est libre, et personne ne dicte ses partenariats. »

Cette affirmation rappelle un principe fondamental de la diplomatie algérienne :
les décisions stratégiques, en particulier en matière de partenariats de défense, relèvent exclusivement de la souveraineté nationale et ne sont pas susceptibles d’ingérence.

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