La visite du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, à Alger, prévue pour les 17 et 18 février, constitue un événement diplomatique majeur dans le contexte tendu des relations franco-algériennes. Envisagée depuis octobre dernier, cette rencontre marque la volonté de Paris de relancer un dialogue bilatéral après plusieurs mois de tension, mais elle arrive tardivement, à un moment où la France semble encore ne pas avoir pleinement saisi les causes profondes de la rupture.
Un changement de ton, mais une visite tardive
Au début du mois de février, Laurent Nuñez adoptait une position exigeante, posant des conditions à sa venue, notamment sur la situation du journaliste français Christophe Gleizes détenu en Algérie et sur la reprise des expulsions d’Algériens en situation irrégulière. Ce ton rigide a été perçu comme un obstacle à la reprise du dialogue. Quelques jours plus tard, le 9 février, Nuñez a radicalement changé de posture, annonçant qu’aucun préalable ne serait posé et affirmant sa volonté de « reprendre langue avec nos amis algériens partenaires incontournables » pour la France.
Malgré ce revirement, le déplacement arrive dans un contexte où la France continue de soutenir le Maroc sur le dossier du Sahara occidental, un point stratégique et sensible pour l’Algérie. Ce retard et ce manque de compréhension des priorités d’Alger limitent la portée de la visite et obligent la diplomatie française à adopter une approche particulièrement prudente et respectueuse.
Une visite préparée et des dossiers stratégiques
La visite de Nuñez a été minutieusement préparée. Le ministre a discuté avec son homologue algérien la veille de son déplacement afin de définir les points à aborder. Les discussions porteront sur des questions de sécurité, de réadmission, de lutte contre le terrorisme et de narcotrafic. Ces dossiers, à caractère opérationnel, témoignent de la volonté des deux pays de privilégier une coopération pragmatique sur les aspects techniques et sécuritaires.
En outre, Nuñez a exprimé son optimisme quant à la reprise de l’exécution des OQTF (Obligations de Quitter le Territoire Français) frappant les ressortissants algériens en situation irrégulière, un sujet sensible pour Paris mais qui doit être traité avec prudence pour ne pas affecter la confiance entre les deux pays.
Les limites et les conditions de l’Algérie
L’Algérie a clairement établi que toute concession doit s’accompagner de contreparties tangibles. Les dossiers à caractère stratégique, tels que le Sahara occidental, la sécurité régionale et la coopération migratoire, demeurent non négociables. La France doit comprendre que l’Algérie ne fera aucun compromis sur ses intérêts vitaux et qu’une approche unilatérale ou comminatoire serait contre-productive.
Le soutien continu de Paris au Maroc dans le dossier du Sahara occidental renforce cette exigence. Toute reprise du dialogue devra donc s’appuyer sur un respect mutuel des priorités stratégiques d’Alger et sur un engagement réel à considérer ses positions comme légitimes et incontournables.
Analyse stratégique
La visite de Nuñez représente une tentative pour la France de repositionner ses relations avec l’Algérie sur une base pragmatique et constructive. Elle symbolise le passage d’un ton rigide et parfois belliqueux, hérité de l’ère Bruno Retailleau, à une approche plus technocratique et mesurée. Toutefois, le succès de ce déplacement dépendra de la capacité française à montrer qu’elle comprend les enjeux vitaux pour l’Algérie et à s’engager dans un échange équilibré.
Les dossiers techniques et sécuritaires sont au centre de cette visite, mais le contexte politique et diplomatique reste fragile. La France doit éviter toute approche perçue comme une pression ou une tentative d’imposer ses conditions. Seule une coopération respectueuse et pragmatique permettra de restaurer un climat de confiance et de relancer un partenariat stratégique crucial dans la région du Maghreb et pour la sécurité européenne.
Conclusion
La visite de Laurent Nuñez à Alger intervient après plusieurs mois de tensions et d’incompréhensions, mais elle ouvre une fenêtre pour réajuster le dialogue bilatéral. La réussite de cette initiative dépendra surtout de la capacité de la France à adopter une approche pragmatique, flexible et réellement attentive aux priorités stratégiques de l’Algérie. Dans un contexte régional particulièrement sensible, cette visite ne pourra produire des résultats tangibles que si elle s’appuie sur un respect mutuel authentique et sur la reconnaissance des dossiers essentiels pour Alger, notamment la question du Sahara occidental et les enjeux de sécurité régionale.
Cette démarche vise également à contenir l’ascension fulgurante de l’Italie sur le marché algérien. Rome occupe désormais une place croissante dans presque tous les domaines, au point de devenir un partenaire européen incontournable. Malgré ses efforts, Paris sait qu’elle ne pourra ni freiner ni inverser cette dynamique : l’Italie demeure et restera le premier partenaire de l’Algérie en Europe. De la même manière, l’Algérie ne reviendra pas sur ses positions, tout comme la France ne modifiera pas la sienne concernant le dossier du Sahara occidental.
Dans ces conditions, l’enjeu réel de cette visite est moins de modifier les équilibres diplomatiques que de sauver les apparences et de préserver un minimum de cohérence dans la relation bilatérale.
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