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Ksar Ich après El Arja et Oued Zelmou : quand un bornage inachevé croise la lutte anti-trafics le long de la frontière algéro-marocaine

Par-delà les palmeraies silencieuses et les oueds aux noms disputés, la frontière algéro-marocaine demeure l’un des lieux où l’Histoire, le droit et la sécurité s’entrecroisent avec le plus de rudesse.
Ksar Ich, après El Arja et Oued Zelmou, n’est pas un accident : c’est un symptôme. Celui d’une ligne héritée, reconnue juridiquement, mais inachevée matériellement ; celui aussi d’un front discret mais constant contre les trafics transfrontaliers qui minent la souveraineté et menacent la stabilité régionale.

Un épisode frontalier chargé de symboles

Les événements rapportés début février 2026 dans le secteur de Ksar Ich, à la lisière de Figuig, ont immédiatement réveillé les mémoires. Pose de repères, enlèvement de clôtures, tirs aériens nocturnes : la séquence, relayée essentiellement par des médias marocains, a été décrite comme une « provocation ». 
Côté algérien, aucun communiqué politique tonitruant, aucune surenchère verbale. Seulement une constante : la sécurisation de la frontière nationale, dans un contexte de pression criminelle accrue.

Il faut ici rappeler une vérité simple, souvent éludée : l’Algérie n’agit pas sur une frontière contestée, mais sur une frontière juridiquement reconnue, dont le tracé est fixé par des instruments internationaux enregistrés auprès des Nations unies. Ce qui fait défaut, ce n’est pas le droit ; c’est le bornage effectif, laissé en suspens depuis des décennies.

El Arja et Oued Zelmou : les précédents révélateurs

L’affaire d’El Arja en mars 2021 avait déjà mis à nu cette fragilité. Des terres exploitées de longue date par des agriculteurs marocains se sont révélées situées, selon le tracé légal de 1972, en territoire algérien. La douleur sociale fut réelle, les pertes économiques lourdes, mais le cœur du problème demeurait juridique et historique : l’usage ne crée pas la souveraineté.

Quelques mois plus tard, à Oued Zelmou, la tension monta encore d’un cran. Là aussi, aucune escalade militaire, mais une crispation révélatrice d’une frontière fermée depuis 1994, privée de ses mécanismes naturels de désescalade et livrée aux interprétations médiatiques les plus anxiogènes.

Ksar Ich s’inscrit clairement dans cette continuité : celle d’une zone grise, où chaque pierre déplacée devient un acte politique, chaque clôture un symbole national.

Le droit : une armature solide, trop souvent ignorée

Deux textes fondent juridiquement la frontière algéro-marocaine :
  • Le traité de Lalla-Maghnia (1845), qui attribue clairement les ksour de la région, dont Ich, au Maroc, tout en laissant non bornées les zones désertiques plus au sud.
  • La Convention de Rabat (1972), signée par les deux États souverains, ratifiée, publiée, et enregistrée à l’ONU, qui précise le tracé et institue une commission mixte de bornage.
Un point mérite d’être souligné avec force :

👉 L’article 6 de la Convention de 1972 autorise, en cas de défaillance prolongée de la commission mixte, un bornage effectué à l’initiative de la partie la plus diligente, sous réserve d’information préalable.

Autrement dit, le droit international ne fige pas l’inaction. Il reconnaît la nécessité, parfois, d’agir pour matérialiser une frontière déjà convenue.
Ce qui nourrit aujourd’hui la controverse n’est donc pas l’illégalité supposée de gestes techniques, mais l’absence de transparence publique sur les notifications, terrain fertile aux accusations de « fait accompli ».

La variable sécuritaire : Béchar comme clé de lecture

Ignorer le contexte sécuritaire serait une faute d’analyse.
Entre janvier et février 2026, l’Armée nationale populaire a mené, dans la région de Béchar, une série d’opérations majeures contre des réseaux de narcotrafic lourdement armés. Trois individus marocains ont été neutralisés, des quantités exceptionnelles de kif traité saisies, dépassant huit quintaux en quelques jours.

C’est le rappel brutal que la frontière occidentale n’est pas seulement une ligne diplomatique, mais un front contre le crime organisé, dont les ramifications menacent directement la jeunesse algérienne, l’économie nationale et la sécurité collective.
Dans cette perspective, Ksar Ich apparaît moins comme une initiative isolée que comme un segment d’une stratégie globale de verrouillage territorial.

À ce jour, il existerait au moins dix points, comparables à l’oasis d’El Arja, où l’Algérie tolère la présence de cultivateurs marocains en contrepartie d’informations recueillies. Les expulsions survenues à El Arja, Oued Zelmou, et plus récemment à Kasr Ich, semblent dictées avant tout par des motifs sécuritaires : les autorités algériennes ont estimé que certaines populations marocaines ne coopéraient pas de manière satisfaisante et, dans certains cas, se retrouvaient complices de réseaux criminels actifs dans le trafic de drogues et d’armes.

Ce que révèle la séquence Ich–El Arja–Zelmou

Trois enseignements majeurs se dégagent :
  • Le bornage inachevé est une bombe à retardement politique.
  • La fermeture prolongée de la frontière amplifie chaque incident mineur.
  • La lutte anti-trafics est désormais indissociable de la question frontalière.

Pour une sortie par le haut

L’Algérie n’a ni intérêt à l’escalade, ni besoin de démonstration de force. Elle a, en revanche, le devoir de protéger son territoire et le droit d’exiger l’application intégrale des accords signés.

La voie est connue :
  • réactivation transparente de la commission mixte de bornage ;
  • publication progressive des travaux et des tracés ;
  • mécanismes locaux de désescalade ;
  • audits indépendants croisant droit, cartographie et usages.
C’est par la clarté, et non par le tumulte, que se consolident les frontières.

Et c’est par la fidélité au droit et à la souveraineté que l’Algérie demeure fidèle à elle-même : un État héritier d’une longue mémoire, ferme sur ses principes, et lucide sur les menaces de son temps.

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