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Jack Lang, bouc émissaire idéal : quand Le Monde construit une narration pour justifier le revirement français au profit du Maroc

La scène diplomatique franco‑maghrébine a été profondément bouleversée entre 2021 et 2026 par une série d’événements impliquant Jack Lang, ancien ministre et président de l’Institut du Monde Arabe (IMA) jusqu’à sa démission en février 2026.
Mais au‑delà des faits, une question essentielle demeure : pourquoi Le Monde publie‑t‑il précisément maintenant une enquête aussi ciblée ?
Et surtout : à qui profite réellement la mise en accusation soudaine de Jack Lang ?

De nombreux observateurs s’interrogent : et si cet article n’était pas une fin en soi, mais un outil politique destiné à reconfigurer la position française au Maghreb ?


1. Un timing suspect : un article qui tombe à pic pour Paris

L’enquête du Monde du 10 février 2026 intervient dans un moment extrêmement sensible :
– relations franco‑algériennes au plus bas,
– pression croissante sur Paris pour sortir de l’impasse diplomatique,
– incapacité totale de justifier, rationnellement, le virage pro‑marocain opéré en 2024.

Difficile de croire que cette publication est le fruit du hasard.

Beaucoup s’interrogent :
Le Monde a‑t‑il été “inspiré” par certains cercles de décision français désireux d’utiliser Jack Lang comme fusible afin de réécrire l’histoire et d’expliquer, a posteriori, la faute stratégique du soutien accordé au Maroc sur le Sahara occidental ?

Car enfin, soyons sérieux :
depuis quand les notes personnelles d’un ancien ministre, dépourvu de mandat officiel, pèsent davantage que les analyses de la diplomatie française, des conseillers de l’Élysée et des services spécialisés ?


2. 2021–2023 : un contexte conflictuel propice aux récits commodes

Entre 2021 et 2023, les relations Paris–Rabat traversent une crise sans précédent.
Dans cette paralysie diplomatique, Jack Lang commence à occuper un espace que certains médias qualifient aujourd’hui de “canal parallèle”.

Pourtant, les faits sont connus : il n’a ni mandat, ni autorité diplomatique.
Alors pourquoi lui attribuer aujourd’hui un rôle décisionnel déterminant ?

L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’il sert de paravent commode pour masquer les véritables motivations de l’Élysée lors du tournant marocain.


3. Le récit du Monde : Jack Lang, l’homme qui aurait fait plier l’Élysée

Selon Le Monde, Jack Lang aurait envoyé de multiples notes à Emmanuel Macron recommandant :

  1. une reprise du dialogue direct avec Mohammed VI ;
  2. une reconnaissance explicite de la “souveraineté” marocaine sur le Sahara occidental.

L’article suggère que ces notes auraient pesé lourdement sur la décision française.

Mais cette version prête à interrogation :
serait‑il plausible que des décisions aussi stratégiques — engageant la sécurité régionale, les équilibres euro‑méditerranéens et les relations avec Alger — aient été prises sur la base de simples notes informelles ?

Cela revient à dire que l’Élysée agit sur impulsion, et non sur expertise stratégique.
Une affirmation difficilement crédible.


4. 2024 : un revirement français que l’on cherche aujourd’hui à justifier

À l’été 2024, Paris reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
Une décision lourde de conséquences :

– reprise spectaculaire des relations Paris–Rabat,
– visite d’État de Macron en octobre 2024,
– promesses d’investissements franco‑marocains atteignant 10 milliards d’euros.

Un choix politique assumé… jusqu’à ce qu’il provoque l’effondrement des relations avec Alger.

C’est là que l’article du Monde prend tout son sens :
en attribuant cette erreur stratégique à l’influence d’un individu isolé, Paris évite de reconnaître que ce revirement était délibéré, réfléchi, et potentiellement dicté par des intérêts économiques et géopolitiques plus profonds.


5. Les dégâts collatéraux : l’effacement français en Algérie

Le soutien français au Maroc provoque une rupture durable avec Alger :

  1. Un effondrement économique pour Paris en Algérie
    — retraits massifs d’entreprises françaises,
    — percée de l’Italie (présente aujourd’hui sur près de 60 % du marché),
    — montée en puissance du Royaume‑Uni dans le domaine culturel.

  2. Une perte majeure de soft power
    — recul du français,
    — fermeture progressive d’institutions françaises,
    — perte d’influence diplomatique.

Face à cette réalité, Paris a besoin d’une narration qui : – minimise ses propres erreurs,
– attribue le revirement marocain à un “dérivatif humain” facile à sacrifier,
– prépare un repositionnement vers Alger.

Et quoi de mieux que Jack Lang, personnage public, facilement isolable, et désormais affaibli ?


6. La chute organisée d’un “intermédiaire”

En février 2026, Lang démissionne de l’IMA dans le contexte d’une enquête judiciaire sans lien direct avec le Maghreb.
Ce départ fournit un prétexte idéal :

“Puisqu’il est affaibli, chargeons‑le de porter le poids du virage marocain.”

Une manière élégante de réécrire l’histoire : – Lang aurait “poussé” Paris,
– Paris aurait “suivi”,
– l’Élysée ne serait pas responsable.


Conclusion : quand un article sert d’outil diplomatique

Au final, l’affaire Jack Lang ne révèle pas seulement les jeux d’influence entre Paris et Rabat.
Elle expose surtout une tentative de réécriture de la diplomatie française.

L’article du Monde semble participer à :

  1. la fabrication d’un récit où Jack Lang devient le bouc émissaire du revirement de 2024 ;
  2. la tentative de Paris de se repositionner face à Alger après une erreur stratégique majeure ;
  3. la volonté de faire croire que ce tournant n’était pas un choix assumé, mais une “influence malheureuse”.

Mais personne n’est dupe :
les décisions présidentielles ne reposent jamais sur des notes d’un acteur culturel, mais sur des calculs géopolitiques.

Et c’est précisément cette vérité que ce récit cherche à dissimuler.



Par Belgacem Merbah


 

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