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Gara Djebilet et la ligne ferroviaire du Sud-Ouest : pourquoi ce double lancement algérien provoque autant d’émotion et de commentaires au Maroc ?

Le double lancement de l’exploitation de la mine de Gara Djebilet et de la ligne ferroviaire Tindouf–Béchar, sur près de 950 kilomètres, a suscité une vague inhabituelle de réactions, d’émotions et de commentaires, bien au-delà des cercles économiques et techniques. Cet emballement n’est ni fortuit ni exagéré : il révèle des enjeux de souveraineté, de mémoire historique, de propagande régionale et de projection stratégique qui dépassent largement le simple cadre d’un projet d’infrastructure.

1. Un projet qui fissure une vieille propagande irrédentiste

Depuis des décennies, une partie de la propagande marocaine, portée par des médias proches du palais royal, entretient l’idée d’une supposée « marocanité » des wilayas algériennes de Béchar et Tindouf. Cette narration ignore délibérément les réalités juridiques internationales, notamment le traité frontalier algéro-marocain de 1972, ratifié, enregistré et soumis aux Nations unies.


Or, l’Algérie ne se contente pas de rappeler le droit : elle l’incarne sur le terrain. En investissant des milliards de dollars dans ces régions que la propagande marocaine qualifie abusivement de « disputées », l’État algérien envoie un message clair. Les États qui doutent de leur souveraineté ou craignent une remise en cause territoriale n’investissent pas massivement dans des infrastructures lourdes, stratégiques et irréversibles.

L’investissement algérien est donc un acte politique de souveraineté, un message de confiance dans l’avenir de ces territoires, profondément ancrés dans le cœur et l’histoire du peuple algérien.

2. La fin d’un mensonge géostratégique sur le Sahara occidental

Un autre discours marocain s’effondre avec fracas : celui qui prétendait que l’Algérie nourrirait des visées expansionnistes sur le Sahara occidental dans le but d’obtenir un accès à l’océan Atlantique.

La réalité est aujourd’hui incontestable : la ligne ferroviaire Gara Djebilet – Tindouf – Béchar relie directement la mine aux ports algériens du nord, intégrant le Sud-Ouest au réseau économique national sans aucune projection extérieure.

Ce choix logistique, rationnel et souverain, détruit définitivement le mythe de l’Algérie « en quête d’Atlantique ». L’Algérie connecte son Sud à son Nord, ses ressources à ses ports, son territoire à lui-même. Rien de plus. Rien de moins.

3. Une claque infrastructurelle difficile à digérer

Le choc est d’autant plus violent que la comparaison est cruelle.
Alors que le réseau ferré marocain ne dépasse pas 2 060 km, l’Algérie a réalisé 950 km de chemin de fer en à peine 20 mois, soit près de la moitié du réseau marocain, dans des conditions géographiques et climatiques infiniment plus exigeantes.

Cette performance explique en partie la nervosité observée. Incapable de répondre par des projets structurants équivalents, le régime marocain choisit la voie qu’il maîtrise le mieux : le dénigrement, la désinformation et l’agitation médiatique. À défaut de rails, il lâche ses relais médiatiques.

4. Un message social à l’opposé du modèle marocain

Au-delà de la géopolitique, le projet porte une dimension sociale et nationale profonde. En engageant plus de 2 milliards de dollars pour connecter les populations du Sud au réseau ferré national, l’Algérie affirme une vision claire : il n’existe ni Algérie utile ni Algérie inutile.

Ce choix contraste violemment avec un modèle marocain assumé, où les décideurs parlent sans complexe d’un « Maroc utile » et d’un « Maroc inutile », abandonnant des régions entières à la marginalisation. En Algérie, l’État investit, construit et anticipe. Ces infrastructures modernes auront un impact économique, social et démographique majeur, favorisant l’émergence de nouvelles villes, de pôles de services et d’activités le long de l’axe Béchar–Tindouf.

5. Gara Djebilet : le basculement économique du Sud-Ouest

Enfin, l’élément le plus dévastateur pour la propagande marocaine reste l’impact économique colossal de la mine de Gara Djebilet. Les projections évoquent des retombées annuelles dépassant les 20 milliards de dollars à moyen terme.
Ce flux transformera radicalement le Sud-Ouest algérien et fera de Tindouf l’une des wilayas les plus riches du pays.

Cette dynamique rendra toute comparaison avec le Sahara occidental occupé intenable. Là où la propagande marocaine cherchait à opposer Tindouf à ses territoires occupés, l’écart économique, social et infrastructurel deviendra abyssal.

Conclusion

Le double lancement de Gara Djebilet et de la ligne ferroviaire du Sud-Ouest n’est pas seulement un succès industriel.
C’est un acte de souveraineté, une réponse silencieuse mais implacable à la propagande, une leçon de développement national et un choix stratégique assumé.

L’Algérie ne répond pas aux mensonges par des discours : elle répond par des rails, des mines, des villes et de l’avenir.



Par Belgacem Merbah


 

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