
I. Gouvernance intérieure : réformes ciblées et consolidation de l’État social
1) Vers une nouvelle politique de soutien social, adossée à la numérisation.
Le chef de l’État a évoqué la possibilité d’un basculement vers un dispositif de soutien repensé d’ici la fin de l’année en cours – début de l’année prochaine, grâce à la généralisation de la numérisation. Ce chantier sera piloté par une commission nationale rassemblant partis et syndicats représentatifs, gage d’une démarche concertée et crédible.
2) “L’État au service du peuple”.
Tebboune a assumé un pragmatisme protecteur, parfois “paternaliste”, lorsqu’il s’agit de défendre l’intérêt du citoyen dans une phase de transition vers une nouvelle étape pour l’Algérie.
3) Ajustements constitutionnels à visée technique.
Constatant des lacunes d’application de certaines dispositions, il a annoncé un ajustement technique de la Constitution, après l’adoption de la loi sur les partis. S’ouvrira alors un dialogue avec les formations disposant d’une représentation pour débattre d’un “projet de société” fédérateur.
4) Liberté d’expression et ligne rouge.
La liberté d’expression est “constitutionnellement garantie”, a rappelé le président. Elle ne saurait toutefois couvrir les injures ni l’incitation à la division. L’État ne laissera pas prospérer les discours de fracture au nom d’une liberté mal comprise.
5) Régularisation des situations précaires des jeunes à l’étranger.
Des mesures de régularisation viseront les jeunes Algériens à l’étranger en situation fragile et/ou irrégulière, à l’exception de ceux impliqués dans des faits d’intelligence avec des parties étrangères, qui relèvent de la justice. Le président a précisé que ces dispositions n’ont aucun lien avec les mesures d’éloignement décidées par les autorités françaises.
6) Santé et éducation gratuites : un choix stratégique.
L’ancrage social de l’État est réaffirmé : gratuité de l’école et de la santé, et pédagogie anti‑gaspillage pour préserver les acquis nationaux.
7) Maturité civique et efficacité institutionnelle.
Le président a salué le niveau de conscience du peuple face aux tentatives de perturbation, et l’efficacité des institutions dans leur traitement démocratique de ces enjeux.
II. Économie productive : grands projets structurants et horizon 2026–2028
8) Croissance : cap sur 2027.
Le produit intérieur brut (PIB) de l’Algérie est attendu au‑delà de 400 milliards de dollars à l’horizon 2027, signe d’une confiance dans la dynamique de transformation engagée.
9) Financement : prudence souveraine.
Pas de recours à l’endettement externe de confort ; d’éventuels financements ne viseront que des projets à haute rentabilité et selon une logique rationnelle. À titre d’illustration, un financement du Banque africaine de développement de plus de 3 milliards de dollars est mobilisé pour étendre la ligne ferroviaire vers El Menéa et Ghardaïa, avec des modalités de remboursement sur 13 ans.
10) Ligne minière ouest (Gara Djebilet – Tindouf – Béchar).
Projet stratégique et national, destiné à valoriser les richesses minières du pays, cette dorsale est présentée comme la “première étape” de l’Algérie vers le statut de pays émergent. À la clé : environ 18 000 emplois et la démonstration concrète que l’Algérie demeure un “pays des miracles” par l’ampleur de ses capacités.
11) Projets miniers majeurs.
- Plomb et zinc de Oued Amizour (Béjaïa) : lancement avant la fin du 1er trimestre 2026.
- Ligne minière est (Blad El Hadba – port d’Annaba) : expédition du phosphate algérien via le terminal minéralier d’Annaba entre fin 2026 et le 1er semestre 2027.
12) Maillage ferroviaire vers le Grand Sud.
- Alger – Tamanrasset : mise en service prévue en 2028.
Extension vers Adrar : entre fin 2026 et le 1er semestre 2027.
Ces axes structurants matérialisent la connexion Nord–Sud, désenclavent les territoires et soutiennent la montée en charge des chaînes minières et logistiques.
III. Politique étrangère : multipartenariat, stabilité régionale et non‑ingérence
13) Relations équilibrées et intérêt mutuel.
L’Algérie privilégie des partenariats gagnant‑gagnant avec l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, et maintient des liens de haut niveau avec les États‑Unis, la Russie et la Chine.
14) France : un signal amical.
Le président a salué Ségolène Royal, présidente de l’Association France‑Algérie, récemment en visite, la qualifiant de “bienvenue”.
15) Voisinage sahélo‑saharien.
- Mauritanie : un voisinage fraternel, avec une entraide active.
- Niger : respect affirmé au président Abdel Rahmane Tiani et invitation officielle à Alger.
- Mali : un “passé commun” à protéger, et une mise en garde contre les acteurs qui viennent armer, séduire et préempter les ressources.
- Burkina Faso : des relations bonnes que l’Algérie est prête à approfondir.
- Libye : tout ce qui touche la Libye touche l’Algérie ; priorité à une solution libyenne‑libyenne et au choix souverain des représentants.
16) Monde arabe.
Avec l’Égypte, des relations historiques et un refus de toute agression. Les liens avec le Qatar, le Koweït et l’Arabie saoudite sont qualifiés de “plus que fraternels”.
IV. Sports : une passion assumée pour les Verts
Le président a partagé son enthousiasme personnel pour l’équipe nationale de football et son désir constant de victoires, miroir d’une attente populaire forte.
Conclusion analytique
L’entretien trace les contours d’une stratégie cohérente :
- À l’intérieur, une réforme sociale pilotée par la donnée et la numérisation, un État‑providence consolidé, et une mise à jour institutionnelle pour fluidifier l’action publique et préserver l’unité nationale.
- Sur le plan économique, un basculement opérationnel vers l’industrialisation minière, l’intégration ferroviaire et la logistique, avec un horizon calé entre 2026 et 2028, et une discipline financière assumée.
- À l’extérieur, une diplomatie de stabilité, de multipartenariat et de non‑ingérence, qui cherche à sécuriser le voisinage, à diversifier les leviers de puissance et à préserver l’autonomie de décision.
En somme, un cap qui conjugue cohésion sociale, souveraineté économique et équilibre diplomatique, avec des jalons temporels précis et des projets d’infrastructure capables d’ancrer la transformation dans la durée.
Par Belgacem Merbah
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