L’épisode impliquant Mohamed Amoura après la victoire de l’Algérie face à la République démocratique du Congo (1-0) en huitièmes de finale de la CAN a rapidement dépassé le cadre du simple fait de jeu pour se transformer en controverse symbolique et politique. En mimant, dans un geste de chambrage, l’attitude d’un supporter congolais emblématique, l’attaquant des Fennecs s’est retrouvé au cœur d’une tempête médiatique qu’il n’avait manifestement ni anticipée ni souhaitée.
Un chambrage sportif devenu affaire symbolique
Dans l’euphorie de la qualification, Amoura a reproduit un geste perçu comme une moquerie à l’encontre de Michel Nkuka Mboladinga, figure devenue virale de cette CAN. Ce dernier incarne, par sa posture figée et son apparence soignée, un hommage vivant à Patrice Lumumba, héros de l’indépendance congolaise et symbole majeur du panafricanisme assassiné en 1961.
Ce qui aurait pu rester un banal épisode de chambrage footballistique a pris une dimension autrement plus sensible du fait de la charge historique et émotionnelle attachée à la figure de Lumumba. Conscient a posteriori de cette portée, Mohamed Amoura a présenté des excuses publiques, expliquant ne pas avoir eu connaissance de la signification du symbole et réaffirmant son respect pour le peuple congolais et son équipe nationale.
La FAF dans une démarche d’apaisement et de reconnaissance
Dans ce contexte tendu, la Fédération algérienne de football a adopté une attitude responsable et cohérente avec la tradition diplomatique et panafricaine de l’Algérie. Loin de toute posture défensive ou de minimisation, la FAF a officiellement invité Michel Nkuka Mboladinga, le supporter congolais incarnant Patrice Lumumba, afin de lui rendre hommage et de saluer la portée symbolique de son engagement mémoriel.
Ce geste fort, largement ignoré par certains médias prompts à la polémique, traduit une volonté claire d’apaisement, de respect mutuel et de reconnaissance de la mémoire africaine partagée. Il démontre que l’institution footballistique algérienne a pleinement mesuré la dimension extra-sportive de l’incident et a choisi la voie de l’intelligence historique plutôt que celle de la surenchère émotionnelle.
Excuses et responsabilité : le temps de l’apaisement
La réaction d’Amoura tranche avec la logique de déni souvent observée dans ce type de polémiques. En reconnaissant que son geste a pu être mal compris et en exprimant des regrets sincères, l’international algérien a assumé une responsabilité morale sans intention de provocation. Cette posture, conjuguée à l’initiative de la FAF, contribue à désamorcer une controverse qui n’aurait jamais dû dépasser le cadre du terrain.
Elle rappelle aussi une réalité incontournable du football moderne : les joueurs ne sont plus de simples acteurs sportifs, mais des figures publiques évoluant dans un espace saturé de symboles, d’histoires et de mémoires parfois douloureuses.
La récupération médiatique et l’hypocrisie sélective
Plus problématique encore que le geste initial est la tentative de récupération observée dans certains médias marocains, prompts à instrumentaliser l’incident pour attiser les tensions entre Algériens et Congolais. Ces médias se sont soudainement mués en défenseurs autoproclamés de Patrice Lumumba, au prix d’un révisionnisme historique manifeste.
Car l’histoire est têtue. Le Maroc officiel de l’époque a activement participé au complot ayant conduit à l’assassinat de Lumumba, notamment à travers le rôle du Colonel Kettani. Le principal commanditaire de ce crime, Mobutu Sese Seko, entretenait par ailleurs des relations étroites avec Rabat et fut accueilli puis enterré au Maroc après la chute de son régime. Cette réalité historique rend pour le moins indécente toute posture morale sélective visant à donner des leçons de panafricanisme.
L’Algérie et Lumumba : une position constante
À l’inverse, la position de l’Algérie sur la question lumumbiste a toujours été claire et constante. Fidèle à son héritage révolutionnaire, Alger s’est rangée du côté des mouvements de libération africains et a offert refuge à des figures poursuivies. L’arrestation de Moïse Tshombé par l'Algérie, acteur central de la sécession katangaise et impliqué dans l’assassinat de Lumumba, puis sa mort en Algérie, témoignent de cet engagement politique et symbolique.
Cette constance historique explique pourquoi la tentative de dresser les peuples algérien et congolais l’un contre l’autre relève davantage de la manipulation que d’une indignation sincère.
Préserver l’essentiel : l’Afrique avant la polémique
L’incident Amoura doit être replacé dans sa juste mesure : une maladresse individuelle, reconnue et corrigée, exploitée abusivement par des acteurs extérieurs pour nourrir des agendas politiques et médiatiques. Il ne saurait en aucun cas remettre en cause les liens historiques, fraternels et panafricains entre l’Algérie et la République démocratique du Congo.
À travers les excuses du joueur et l’initiative symbolique de la FAF, l’Algérie a démontré que le football peut aussi être un espace de mémoire, de respect et de dignité. Dans une CAN marquée par l’intensité identitaire et émotionnelle, préserver cette boussole panafricaine demeure l’enjeu essentiel.
Par Belgacem Merbah
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