Il apparaît désormais clairement que, pour le Maroc, le football n’est plus un simple sport : il est devenu une doctrine nationale, un pilier identitaire mis au service d’un récit politique. Ce qui aurait dû rester l’organisation ordinaire d’une compétition sportive s’est transformé en rituel politico‑médiatique, où chaque match est chargé de prouver une forme de supériorité symbolique, et chaque résultat interprété comme une attestation de puissance nationale.
Dans cette mise en scène hypertrophiée, le football devient l’alpha et l’oméga :
- un instrument de promotion économique,
- un masque posé sur les fragilités sociales,
- un levier diplomatique,
- et surtout une arme symbolique dirigée vers un voisin omniprésent dans les récits : l’Algérie, même lorsqu’elle n’est pas concernée.
L’article récent de Hespress illustre avec éclat cette dérive. Sous un vernis de célébration sportive, on découvre un obsessionnel tropisme algérien, nourri par l’anticipation anxieuse de réactions qui, en réalité, n’existent pas. L’Algérie serait « désemparée », « sonnée », ou même « obsédée » par un événement que les Algériens ne considèrent nullement comme une affaire vitale.
L’Algérie fantasmée : une construction médiatique
L’opposant providentiel : la caution fabriquée
La “marocophobie” : un pur mécanisme de projection
- l’Algérie est invoquée à chaque paragraphe,
- chaque événement sportif devient message politique,
- une approbation algérienne imaginaire est sans cesse recherchée.
Il ne s’agit pas d’un refus algérien : c’est un désir marocain déguisé, une fixation récurrente masquée par la rhétorique médiatique.
La vérité tue : la forme de l’Algérie inquiète
Une telle issue représenterait :
- un traumatisme symbolique,
- une défaite narrative,
- et un risque de tensions sociales dans un contexte où la politique a colonisé le sport.
Le Maroc piégé par sa propre dramaturgie
En érigeant chaque match en événement décisif, le Maroc s’est piégé :
- la victoire est devenue exigence politique,
- la défaite, menace sociale,
- et un sacre algérien, un scénario explosif.
Ce qui devait être une démonstration de force s’est mué en aveu de vulnérabilité.
L’Algérie joue, le Maroc s’exalte
Et c’est précisément cela qui dérange : un adversaire performant qui n’a pas besoin d’une dramaturgie pour exister.
Conclusion : lorsque le football devient symbole politique
Par Belgacem Merbah
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