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La « fitna » ou l’art de détourner le sens pour faire taire la vérité

Ces derniers temps, certains s’empressent de qualifier ce qui se joue entre l’Algérie et le Maroc de « fitna », comme si nommer les réalités, dévoiler les menaces ou défendre la souveraineté nationale relevait soudain d’un péril moral. Cette accusation, pourtant, porte en elle la véritable fitna.

Car la fitna, dans son essence politique comme dans sa portée éthique, ne réside jamais dans la parole qui éclaire, mais dans le silence qui dissimule. Elle n’est pas dans la dénonciation du faux, mais dans sa banalisation. Elle n’est pas dans la vigilance des consciences, mais dans l’aveuglement feint que l’on drape d’un vernis de sagesse.

La fitna n’est pas de dire la vérité, mais de la taire.

Accuser ceux qui alertent sur les dangers pesant sur l’Algérie de semer la discorde revient à pénaliser la lucidité elle-même. C’est réduire la fitna au simple registre du discours, tout en absout les actes — même lorsqu’ils menacent directement la stabilité régionale. L’histoire, et plus encore celle de l’Algérie, enseigne que le silence face au péril n’a jamais protégé les nations. Il n’a fait que préparer des fractures plus profondes.

Se taire au nom d’une stabilité supposée n’a jamais prévenu les crises ; cela n’a fait que les rendre plus brutales au moment où elles éclatent.

Quand la sécurité nationale devient un tabou

Plus inquiétant encore est ce glissement qui voudrait présenter la sécurité nationale, les frontières, les alliances régionales ou les menaces avérées comme des sujets inconvenants, trop sensibles, presque indécents. Depuis quand la défense de la souveraineté serait-elle une faute morale ? Depuis quand alerter sur des risques réels serait-il assimilé à de la discorde ?

La véritable fitna consiste à exiger le silence face à un régime voisin qui :

  • revendique une alliance stratégique avec l’entité sioniste,
  • approfondit avec elle une coopération sécuritaire et militaire,
  • et instrumentalise cette alliance comme levier régional, y compris contre ses voisins et contre les causes fondamentales de l’oumma.

Et, paradoxalement, l’on demande à l’Algérie — au nom d’un « bon voisinage » galvaudé — d’ignorer cette réalité, de minimiser les risques, voire de reprocher à ceux qui refusent la normalisation du danger leur manque de docilité.

La normalisation n’est ni un détail ni une opinion

Refuser l’installation, aux portes du pays, d’un acteur dont les intentions comme les méthodes n’ont jamais été un mystère, n’est ni une posture idéologique ni une outrance de langage. C’est un impératif stratégique élémentaire.
La souveraineté n’est pas négociable ; la sécurité ne se fonde pas sur des promesses ; l’histoire ne pardonne jamais aux nations qui ignorent les signaux d’alerte.

La véritable fitna consiste à habituer les peuples à considérer ce bouleversement géopolitique comme anodin, neutre ou « interne », alors qu’il touche directement à l’équilibre régional et à la sécurité collective.

L’Algérie et l’éthique de la clarté

L’Algérie ne fabrique pas la fitna : elle pratique la clarté. Nommer les menaces, les analyser, les révéler, relève de la prévention — non de la provocation. Une nation qui refuse de désigner le danger perd la capacité de s’en protéger.

La différence entre un État solide et un État fragile réside souvent dans ce point précis :

  • le premier parle clairement à son peuple, et fonde ses décisions sur une lecture lucide du monde ;
  • le second anesthésie les consciences par un discours moraliste qui masque tantôt l’impuissance, tantôt la dépendance.

Conclusion — Où se trouve la véritable fitna ?

La fitna n’est pas dans la défense de l’Algérie.
Elle n’est pas dans le refus d’une normalisation imposée.
Elle n’est pas dans la protection de la sécurité nationale.

La véritable fitna, la seule, la profonde, c’est :

  • criminaliser la vérité,
  • embellir le mensonge,
  • et exiger le silence des peuples lorsque leur avenir se trouve menacé.

Dans un tel contexte, ce n’est pas le mutisme qui protège les nations, mais la conscience.
Et ce n’est pas l’ambiguïté qui apporte la stabilité, mais la lucidité.

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