Le dernier reportage de Complément d’enquête sur France 2 est tout sauf neutre. Sous couvert d’investigation, il distille un soupçon insidieux à l’encontre des élus binationaux franco-algériens, insinuant, sans preuve concrète, une loyauté partagée ou des réseaux d’influence occultes. Et cela à moins de deux mois des élections municipales, ce qui confine à une manœuvre politique indirecte. Le message est clair : être Franco-Algérien équivaudrait à être suspect. Cette stigmatisation est non seulement injuste, mais elle est aussi dangereuse pour le vivre-ensemble démocratique, en dressant une catégorie de citoyens contre la République.
Une enquête à sens unique
Ce qui frappe dans ce traitement, c’est l’asymétrie flagrante. Alors que France 2 multiplie les insinuations contre des élus franco-algériens, elle ferme les yeux sur l’entrisme marocain en France, un phénomène bien documenté. Les consulats marocains donnent des consignes de vote explicites aux Franco-Marocains, orientant leur comportement électoral, parfois de manière structurée et organisée. Rien de tel n’existe du côté algérien.
Cette cécité médiatique n’est pas neutre. Elle envoie un message implicite : certaines influences étrangères sont tolérées, d’autres sont suspectées, et le choix semble basé sur l’origine ethnique plutôt que sur la réalité des faits.
Deux poids, deux mesures : une pratique dangereuse
Le reportage de France 2 dépasse la simple mission d’informer : il instille un climat de suspicion en suggérant que la double nationalité pourrait altérer la loyauté d’élus français. En adoptant cette approche, le service public contribue à renforcer des préjugés et à alimenter des divisions, au lieu d’apporter l’éclairage équilibré qu’on est en droit d’attendre de lui.
Un paradoxe apparaît alors clairement : certaines communautés, notamment les Franco-Marocains, font l’objet de pressions institutionnelles documentées de la part de leurs représentations consulaires, sans que cela ne suscite d’enquête médiatique approfondie. À l’inverse, les Franco-Algériens se retrouvent souvent exposés à une forme de suspicion généralisée, comme si leur loyauté civique devait en permanence être démontrée.
Par ailleurs, il est important de rappeler que l’Algérie n’a jamais été citée dans des affaires de corruption impliquant des élus européens ou français. À l’opposé, des enquêtes judiciaires et parlementaires ont mis en cause, dans l’affaire dite du “MarocGate”, des réseaux d’influence liés au Maroc au sein de certaines institutions européennes — notamment en Belgique et aux Pays-Bas. En France, plusieurs responsables politiques d’origine marocaine revendiquent ouvertement leur engagement en faveur du Maroc, sans que cela ne suscite de traitement journalistique comparable, ni la moindre investigation de la part de France 2.
Cette asymétrie dans la manière de traiter le sujet interroge. Elle dévoile moins un souci d’objectivité qu’une tendance à cibler sélectivement certaines communautés, avec les risques que cela comporte en matière de cohésion nationale et de confiance citoyenne.
Par ailleurs, l'APS a évoqué l’implication directe de l’actuelle ministre française de la Culture, Rachida Dati, dans la campagne hostile menée contre l’Algérie. Elle figurerait parmi les responsables ayant œuvré à la diffusion, par la chaîne publique « France 2 », d’une prétendue enquête truffée d’allégations infondées, de contre-vérités et d’un contenu ouvertement hostile à l’Algérie.
Selon une enquête diffusée jeudi soir par la Télévision algérienne sous le titre « France – Médias et propagande », Rachida Dati apparaît « parmi les responsables directs de la diffusion, sur France 2, de mensonges et d’affabulations, conformément à des orientations politiques clairement établies ». Les mêmes sources confirment « son implication dans un scandale médiatique appelé à laisser une trace d’infamie durable dans l’histoire des médias publics français ».
L’enquête décrit Rachida Dati comme une figure agissant dans l’ombre de réseaux de capitaux douteux à forte connotation politique, portant une rancune héritée du Makhzen et mobilisant les médias publics français au service d’un agenda suspect, dirigé contre tout ce qui incarne l’Algérie souveraine. Elle aurait ainsi transformé ces médias en instruments d’un malaise politique interne, nourri de haine, d’hostilité et d’obsessions personnelles incapables de supporter l’émergence d’une Algérie libre et affirmée.
Connue dans certains cercles politiques français pour ses méthodes fondées sur la perfidie et la trahison de ses propres alliés, Rachida Dati trouverait néanmoins le temps de s’attaquer à un État souverain, alors même qu’elle fait face à de lourdes accusations de corruption et de détournement de fonds publics remontant à son passage au ministère de la Justice.
Malgré cette image largement jugée répulsive, l’extrême droite française persiste à la promouvoir comme un rouage essentiel d’un complot coordonné visant à torpiller toute perspective d’apaisement entre la France et l’Algérie.
Les révélations de la présidente de l’association France-Algérie, Ségolène Royal, concernant les coulisses de la diffusion de cette prétendue enquête sur « France 2 », ainsi que les témoignages de l’historien Benjamin Stora, viennent lever le voile sur les manœuvres de l’extrême droite française contre l’Algérie et ses institutions. Ces agissements auraient été orchestrés sous l’impulsion de figures dissidentes, notamment Retailleau, durant son passage au ministère de l’Intérieur. L’enquête y voit l’illustration flagrante de l’emprise croissante des lobbys d’extrême droite sur de larges pans des institutions françaises, en particulier médiatiques.
Ces figures, marquées par une hostilité chronique envers l’Algérie, franchiraient sans retenue les limites de la décence et de la raison. Face à cela, l’Algérie, consciente de sa responsabilité, affirme qu’elle répondra selon le style qui est le sien : celui d’un État souverain, lucide et responsable, et non par des discours animés par la rancœur ou la malveillance individuelle.
Le service public face à ses responsabilités
France 2 a une obligation morale et républicaine : informer sans stigmatiser. Elle doit enquêter sur toutes les ingérences étrangères de manière égale, sans hiérarchiser en fonction de considérations diplomatiques ou ethniques. Or, aujourd’hui, elle trahit cette mission.
À quelques semaines des municipales, ce reportage n’est pas seulement un exemple de journalisme orienté, il est un outil de division politique et communautaire, qui risque de fragiliser durablement la confiance des citoyens binationaux dans leurs institutions.
Le service public ne peut pas se permettre de tomber dans ce piège. La République, elle, ne doit pas tolérer que la suspicion ciblée devienne une arme contre certains de ses enfants.
Par Belgacem Merbah
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