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Analyse géopolitique : Le “Board of Peace” de Donald Trump, entre ambitions globales et scepticisme occidental

Le lancement du “Board of Peace” par le président américain Donald Trump constitue l’une des initiatives diplomatiques les plus controversées de cette nouvelle séquence internationale. Imaginé initialement comme un mécanisme restreint chargé de superviser la reconstruction d’un Gaza dévasté par deux années de guerre, le projet a rapidement muté vers une organisation internationale alternative, prétendant intervenir dans tous les conflits mondiaux — une ambition qui a suscité perplexité, résistance, et parfois inquiétude.

1. Une institution pensée pour Gaza, devenue architecture parallèle de gouvernance mondiale

À l'origine, le Board of Peace n’était qu’un élément de la seconde phase du plan de cessez-le-feu à Gaza, adopté en novembre par le Conseil de sécurité de l’ONU. Sa mission devait se limiter à :

  • superviser la démilitarisation du territoire,
  • coordonner la reconstruction,
  • assurer une présence internationale limitée.

Pourtant, le charte préliminaire, envoyée aux États invités, ne mentionne même plus Gaza. Elle décrit une organisation internationale globale, chargée de promouvoir la stabilité dans tout espace “affecté ou menacé par un conflit”. Ce glissement conceptuel indique une volonté assumée : créer une institution capable de rivaliser symboliquement — voire fonctionnellement — avec l’ONU.

2. Une gouvernance personnalisée : Trump président à durée indéterminée

La structure proposée soulève des interrogations. Trump y occupe la présidence à durée indéterminée, une fonction qui pourrait dépasser son deuxième mandat. Ce choix rompt avec les principes habituels de rotation et de multilatéralisme des organisations internationales.

Autour de lui gravite une direction hautement personnalisée, centrée sur des figures proches :

  • Jared Kushner, présenté comme l’architecte du projet,
  • Marco Rubio, secrétaire d’État,
  • Steve Witkoff, envoyé spécial,
  • Tony Blair, ancienne figure du leadership britannique.

Cette composition hybride mêlant responsables politiques, acteurs privés et conseillers personnels traduit une démarche moins institutionnelle que transactionnelle, assumée par Kushner comme une approche “sans plan B”.

3. Une coalition hétérogène : soutien massif du Moyen-Orient, absence notable de l’Europe

Le premier signe tangible de fragilité du projet est visible à Davos : moins de 20 pays présents, loin des 35 annoncés.

Qui a accepté ?

Une majorité de pays du Moyen-Orient et d’Asie :

  • Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Qatar, Égypte, Bahreïn
  • Pakistan, Turquie
  • Indonésie, Vietnam
  • Maroc, Kosovo, Albanie, Bulgarie
  • Kazakhstan, Ouzbékistan, Mongolie
  • Argentine, Paraguay

L’inclusion d’Israël — malgré les tensions internes au projet, notamment la présence du Qatar et de la Turquie sur le dispositif lié à Gaza — ajoute une dimension symbolique forte mais politiquement instable.

Plus surprenant encore, Alexander Loukachenko, dirigeant autoritaire du Bélarus, se joint également à l’initiative. Trump affirme que Vladimir Poutine a accepté de rejoindre, bien que Moscou n’ait pas confirmé.

Qui a refusé ?

Les pays occidentaux se montrent largement réticents :

  • Royaume-Uni, fermement opposé, invoquant l’inclusion potentielle de la Russie.
  • France et Norvège, inquiètes du contournement de l’ONU.
  • Italie, soulevant des obstacles constitutionnels.
  • Ukraine, refusant toute cohabitation institutionnelle avec Moscou.
  • Canada, d’abord intéressé, puis brusquement désinvité par Trump.

Cette fracture entre alliances occidentales traditionnelles et le nouveau cercle de partenaires indique un repositionnement géopolitique majeur.

4. Un modèle économique controversé : le siège permanent à un milliard de dollars

Parmi les éléments les plus critiqués figure le paiement d’un milliard de dollars pour obtenir un siège permanent. Selon Washington, les fonds serviront à la reconstruction de Gaza, mais le mécanisme :

  • crée une monétisation inédite du multilatéralisme,
  • ouvre la porte à des accusations de diplomatie financière,
  • alimente les soupçons de corruption et de conflits d’intérêts.

La possibilité évoquée par Poutine d’utiliser des avoirs russes gelés pour payer l’adhésion ajoute une dimension juridique explosive.

5. Entre ambition personnelle et rivalité institutionnelle avec l’ONU

L’indicateur le plus problématique demeure la déclaration de Trump selon laquelle le Board of Peace “pourrait remplacer l’ONU”. Bien que présentée comme hypothétique, cette proposition :

  • fragilise la diplomatie multilatérale classique,
  • alimente un discours visant à délégitimer les institutions existantes,
  • risque de créer un système parallèle, concurrent, voire antagoniste.

La mention, dans la charte, d’“institutions qui ont trop souvent échoué” constitue un message implicite mais clair : l’ONU est visée.

Le responsable humanitaire de l’ONU, Tom Fletcher, a minimisé le risque, affirmant que cette organisation ne remplacera pas l’ONU. Mais l’initiative accentue les tensions entre Washington et le système multilatéral.

6. Une initiative révélatrice de la nouvelle dynamique internationale

Au-delà du contenu, le Board of Peace offre un regard distinct sur la recomposition géopolitique :

  • L’Occident s’éloigne, inquiet de la présence russe, du leadership indéfini de Trump et du modèle financier.
  • Les régimes autoritaires et les puissances moyennes s’y rallient, attirés par l’offre américaine, les perspectives économiques et l’absence de conditionnalités politiques.
  • Les pays du Golfe y voient une opportunité stratégique pour participer à la reconstruction de Gaza tout en consolidant leur influence.
  • La rivalité institutionnelle entre Washington et l’ONU marque un tournant dans la gouvernance internationale.

Conclusion : Un instrument de paix ou un outil géopolitique alternatif ?

Le “Board of Peace” oscille entre initiative diplomatique ambitieuse et outil de puissance personnifiée, incarné par un président qui en dirige la structure sans limite de mandat. L’absence des grandes démocraties occidentales, la présence de régimes autoritaires et les interrogations sur la transparence financière fragilisent sa crédibilité internationale.

S’il prétend œuvrer pour la paix mondiale, ce projet révèle surtout les lignes de fracture d’un ordre mondial fragmenté, où les institutions traditionnelles sont contestées et où les alliances se réorganisent autour de logiques d’influence plus que de valeurs.


Par Belgacem Merbah



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